Le néolibéralisme en action

3,7 millions d’euros dédiés au financement d’ordinateurs pour les élèves de l’enseignement ont été utilisés pour financer des consultants privés chargés d’évaluer la mise en place d’un nouveau logiciel pour payer les enseignant·es, un logiciel qui n’est même pas encore déployé. C’est une information révélée par un blog en ligne, « Still Pissing ».

Cette révélation survient alors que le gouvernement MR-Engagés porte une réforme de définancement de l’enseignement, en faisant travailler les profs plus gratuitement, en supprimant des mesures de gratuité pour les élèves et les familles les plus précaires …

« […] Pour payer des consultants, le gouvernement a puisé dans l’enveloppe qui permet à un ado de Seraing d’avoir le même ordinateur qu’une élève d’Uccle. » Still Pissing

En 2025, la Fédération Wallonie-Bruxelles a sous-tiré 3,7 millions d’euros de l’enveloppe de l’aide à l’achat d’ordinateurs et un fonds de solidarité pour les familles les moins aisées afin de financer du « consulting » dans la perspective de la mise en place d’un nouveau logiciel (CEPAGE) pour procéder au paiement des enseignant·es.

Ces près de 4 millions d’euros ont été transférés à l’ETNIC (le partenaire informatique de la FWB) « pour la mise en œuvre du projet CEPAGE », « à charge du budget de la ministre Glatigny ». Avant le transfert des 3,7 millions d’euros et l’appel d’offres, une des « missions » de consultance relative au projet a été attribuée à McKinsey, une des plus grandes sociétés de consultance dans le monde au centre de nombreux scandales. En autres, pour son rôle dans le conseil des banques en amont de la crise financière de 2008 ainsi que la crise des opioïdes aux États-Unis.

La Cour des comptes a calculé en juillet 2026 que le coût de la mise en place du nouveau logiciel de paiement arriverait à près de 100 millions d’euros pour 14 ans d’exploitation.

Toujours moins de budget pour les élèves

Parallèlement au financement de ce projet colossal, c’est l’aide à l’achat d’ordinateurs et un fonds de solidarité pour les familles les moins aisées qui est complètement définancé. Selon Still Pissing, en plus des 3,7 millions, un million d’euros lui ont été retirés de son budget en 2025.

  • 4,7 millions d’euros en moins en 2025
  • 2/3 du budget perdu en 2 ans

En deux ans, ce fond pour soutenir les élèves a perdu un tiers de ses moyens. Pour Still Pissing, il n’est pas possible d’affirmer pour le moment que ce transfert d’argent ait eu un effet sur l’achat de matériel pour les élèves mais il est cependant certain que cela relève d’un choix politique.

En effet, ce genre d’opération s’inscrit pleinement dans la perspective néolibérale* portée par le MR et les Engagés. Ces partis ne cessent de s’en prendre aux services publics, en critiquant le fait qu’ils ne marchent pas bien, tout en les définançant toujours plus et donc en rendant la réalisation de leur mission toujours plus difficile. Parallèlement, l’argent libéré par ce définancement est mis entre les mains d’acteurs privés comme McKinsey, payé des millions pour réaliser des tâches jusqu’alors assumées par les services publics à moindre coût. Ou bien encore, cet argent peut-être transféré vers le secteur militaire.

Toujours plus de néolibéralisme

Et c’est un serpent qui se mord la queue : le définancement des services publics engendre leur défaillance et le financement progressif d’acteurs privés pour assurer des tâches publiques engendre une dépendance à ces derniers, ainsi qu’à leurs services.

Donc, cela permet à des personnalités politiques comme Georges-Louis Bouchez de dire : les services publics ne fonctionnent pas (parce qu’on les définance), tout en donnant de l’autre main le précieux argent à des acteurs privés. Le pire, c’est que ces mesures sont justifiées par un argument d’économie, alors que le recours à des acteurs privés pour remplacer ceux publics coute en générale plus cher à l’État (donc aux citoyen·nes) et/ou aux bénéficiaires de ses services que ceux publics.

De plus, il y a une différence fondamentale entre une entreprise comme McKinsey et le service public de l’enseignement. L’objectif de McKinsey en tant que société capitaliste, est de produire de la plus-value, de faire de l’argent, de facturer le plus cher possible et le plus de fois possible ses clients (en l’occurrence l’État). L’objectif du service public de l’enseignement est, lui (sensé) être de proposer un enseignement de qualité et égal aux élèves de Belgique et au possible émancipateur – et c’est en tout cas la mission qui devrait guider l’enseignement.

Pour l’État, cela reste néanmoins un investissement même public, qui peut également posséder une dimension capitaliste qu’on peut brièvement résumer par : bon enseignement = bon niveau d’éducation et de qualification = éventuellement plus de production de valeur ajoutée pour la société, donc plus de profit pour la société belge.

Le recours de plus en récurrent à des acteurs privés, à des sociétés de consultance, la revente des parts de l’État de sociétés jusqu’alors nationales – et donc le financement des acteurs et d’intérêts privés, uniquement intéressés par leur propre enrichissement avec l’argent des citoyen·nes – c’est tout le projet porté par le MR, Les Engagés, la N-VA et leurs amis en politiques et en business.

Et ce gouvernement au pouvoir, alors qu’ils dépensent des millions du budget fédéral, régional, en consultance, demande à celles et ceux qui travaillent et cotisent tous les jours de faire des efforts.

Des efforts … mais pour qui ? Au bénéfice de qui ?