Le jeudi 1er octobre, à l’initiative d’élèves, de nombreux blocages ont eu lieu dans des écoles secondaires à Liège pour revendiquer un enseignement de qualité et son refinancement. Dès le lendemain, ces actions se sont élargies à plusieurs villes en Wallonie, à Charleroi, Tournai, Seraing, Namur … Des appels à élargir le mouvement en Belgique, notamment à Bruxelles, ont déjà eu lieu pour la semaine 5 octobre. Cette reprise du mouvement de l’enseignement en Belgique a lieu alors qu’un grand mouvement lycéen, antagoniste et populaire avec une importante implication des élèves des banlieues, les plus délaissé·es par l’Etat, se construit en France. Ces derniers jours, les mobilisations se sont amplifiées avec la solidarité des lycéens des centres villes ainsi que celle des étudiant·es du supérieur.
En Belgique, ces blocages et actions s’inscrivent dans la continuité du mouvement de l’enseignement contre la politique de définancement du gouvernement MR-Engagés et notamment des révoltes ayant eu lieu en juin dernier juin. Plusieurs centaines d’élèves s’étaient rassemblé·es et certains de ces rassemblements se sont transformés en révoltes.
Le jeudi 1er octobre à Liège, la porte d’un établissement scolaire a été forcée et endommagée, des feux ont été boutés sur la voie publique. Des policiers antiémeutes et une autopompe ont été déployés pour réprimer les élèves et des affrontements ont éclaté dans la ville.
Les réactions des politiques pour criminaliser le mouvement des élèves ont été immédiates : Valérie Glatigny, ministre de l’Enseignement, a déclaré que « Rien ne pouvait justifier cela« . Dans la presse, les élèves ont été qualifiés de « casseurs » et désenfantilisé·es pour justifier la répression et la violence de l’Etat à leur égard. De plus, leurs revendications ont été effacées et méprisées par les responsables politiques, comme la bourgmestre de Tournai, Marie Christine Marghem (MR), qui déclare :
« Nous n’avons reçu aucune revendication de la part de ces jeunes. On pourrait parler de mimétisme par rapport à ce qu’il se passe ailleurs, dans le même contexte.«
Attention madames, messieurs les politiques : votre mépris risque de vous brûler les doigts.
Et ce mépris vaut tant à droite que pour une large partie de la gauche sociale démocrate qui va jusqu’au PTB. Gare à celles et ceux qui paternalisent les élèves, veulent « encadrer » leur cortège et « prévenir tout risque de vandalisme ou de violence policière.« , comme expliquait un membre du PTB sur Twitter. Même lorsqu’ils et elles se cachent derrière de bonnes intentions, c’est l’agentivité politique des jeunes qui est visée : parce qu’ils et elles n’ont pas 18 ans, ils et elles auraient besoin que l’on guide leur action politique et qu’on les raisonne.
C’est toute la contradiction de la sociale démocratie et des projets politiques comme le PTB que l’on reconnait ici : prétendre incarner la rupture et représenter les forces sociales en lutte, tout en niant leur agentivité, en ne respectant pas leur choix stratégique et tactique et en souhaitant récupérer la direction des luttes.
Puisse le manque de courage politique de certains adultes ne pas être pris pour du bon sens.
Le 1er octobre, 5 arrestations judiciaires et une administrative ont eu lieu à Liège. Les élèves liégeois·es ont impressionné par leur innovation et ont surpris, y compris les autorités politiques et sécuritaires. La ville de Liège a déployé un nombre important de forces de l’ordre ainsi que le Peloton Anti-Banditisme, l’unité spéciale de la police de Liège. Des violences policières ont eu lieu et ont été relayées sur les réseaux-sociaux – entre autres, un élève a été violenté et plaqué au sol par plusieurs policiers et un autre aurait été tasé. Deux mineurs, âgés de 16 ans, ont été placés en IPPJ après les évènements du jeudi 1er octobre à Liège.
Le 2 octobre, le mouvement s’est élargi aux autres grandes villes de Wallonie : en particulier à Charleroi, Tournai, Seraing, Namur. Des blocages d’écoles et des rassemblements ont eu lieu. Comme lors des révoltes de juin, ces mobilisations sont marquées par la conscience politique des élèves et l’antagonisme qui en découle. Si le mouvement des élèves a surpris les autorités, il a eu pour réponse la répression, vendredi 2 octobre, une soixantaine de personnes – probablement une grande majorité de mineurs – a été arrêtée. Entre le 1er et 2 octobre, au moins 67 personnes ont été arrêtées.
Après des mois de mouvement « pacifique » ; de pétitions, de manifestations qui n’ont eu que pour seules réactions politiques le mépris et l’ignorance des revendications, les élèves des écoles se concentrent dans la construction d’un rapport de force concret. Et cela semble passer par le feu de quelques poubelles et la dégradation de quelques façades. N’en déplaise aux déplu·es, mais le mouvement de l’enseignement n’a jamais été aussi fort que lorsque les élèves ont pris la rue lors des révoltes de juin et que cette mobilisation et cette intensification du rapport de force laissait place à de nouvelles perspectives : sabotage des épreuves, grèves autonomes des écoles, non communication des notes, etc. Ne pas le reconnaitre, c’est se condamner à l’échec indéfiniment.
La construction de ce rapport de force se matérialise devant les écoles et dans la rue, dans l’opposition directe avec les adversaires du mouvement de l’enseignement. Dans les blocages des écoles, le fait de tenir la voie publique face aux forces de l’ordre, de perturber le déroulement « normal » de la vie jusqu’à ce que les revendications soient gagnées. Il faut peser lourd, il faut coûter cher à celles et ceux qui veulent détruire l’enseignement, le futur des jeunes et exploiter davantage les profs.
Bien sûr, les révoltes, la colère dans la rue, « les émeutes » comme écrit la presse pour dénigrer les mobilisations, ne constituent qu’une première étape vers une mobilisation victorieuse et cette dernière pourrait être prolongée par l’organisation – dans le temps – de celles et ceux qui se révoltent. Mais l’absence totale d’antagonisme – même non violent – et sa condamnation systématique, au sein du mouvement syndical est-ce qui pourrit depuis plusieurs dizaines d’années les mobilisations sociales belges.
Puissent les élèves nous montrer la voie !

