La ministre de l’Éducation entend confier aux polices locales un rôle de « référent école » et n’exclut plus de suspendre les allocations familiales en cas d’absentéisme répété. Une réponse sécuritaire et punitive que dénoncent plusieurs associations de parents, comme l’Ufapec et la FAPEO, dans un climat social déjà très tendu.

L’année scolaire 2025-2026 s’est achevée sur un affrontement social d’ampleur, de professeur·es ainsi que d’élèves contre la réforme de l’enseignement, portée par le gouvernement MR-Engagés. Face au mouvement social offensif, qui s’en est pris au Parlement, le MR n’a que la répression, l’ordre et le paternalisme comme réponse politique : camp de redressement, fin des allocations sociales, nouvelle « loi casseur » …

À chaque contestation sociale, le MR oppose la même grammaire et les mêmes méthodes, celle de la répression et du paternalisme envers les familles qui seraient les seuls « responsables ».

C’est dans ce contexte-ci que la ministre de l’Éducation, Valérie Glatigny (MR) souhaite renforcer la collaboration entre les écoles et la police locale, pour « réduire de moitié le décrochage scolaire » d’ici 2030. Une mesure qui suscite les critiques de plusieurs associations de parents.

Un policier jusque devant la porte des familles

La nouvelle circulaire PLP41 prévoit donc la désignation d’un “référent école” au sein de la police locale pour chaque établissement scolaire. Lorsqu’un jeune présente plusieurs signaux, notamment des absences répétées, l’agent·e pourra rentrer en contact avec sa famille, voire se présenter à son domicile.

Dans le dispositif actuel, les parents sont avertis après 9 demi-jours d’absence injustifiée et un accompagnement scolaire renforcé intervient à partir de 10 jours dans le fondamental et 15 jours dans le secondaire.

Il est important de rappeler qu’un élève en décrochage scolaire n’est pas un criminel. Il est le plus souvent en souffrance, potentiellement victime de harcèlement, confronté à des difficultés d’apprentissage non prises en charge, à des problèmes familiaux, à un logement précaire ou à un mal-être psychique ou autre.

Y répondre par la visite d’un policier revient à traiter comme une question d’ordre sécuritaire, ce qui relève de l’éducation, de la santé et du social. Dans les quartiers et les familles déjà en défiance vis-à-vis des forces de l’ordre, à cause des multiples contrôles et violences policières dont peut faire preuve la police envers elles et eux, le risque de rompre le peu de lien qui subsiste avec l’institution scolaire est réel.

Punir et sanctionner, toujours plus

Le débat porte également sur une éventuelle suspension des allocations familiales en cas d’absences répétées. Valérie Glatigny se dit favorable à une plus grande responsabilisation des parents.

La mesure, qui vise à réduire de moitié le phénomène d’ici 2030, consisterait à suspendre les allocations familiales lorsque les absences injustifiées d’un élève deviennent répétées. Elle n’interviendrait toutefois qu’après l’échec des différentes démarches d’accompagnement mises en place avec l’école et la famille.

Autre piste avancée par la ministre-présidente Elisabeth Degryse : des « cafés avec les mamans » le matin pour leur expliquer, entre autres, comment encadrer une dictée à la maison. Une proposition qui, en centrant l’attention sur les mères, risque une fois de plus de faire peser la responsabilité du décrochage sur les familles plutôt que sur les moyens alloués à l’école.

Les parents seraient donc, selon la ministre, par négligence ou par désinvolture, responsables de l’absentéisme de leurs enfants, et le porte-monnaie serait le levier pour les faire réagir. C’est ignorer que les allocations familiales existent précisément pour couvrir une partie du coût d’élever un enfant : logement, nourriture, vêtements, transport, matériel scolaire. Les retirer à une famille dont l’enfant décroche, c’est appauvrir le foyer où ce jeune vit, donc aggraver l’une des causes connues de l’échec scolaire. De plus, cela placerait les familles concernées devant un cumul de difficultés et se révèlerait contreproductif, renforçant des inégalités déjà à l’œuvre.

  • Pauvreté : 1 enfant sur 7 (15,5 %) vit dans un ménage exposé au risque de pauvreté, soit plus de 300.000 enfants (en FWB)
  • Décrochage : en Belgique francophone, 1 élève sur 8 est en décrochage scolaire.
  • Santé mentale : 1 jeune sur 7 en Belgique souffre psychologiquement, et 1 sur 10 parmi eux pense à se faire du mal.
  • Le suicide est la première cause de mortalité chez les jeunes de moins de 25 ans.

« Pour ces raisons, pour la Ligue des familles, les allocations familiales ne peuvent être dévoyées : elles sont un instrument de soutien à la parentalité et de lutte contre la pauvreté qui s’adresse à tous les enfants, toutes les familles, et non un outil de contrainte pour prétendre répondre aux difficultés sociales ou éducatives rencontrées dans le cadre scolaire. » ( La Ligue des Familles)

Cette proposition s’inscrit dans un contexte où le monde enseignant dénonce depuis des mois le manque de moyens humains et financiers. Les centres PMS, censés accompagner les élèves en difficulté, les équipes éducatives, les dispositifs de remédiation et de soutien psychologique sont autant de leviers qui ont subi des coupes budgétaires et qui sont pourtant les premiers remparts pour éviter le décrochage.

Il faut aussi relever le glissement de responsabilité à l’œuvre. En désignant les parents et les élèves comme fautifs, le gouvernement évite de s’interroger et de porter ses propres responsabilités, sur ce que l’école produit elle-même comme exclusion : obligation d’orientation précoce pour tous·tes celles et ceux qui se voient forcé·es de choisir le technique ou l’encadrement professionnel, classes surchargées, manque de personnel…

Plutôt que d’assumer des choix budgétaires, le gouvernement et la ministre déplacent le problème vers les familles. Face à un phénomène qui touche un élève sur huit en Belgique francophone, la réponse gouvernementale tient en deux mots : surveiller et punir.