- RETOUR SUR LES FAITS :
- LES RÉACTIONS POLITICO-MÉDIATIQUES :
- UNE JUSTICE À DEUX VITESSES
Alors que le mouvement des élèves s’intensifient ces derniers jours, deux jeunes mineur·es, âgés de 16 ans, ont été placés en IPPJ à la suite des révoltes des élèves à Liège. Théo Francken, le ministre de la Défense, qui avait proposé de créer des camps de redressement en juin dernier pour les élèves révoltés demandent désormais de remettre en place le service militaire obligatoire pour les jeunes et de leur interdire TikTok. Georges-Louis Bouchez a quant à lui, traité les élèves de « racailles, des casseurs et des gens sans éducation. Vu que leurs parents ne leur ont pas appris l’éducation […], l’Etat va devoir sévir.«
Depuis le 1er octobre, des blocages d’écoles et des rassemblements sont organisés par les élèves pour revendiquer le refinancement de l’enseignement ainsi que son accès égal pour tout le monde. Les élèves demandent des classes moins nombreuses et des professeur.es en suffisance, une vraie écoute des élèves et des parents, une école accessible à tous et toutes et « des décisions qui construisent notre avenir, pas qui les détruisent«
Dans l’océan de mépris et de criminalisation des élèves révolté·es dans le but de délégitimer leurs actions politiques, il faut commencer par saluer leur courage et leur détermination. En Belgique comme en France, les élèves sont en première ligne du front social face aux violences de l’organisation sociale inégalitaire.
RETOUR SUR LES FAITS :
Les blocages avaient commencé tôt le matin du 1er octobre, les entrées de nombreuses écoles étaient bloquées à l’initiative des élèves. La mobilisation a surpris et les autorités de la Ville de Liège ont déployé en urgence des forces de l’ordre, y compris des unités spéciales. La police a demandé aux écoles d’enfermer les élèves au sein des établissements pour éviter qu’ils et elles puissent se rassembler dehors et continuer à s’organiser. Les policiers anti-émeutes, ont violemment réprimé les élèves et des affrontements ont éclaté aux abords des rassemblements d’écoliers.
La réaction des autorités politiques et sécuritaires a été exclusivement répressive et violente malgré que cette répression vise des enfants, souvent très jeunes.
Sur place, quelques feux avaient été boutés à des poubelles et des trottinettes en libre service, l’entrée d’un établissement scolaire a également été endommagée. Plusieurs personnes ont témoigné de violences policières, un·e élève aurait été tasé·e par des policier·ères près de la Place Saint-Lambert. 5 élèves ont été arrếté·es judiciairement, une personne administrativement. 2 de ces 5 élèves ont été placés en IPPJ, les prisons pour mineur·es, avec comme chef d’accusation d’avoir mis le feu à une trottinette et participer à la dégradation d’un établissement scolaire. Depuis leur arrestation et leur mise en IPPJ, un des deux mineurs a été libéré.
Le vendredi 2 octobre, les écoles ont été fermées préventivement pour tenter de limiter l’organisation et de nouveaux rassemblements d’élèves dans la ville. Parallèlement, le 2 octobre, la mobilisation s’est répandue dans plusieurs grandes villes en Wallonie, à Charleroi, Tournai, … Ce jour-là, plus de 60 personnes ont été arrêtées, parmi elles une grande proportion de mineur.es.
Le lundi et mardi 5 et 6 octobre, la mobilisation est montée d’un cran à Liège malgré les tentatives de répression et d’apaisement. Plusieurs milliers d’élèves et de jeunes ont bloqué leurs écoles et se sont rassemblé.es dans le centre-ville. Des affrontements ont éclaté avec la police. Le mardi 6 octobre, les manifestations ont duré jusque dans la soirée, le Palais de Justice de Liège a été dégradé, des enseignes comme Quick et Inno ont également été endommagées.
Au total, depuis le 1er octobre, rien qu’à Liège, 107 personnes ont été arrêtées, 27 judiciairement et 80 administrativement. 6 personnes ont été déférées devant le juge.
LES RÉACTIONS POLITICO-MÉDIATIQUES :
« Rien ne [peut] justifier cela« , « Nous n’avons reçu aucune revendication de la part de ces jeunes. On pourrait parler de mimétisme par rapport à ce qu’il se passe ailleurs, dans le même contexte.« , voilà les premières réactions de politique du MR, comme Valérie Glatigny (ministre de l’Enseignement) et la bourgmestre de Tournai, Marie Christine Marghem.
La ministre de Glatigny a également incité les élèves à ne pas aller aux manifestations et à « retourner à l’école. » Elle a également relayé le fantasme du MR sur l’infiltration de l’extrême gauche, une idée déjà défendue par Bernard Quintin en juin dernier : « Il y a des réseaux sociaux, il y a des gens qui sont en train de manipuler nos jeunes pour qu’ils sortent dans la rue » et cela serait le fait des mouvements « […] d’extrême gauche [qui] attisent la colère des jeunes. » (Valérie Glatigny, MR – Ministre de l’Enseignement)
A nouveau le MR flirte avec le complotisme, en parlant « d’infiltration » pour expliquer les dégradations et les affrontements, tant ils refusent de considérer que leurs réformes suscitent de la colère et de l’opposition, y compris chez les plus jeunes.
Dans d’autres articles, on parle là encore « d’infiltration », on qualifie les élèves de « casseurs », on distingue les bons « élèves » des mauvais qui « infiltreraient » la manifestation pour se « livrer à du vandalisme ».
Le réflexe politique et médiatique est donc double : dépolitisation du mouvement des élèves et criminalisation de ces derniers. Cela rappelle les réactions lors des révoltes de juin dernier. Là aussi, le réflexe était punitif, dépolitisant et aussi raciste. Au coeur de ces réactions, l’effort était centré sur la désenfantilisation des enfants mobilisé·es, pour justifier le déchainement de la violence de l’État à leurs égards et les transformer en « racaille », « casseurs », qui étaient « légitime » à pourchasser dans les rues, matraquer violemment et contrôler au faciès.
En juin dernier, les politiques du Vooruit (PS néerlandophone), N-VA et du MR, avaient été jusqu’à proposer des « camps de redressement« , pour y « dresser » et y enfermer les enfants révolté·es. 14 mineur·es d’âge avaient été amené·es devant le juge de la jeunesse, 3 majeur·es étaient quant à eux passé·es en comparution immédiate devant le juge, en juin dernier.
Cette fois-ci, en réaction aux nouvelles révoltes des élèves, Théo Francken, N-VA et ministre de la Défense, a plaidé pour la mise en place du service militaire obligatoire pour les jeunes ainsi que l’interdiction de TikTok.
Georges-Louis Bouchez a également commenté les évènements en traitant notamment les élèves de racailles et de casseurs et en ciblant directement leurs parents. Le président du MR a promis de nouvelles mesures sécuritaires, comme en juin dernier où il avait fait ces 3 propositions :
- Mettre les enfants révolté·es dans des « camps de redressement »
- Couper les allocations sociales aux familles de ces enfants
- Tenter à nouveau de mettre en place une « loi casseur-payeur »

UNE JUSTICE À DEUX VITESSES
Si la séquence des révoltes de juin avait été marquée par la force de la mobilisation des élèves, elles avaient également été l’objet d’une violente répression policière. Bruxelles Dévie avait révélé de nombreuses violences, documentées via des images vidéos, des témoignages, ainsi que des insultes racistes, sexistes et transphobes à l’égard de mineur·es. En outre, nous avions révélé la possession d’un sticker d’extrême droite sur la gazeuse d’un policier.
Lors des révoltes de juin comme celles en cours, l’institution judiciaire s’est montrée proactive dans la répression des élèves et de leurs soutiens adultes mais particulièrement peu active – à ce stade-ci aucune procédure n’a abouti selon les informations disponibles – dans la sanction des fonctionnaires de police assermenté·es qui ont tabassé, insulté et humilié des enfants.
Cela ne témoigne pas d’une « inconséquence judiciaire », ou d’un « problème dans le système judiciaire », mais d’une logique au sein de l’État capitaliste. L’institution judiciaire avec celle policière sont dites être le bras « droit » de l’État, soit ses institutions répressives. Ces dernières ont pour rôle d’oeuvrer dans le maintien et la reproduction des structures sociales – et donc de réprimer celles et ceux qui s’opposent et se révoltent contre l’organisation actuelle de la société.
C’est pour cela que tendanciellement, l’institution judiciaire d’une main protège les policiers, blanchit leurs violences et les légitime et de l’autre main, réprime durement et rapidement les élèves révolté·es.
Solidarité avec élèves révolté·es.

