- Analyses d'une série de mesures concernant l'enseignement en FWB et de leurs impacts :
- Mesures touchant les enseignant·es :
- Mesures pédagogiques / réformes structurelles :
- Des réformes antérieures déjà sources de tensions :
- Un enseignement débridé pour quel modèle de société ?
Ce lundi 1 juin, le gouvernement MR- Engagés de la FWB a fait passer en force le vote à la commission du Budget de la Fédération Wallonie-Bruxelles du décret-programme concernant l’enseignement en Commission, malgré la colère des secteurs concernés et de l’opposition. Son application reste suspendue à un vote en plénière qui aura lieu jeudi 4 juin à 14h au parlement de la FWB. De nombreux collectifs appellent à s’y mobiliser. Un large appel à faire grève le jeudi 4 juin partout en Fédération Wallonie Bruxelles circule également.
Avant même de rentrer dans le détail des analyses des mesures, il faut comprendre ce qui est reproché à ce gouvernement MR- Engagés entre autres : mener une politique de « réductions des dépenses » dans un secteur déjà fragilisé, en manque chronique de moyens et soumis a une pression croissante depuis des années. Pour de nombreux enseignant·es, élèves, parents et directions, il ne s’agit pas seulement d’une série de réformes, mais d’un choix politique révélateur d’une certaine conception de la société. D’autres choix auraient pu être faits, qu’il s’agisse d’aller chercher des recettes supplémentaires, de revoir certaines dépenses ou de répartir autrement l’effort budgétaire. Or, le gouvernement choisit une nouvelle fois de faire porter une part importante de cet effort sur l’enseignement, et sur le secteur social donc.
Depuis plusieurs mois, la colère dans le secteur de l’enseignement se fait entendre face aux réductions budgétaires prévues par le gouvernement au niveau de la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB). De nombreuses actions, grèves, manifestations, et pétitions circulent depuis quelques mois, en contestation aux mesures prévues par le gouvernement de la FWB. En effet, il s’agit d’enseignant·es, éducateur·ices, élèves et leurs parents, directions uni·es qui partagent un même constat : l’école est en danger
Analyses d’une série de mesures concernant l’enseignement en FWB et de leurs impacts :
Mesures touchant directement les élèves :
- Réduction des budgets « gratuité » des fournitures scolaires et extension progressive jusqu’en 6e primaire
=> 55.000 enfants privés de repas chauds gratuits en maternelle et primaire : le budget correspondant passe de 21,4 à 8,2 millions d’euros, ciblé désormais aux seules écoles en encadrement différencié. Les familles précarisées paient un tribut particulièrement lourd.
=> –54 % sur la gratuité des fournitures dans le fondamental : l’enveloppe passe de 24 à 11 millions d’euros, tout en devant couvrir davantage d’élèves (de la maternelle à la 6e primaire).
- Augmentation du minerval dans le supérieur, de 836 à 1.194 €, soit +43 %
- Relèvement du seuil de réussite du CEB à 60% au lieu de 50% (ce qui risque d’accroître le redoublement)
Ce qui unit toutes ces mesures touchant les élèves et les familles, c’est qu’elles frappent en priorité ceux qui ont le moins de marges de manœuvre pour s’adapter. L’enfant qui n’aura plus son repas chaud, la famille qui devra racheter des fournitures, l’élève qui redoublera sa 6e primaire, l’étudiant qui hésitera à s’inscrire à l’université : ce sont rarement les enfants des familles les mieux dotées.
Dans un système scolaire déjà classé parmi les plus inégalitaires de l’OCDE, ces décisions sont des choix qui aggravent délibérément des fractures sociales que l’école publique avait précisément pour mission de réduire.
Mesures touchant les enseignant·es :
- Passage de 20 à 22 périodes hebdomadaires face à la classe (à salaire inchangé) dans le secondaire supérieur (4e, 5e, 6e)
=> Cette mesure mènerait à la suppression d’environ 1.300 équivalents temps plein
- Fin des nominations au profit de CDI générera un surcoût de 500 millions d’euros à l’horizon 2060-2070, reconnu par la ministre elle-même, en raison de cotisations patronales plus élevées. Une réforme qui coûte plus cher qu’elle ne rapporte, et qui précarise le métier.
- Réforme du régime de congé maladie
- Réforme des préretraites / départs anticipés, au fédéral, qui va toucher les enseignant·es
À l’heure actuelle, 35 % des enseignant·es quittent la profession dans les 5 ans suivant leur entrée dans le métier. Ainsi, alors que la situation est déjà tendue, les réformes augmentent la pression et ne viennent en rien répondre au problème de rotation rapide dans l’enseignement.
- Suppression partielle des chargés de mission pédagogique. Les chargé·es de mission sont des enseignant·es mis à disposition des réseaux scolaires pour des missions d’accompagnement pédagogique : ils forment les équipes, accompagnent la mise en œuvre des réformes, soutiennent les pratiques en classe.
=> suppression de 40 à 45 équivalents temps plein, soit 16 à 17 % des effectifs actuels de ces accompagnateurs.
Au moment même où le gouvernement lance une réforme pédagogique ambitieuse, nouveau tronc commun, nouvelle 1re secondaire, nouvelles pratiques évaluatives, il supprime une large partie de ceux dont le rôle est précisément d’accompagner ces changements sur le terrain.
Mesures pédagogiques / réformes structurelles :
- Réforme de la 1re secondaire dans le cadre du tronc commun (dès la rentrée 2026), qui a déjà été votée.
- Suppression de la 1re année différenciée (pour les élèves ayant raté le CEB)
- Fermeture des 7e années
Notons également qu’une série de mesures ont déjà été approuvées par ce même gouvernement, et qu’elles restent relativement absentes des mobilisations actuelles. C’est le cas de l’interdiction du port du hijab dans l’enseignement, qui entrera en vigueur dès la rentrée prochaine, ou encore du durcissement des critères de réussite imposés aux étudiant·es non-européen·nes dans le supérieur. Ces mesures, qui touchent pourtant de plein fouet des élèves et étudiant·es parmi les plus vulnérables, n’ont pas suscité la même ampleur de mobilisation collective.
Ce relatif silence dit quelque chose sur les contours de la solidarité qui se construit dans le secteur, sur qui est spontanément inclus·e dans le « nous » que défendent les mobilisations, et sur les angles morts que toute lutte sectorielle peut produire lorsqu’elle se concentre sur ses propres conditions de travail et de financement. Ces mesures ne sont pourtant pas séparables de la même logique politique : celle d’un gouvernement qui choisit, simultanément, de restreindre les ressources de l’école publique et d’en réduire l’accessibilité pour certain·es. L’école publique se rétrécit, et ce rétrécissement frappe en priorité celles et ceux qui sont déjà marginalisé·es.
Des réformes antérieures déjà sources de tensions :
La colère qui s’exprime aujourd’hui s’est construite sur des années de réformes mal digérées, de mépris institutionnel et d’une accumulation de décisions qui ont progressivement épuisé la profession enseignante et précariser le système d’enseignement.
- La fin de certaines 7e années secondaires a déjà supprimé des postes et bouleversé des équipes constituées
- Les coupes de 3 % dans l’enseignement qualifiant ont directement affecté des élèves parmi les plus fragiles du système, et les enseignants qui les accompagnent.
« On n’a pas le choix, tout le monde doit faire des efforts »( Valérie Glatigny)
Le discours de justification des mesures de la FWB a été particulièrement mal vécu quand il a été mis en regard de certaines réalités politiques. Dans le même temps, la FWB inaugurait en grande pompe ses nouveaux bureaux flambant neufs, alors que dans les écoles, on subit le froid en hiver, la chaleur en été, l’humidité à chaque averse. Les salaires des top managers de la FWB ont été augmentés. Et un voyage au Canada organisé par la FWB a coûté au minimum 400.000 €, pour un montant total tenu secret. Le refus de nombreux élus de renoncer à leurs indemnités logement, de représentation et frais domestiques, soit environ 2.000 € mensuels d’argent de poche, a également provoqué de la colère.
Les syndicats, les collectifs et directions d’école décrivent une absence totale de dialogue réel, des décrets vécus comme « punitifs », des procédures de concertation organisées en plein conflit social « comme une pure formalité », que les syndicats ont unanimement qualifié de « provocation ». Depuis la généralisation du mouvement de grève depuis le 10 mai, le gouvernement n’a fait aucun geste, aucun début de dialogue.
Un enseignement débridé pour quel modèle de société ?
Derrière cette nouvelle loi programme dans l’enseignement, c’est une vision de l’action publique qui se dessine : un État qui demande davantage à celles et ceux qui font vivre et qui jouent la survie des services publics tout en leur accordant toujours moins de ressources. Ces nouvelles mesures sont en somme le produit d’une logique de gestion visant à réduire le coût du travail, à rationaliser les dépenses collectives et à adapter l’enseignement à des impératifs budgétaires avant de répondre aux besoins sociaux, dans la lignée de la politique portée par ce gouvernement libéral.
La contestation actuelle dépasse donc largement le cadre scolaire : elle interroge le modèle de gouvernance que les partis au pouvoir souhaitent mettre en place et le type de société qu’ils contribuent à construire.
Pour beaucoup, l’école constitue un révélateur des priorités politiques. Lorsqu’un gouvernement choisit de réduire les moyens consacrés à l’enseignement, d’augmenter la charge de travail des enseignant·es, de diminuer certaines aides aux élèves et aux familles ou encore de fragiliser les dispositifs d’accompagnement pédagogique, il envoie un signal à la société. Les mobilisations actuelles expriment ainsi une inquiétude plus profonde : celle de voir progressivement s’affaiblir un service public dont la mission est non seulement de transmettre des savoirs, mais aussi de réduire les inégalités sociales, de garantir une certaine égalité des chances et de participer à la cohésion collective et social de demain.
L’accumulation de ces mesures dans un calendrier très serré a produit une désorganisation et une colère profonde des écoles en cette fin d’année. À Liège, les examens internes de fin d’année ont été annulés, seules les épreuves externes certifiantes (CEB, CE1D, CESS) étant maintenues. Les élèves qui ne passeront pas d’examen interne accéderont directement à l’année supérieure, sauf en 3e, 6e et 7e de l’enseignement de qualification.
Des mouvements de grève sont annoncés jusqu’au 10 juillet, dernier jour de l’année scolaire.

