- Conspirationnisme des puissants et luttes sociales
- L’ennemi intérieur : une figure construite au service de l’ordre social
- Introduction - Qui a cassé la vitrine ?
- "Une extrême extrême gauche extrêmement radicale, qui a un projet de société, qui est de mettre par terre notre société"
- "Si la porte du parlement est fermée, les élèves la défonceront"
- Comprendre d'où viennent les révoltes sociales
De rassemblements, en actions, d'actions en grèves et de grèves en révoltes
Conspirationnisme des puissants et luttes sociales
» […] Des militants d’extrême gauche connus, appartenant au Secours Rouge et aux Antifas, ont infiltré la manifestation. Ils donnent des conseils aux jeunes et leur apportent un soutien sur les manières de se comporter face à la police et sur les alibis à utiliser. […] leurs actions amener presque inexorablement des adolescents voir parfois des enfants à commettre des actes de violence grave contre les forces de l’ordre et saccager notre ville.« , Bernard Quintin, ministre de l’Intérieur, MR, 20 octobre 2026.
« Paris, Marseille, Limoges, Bruxelles, Liège… Qu’est-ce que tout cela a encore à voir avec des manifestations scolaires ? Rien. […] Islamogauchistes. Islamistes et criminels des banlieues, des Molenbeeks et des Cureghem, en combinaison avec des agitateurs d’extrême gauche, forment le noyau dur.« , Théo Francken, Ministre de la Défense, N-VA, 18 octobre 2026.
« Des sauvages, il n’y a pas d’autres mots, qui s’en sont pris à des bâtiments publics, à des biens publics […], mais ne nous laissons par berner. Ces violences et ces mouvements ne sont pas spontanés, c’est le fruit d’une démarche réfléchie, une démarche qui est construite depuis de nombreuses années par l’extrême gauche et aujourd’hui malheureusement par une partie de la gauche. […] Alors oui, aujourd’hui […] j’accuse, j’accuse très clairement l’extrême gauche, le PTB, et toutes les structures qui gravitent autour, les antifas […] de créer un désordre social. Car l’extrême gauche a été toujours été claire elle ne pense pas que le changement viendra par les urnes mais par la révolte de la rue.« , Georges-Louis Bouchez, MR, 20 octobre 2026.
L’ennemi intérieur : une figure construite au service de l’ordre social
Quand ça brûle à des milliers de kilomètres, on feint de s’émouvoir des “révoltes Gen-Z”, on disserte dans de longs articles sur les « raisons » de l’embrasement. On se demande de quoi la violence politique dans les rues contre un régime politique est-elle le nom ?
Quand la jeunesse s’agite ici, se révolte à Liège, à Bruxelles, prend la rue et parfois violemment, le réflexe médiatique n’est plus sociologique ou historique mais policier et complotiste : il faut trouver le « méchant responsable » qui serait à l’origine des affrontements et faire des élèves des marionnettes. Ce « méchant responsable » revêt régulièrement l’habit de l’ennemi intérieur de l’État : de gauche radicale et/ou issue de l’immigration. Parallèlement, on insulte et utilise un registre raciste pour qualifier les jeunes, souvent mineur·es, on parle d’elles et eux comme des « barbares« , des « sauvages« , des « casseurs » et ont les élimine en tant que sujets politiques. Politicien·nes et médias disent qu’ils et elles sont là « pour casser » dans le but de « déstabiliser la société« .
L’ennemi intérieur est un groupe de personnes au sein du territoire national, identifié par l’État et les discours médiatiques, comme une menace à la sécurité, à la cohésion et « l’identité nationale« . Cet « ennemi intérieur » a pris différentes formes au cours de l’histoire de l’Etat moderne ; les populations colonisées en résistance, les groupes communistes, anarchistes ou considérés comme révolutionnaires « séditieux », les résistant·es « terroristes » durant la seconde guerre mondiale, ainsi que les diasporas postcoloniales et les habitant·es des quartiers populaires, qui sont associé·es dans les discours sécuritaires de l’État ; à l’immigration, à la délinquance ou au terrorisme.
Cette figure de l’ennemi intérieur, ne désigne pas seulement un ennemi réel ou supposé pour l’État, elle participe également à la préservation d’un certain ordre social. Les mesures de surveillance et de répression sont souvent justifiées au nom de la « protection de la nation » face à ces « ennemis« , dont la figure légitimise les pouvoirs sécuritaires. En tant que bouc émissaire, il est rendu responsable de problèmes sociaux et trace une frontière entre les corps légitimes et illégitimes au sein de la « nation ». Finalement, l’ennemi intérieur participe à faire accepter le contrôle social « exceptionnel » de l’État, face à une menace présentée elle aussi comme « exceptionnelle ».
Une dynamique qui rappelle la citation du juriste et philosophe fasciste, membre du parti nazi Carl Schmitt : “Est souverain celui qui décide de la situation exceptionnelle« .
Introduction – Qui a cassé la vitrine ?
Dans la presse, les journalistes et les politiques parlent « d’infiltration » et « d’influence extérieure » des mouvements sociaux par « l’extrême gauche« . La droite et l’extrême droite dressent un lien de causalité raciste entre l’immigration et les révoltes, où elles racialisent directement les révolté·es et criminalisent les personnes exilées dans le même temps. En suivant leurs explications, qui relaient des arguments réactionnaires,on refuse de penser que ce sont les réformes des pouvoirs publics qui sont à la source de la colère des élèves, des travailleur·euses et des affrontements dans les rues. On refuse que les structures sociales économiques et du pouvoir belge puissent être remises en question par la population belge elle-même, et ce, de manière plus ou moins radicale. La droite et l’extrême droite poussent leur fantasme à un tel point qu’on peut finir par se demander : mais qui a cassé la vitrine ? « Le spectre » de la gauche radicale, « l’influence » de l’immigration, ou les élèves révolté·es ? Analyse.
Le conspirationnisme, défini simplement, vise à expliquer des phénomènes ou des réalités sociales, comme le fait de groupe ou personnes, agissant dans l’ombre afin d’influencer la réalité secrètement via des complots. C’est une manière simplifiée d’appréhender le réel et souvent ses aspects négatifs. Au lieu de considérer les phénomènes sociaux depuis les logiques structurelles et les dynamiques sociales qui les causent, par exemple l’organisation économique et politique de la société, on identifie un groupe de personnes ou une personne extérieure qui, pour des raisons obscures, l’influencerait.
« Paris, Marseille, Limoges, Bruxelles, Liege… Qu’est-ce que tout cela a encore à voir avec des manifestations scolaires ? Rien. […] Islamogauchistes. Islamistes et criminels des banlieues, des Molenbeeks et des Kuregems, en combinaison avec des agitateurs d’extrême gauche, forment le noyau dur. Keffieh. Drapeau « Free Palestine ! » prêt à l’emploi et écharpe d’Arafat autour du visage, parés à incendier et à piller. […] But : déstabiliser au maximum notre société. Pendant des années, les services de sécurité ont fermé les yeux sur l’appel des extrêmes gauches et la croissance des « Nous prenons la rue ! » […] Réponse proportionnée. Il faudra passer à un niveau de violence supérieur. Il faudra intensifier le niveau de violence. » Théo Francken, Ministre de la Défense, N-VA, 18 octobre 2026, sur X.
« Il y a quelque chose de très insidieux. Cette jeunesse est manipulée. […] Il y a le développement au sein de notre pays et au dela de notre pays, d’une extrême gauche, d’une extrême extrême gauche extrêmement radicale. Qui a un projet de société qui est de mettre par terre notre société libéral et de mettre en place d’autres sociétés de type totalitaires ou autres. Et je pense qu’on est pas encore assez conscients aujourd’hui que ces mouvements sont là, que ces mouvements sont encore actifs et qu’ils manipulent une partie de la gauche, qui se laisse menée par le bout du nez. […] je remettrai un nouveau texte sur la table du gouvernement, et vraiment aller aussi attaquer ces mouvements à la base parce qu’il y a quelque chose d’extrêmement pernicieux qui est en train de se passer.« , Bernard Quintin, Ministre fédéral de l’Intérieur, MR, 17 juin, 2026.
« Des sauvages, il n’y a pas d’autres mots, qui s’en sont pris à des bâtiments publics, à des biens publics […], mais ne nous laissons par berner. Ces violences et ces mouvements ne sont pas spontanés, c’est le fruit d’une démarche réfléchie, une démarche qui est construite depuis de nombreuses années par l’extrême gauche et aujourd’hui malheureusement par une partie de la gauche. […] Alors oui, aujourd’hui […] j’accuse, j’accuse très clairement l’extrême gauche, le PTB, et toutes les structures qui gravitent autour, les antifas […] de créer un désordre social. Car l’extrême gauche a été toujours été claire elle ne pense pas que le changement viendra par les urnes mais par la révolte de la rue. » Georges-Louis Bouchez, MR, 20 octobre 2026, sur Instagram.
« Sous l’impulsion de la migration massive, une sous-culture s’est développée dans certains quartiers où la violence de rue, la drogue et l’intimidation gagnent de plus en plus de terrain. Il faut y mettre un terme. […] Nous ne pouvons pas laisser la rue aux casseurs.. » Théo Francken, Ministre de la Défense, N-VA, 19 octobre 2026, sur X.
« […] C’étaient des personnes d’origine étrangère qui saisissent chaque occasion pour semer le chaos et saccager. » Tom Van Grieken, Vlaams Belang, le 5 juin 2026.
« Il convient de faire aussi, de dénoncer une forme d’instrumentalisation de nos élèves, ce qu’on voit ce sont des jeunes qui sont cagoulés qui sont masqués. […] Manifestement, probablement des mouvements d’extrêmes gauches, qui attisent la colère des jeunes. » Valérie Glatigny, Ministre de l’Enseignement, 2 octobre, 2026.
« Il y a une responsabilité de mouvement ‘type antifa’. On connaît l’emprise sur une certaine partie de la société ici à Liège. […] Ils trouveront sur leur chemin les forces de l’ordre ainsi que la justice. » Bernard Quintin, Ministre fédéral de l’Intérieur, 8 octobre, 2026.
Voici quelques unes des réactions des politiques qui ont entouré les révoltes des élèves en Belgique.
Le réflexe politique est partout le même. Il reprend à la fois la structure du conspirationnisme, en attribuant le surgissement des révoltes à des facteurs présentés comme étrangers aux acteurs de ces révoltes ainsi qu’un discours raciste en liant les révoltes à une supposée « immigration« . Francken (N-VA), Van Grieken (Vlaams Belang) déploient leurs rhétoriques suprémacistes blanches et souhaitent tisser un lien direct entre l’immigration et les révoltes des élèves : ce serait donc le résultat de l’immigration, de l’influence de sa « sous culture« , main dans la main avec une influence de l’extrême gauche. Van Grieken va encore plus loin en racialisant directement les élèves révolté·es « C’étaient des personnes d’origine étrangère qui saisissent chaque occasion pour semer le chaos et saccager.«
On peut reconnaitre la théorie conspirationniste et raciste du grand remplacement chez Francken et Van Grieken, qui postulent à une lutte entre « civilisations« , soit le remplacement des populations européennes et sa « dégénéresence » à cause de l’immigration et de la « culture » qu’elle « importerait en Europe« . Cette théorie est raciste en tant qu’elle essentialise les individus et les hiérarchises : elle les réduit à une prétendue « culture » qui serait inférieure et supposée comme homogène et immuable, dont ils seraient porteurs par nature et dont ils ne pourraient se défaire. Elle établit en outre une hiérarchie entre les groupes, en opposant un « nous » à protéger à un « eux » dangereux, et elle fait de la simple présence de personnes non-blanches ou de confession musulmane une menace en soi, indépendamment de leurs actes. Elle transforme également des phénomènes sociaux complexes, comme ceux qui concernent les révoltes de l’enseignement, en un complot dirigé contre un groupe, ici, la pseudo « civilisation européenne » .
C’est l’Islam qui est principalement visé, dans les théories comme celle du grand remplacement, où elle est qualifiée par l’extrême droite comme « conquérante » et « incompatible » avec les « valeurs européennes« , et donc comme une menace. En ce sens, ils expliquent toute problématique sociale rencontrée en Belgique – et en dehors – en ayant recours à l’immigration et à l’islamophobie. On voit là, la construction d’un ennemi intérieur à la « nation » qui la menacerait, un bouc émissaire, qui justifierait « pour le combattre » la mise en place des mesures les plus répressives et violentes envers la population. Et quand cet ennemi intérieur n’est pas la personne exilée ou immigrée, il s’agit régulièrement de l’extrême gauche, ou de celles et ceux qui les soutiennent, ce qui permet de criminaliser plus largement la contestation et la solidarité.
C’est un argument qu’on a rencontré chez les politiques du Mouvement Réformateur (MR). Selon Glatigny, Quintin et Bouchez, les élèves seraient influencé·es par « l’extrême gauche« , par les « antifas » et le « Secours Rouge« . Comme si les manifestant·es, les jeunes, les élèves, étaient des pantins, des marionnettes qui seraient manipulées à distance par d’obscures entités. Autant d’entités qui organiseraient en arrière-plan des « émeutes » pour déstabiliser la société, et une société qui, en temps normal, ne souffrirait manifestement « d’aucun problème » – si on suit bien les policitien·nes du MR.
« Les services [de police et de renseignement] constatent que des militants d’extrême gauche connus, appartenant au Secours Rouge et aux Antifas ont infiltré la manifestation. Ils donnent des conseils aux jeunes et leur apportent un soutien sur les manières de se comporter face à la police et sur les alibis à utiliser. […] Par leurs actions amener presque inexorablement des adolescents voir parfois des enfants à commettre des actes de violence grave contre les forces de l’ordre et saccager notre ville. Bernard Quintin, à la Chambre, 20 octobre 2026.
« Une extrême extrême gauche extrêmement radicale, qui a un projet de société, qui est de mettre par terre notre société »
Derrière les « Antifas », c’est notamment le Front Antifasciste de Liège (FAL) qui est visé. Une large organisation à Liège qui réunit différentes tendances de l’antifascisme, de la gauche radicale autonome à celle syndicale. Ces dernièr·es expliquent avoir logiquement soutenu les mobilisations des élèves de leurs villes, en distribuant du matériel défensif (sérum physiologique pour limiter l’effet des gaz lacrymogènes), des masques et de l’eau. Mais le FAL insiste aussi, cette opération de communication de Quintin est grossière et complotiste : « un fantasme pour légitimer son projet de loi« , en faisant référence au projet de loi d’interdiction administrative d’organisation. Les élèves sont les propres acteurs de leurs révoltes, et il suffit de sortir pour le voir.
Le Secours Rouge, est une organisation révolutionnaire d’anti-répression et de solidarité internationale. L’organisation avait déjà été ciblée dans le passé, lors du 14 octobre 2025, elle avait été accusée d’avoir diligenté et organisé les affrontements contre la police depuis une info-line qui relayait des informations en temps réel sur la manifestation. Cette info-line qui accompagne le travail d’une « hotline« (un centre d’appels et d’informations venant en aide aux manifestant·es) est régulièrement déployée lors des manifestations à Bruxelles et est suivie par près de 2 000 personnes.
Ces organisations de gauches radicales sont présentées par l’Etat comme des entités voulant « déstabiliser la société« , la « mettre à terre » « générer la violence« , créer le « désordre » et délégitimer les institutions. Le discours des politicien·nes, comme pour les personnes issues de l’immigration, fait de ces organisations une menace intérieure à la « nation« , qui donc serait illégitime et devrait être durement réprimée.
Dans le fond, ces réactions ne se limitent pas aux révoltes des élèves mais incarnent la manière dont les mouvements politiques de droite et d’extrême droite appréhendent la société, ses contradictions ainsi que les résistances sociales à leurs projets politiques. Puisqu’ils ne veulent pas reconnaitre que la société est inégalitaire et violente et que cela génère des révoltes, ils doivent expliquer les phénomènes sociaux par des éléments « extérieurs » à la société, par des corps qu’ils considèrent étrangers. En ce sens, le pouvoir écarte dans ses discours la possibilité qu’une partie de la population belge puisse adhérer à l’idéologie et au projet politique révolutionnaire de la gauche radicale.
Ce discours sur l’infiltration, l’influence extérieure, qu’elle soit de l’extrême gauche et/ou de l’immigration, est conspirationniste en tant qu’il analyse des évènements en faisant recours à des complots, en l’occurrence à des personnes ou groupes qui tireraient les ficelles des mobilisations. En ce sens ce discours coupe les révoltes de leurs bases matérielles, soit de la réalité qui les a causés. Il nie ainsi aux personnes mobilisées toute capacité d’agir et de penser par elles-mêmes, en les présentant comme des marionnettes ou des victimes manipulées plutôt que comme des sujets politiques. Ce faisant, il délégitime d’avance leur action politique, puisqu’il n’y aurait rien à entendre dans une colère « fabriquée ».
Il a quatre effets principaux :
- Premièrement, délégitimer les révoltes. En insinuant que ces dernières ne sont pas le fait des élèves, on essaye de nous expliquer qu’elles ne devraient pas avoir lieu – puisqu’elles sont le fait d’une influence extérieure, donc illégitime.
- Secondement, nier que les élèves puissent être des acteurs·ices politiques. Qu’ils et elles aient des revendications et des stratégies et que ces derniers puissent se révolter parce qu’iels comprennent leur situation sociale et souhaitent la changer.
- Troisièmement, cette rhétorique complotiste désigne l’ennemi du pouvoir dont on veut faire un bouc émissaire, celui intérieur à la nation, « l’immigré islamiste » ou/et le « militant de gauche radicale« , vers qui il aimerait bien rediriger la colère.
- Enfin, il permet de faire passer des mesures répressives dites « exceptionnelles », renforçant le contrôle social de l’Etat et ce de manière durable.
« Si la porte du parlement est fermée, les élèves la défonceront »
– Comprendre d’où viennent les révoltes sociales
Depuis maintenant plusieurs semaines en France et en Belgique, les élèves des écoles secondaires se révoltent contre leurs conditions d’apprentissage : un enseignement définancé, des écoles bondées où manquent les professeur·es et les infrastructures suffisantes, une école à deux vitesses, excellente pour les enfants des riches, poubelle pour les enfants des personnes précaires et pauvres issues des quartiers populaires, de la périphérie et de l’immigration.
En Belgique francophone, le MR et Les Engagés au gouvernement wallon portent une réforme de définancement des services publics. Tout est attaqué, mais l’école et l’enseignement souffrent particulièrement. Alors que la Belgique a un des enseignements les plus inégaux des pays capitalistes les plus riches, le MR et Les Engagés veulent encore faire des millions d’économies au sein de ce service essentiel et en faire définitivement une machine discriminatoire.
Ces partis de droite, expliquent ces réformes d’austérité comme « nécessaires » et « inévitables ». Pourtant, elles sont bien le résultat de choix idéologiques et politiques. Plutôt que de financer des services publics de qualité, efficaces et égaux, le monde politique investit massivement dans l’armement, la police et la sécurité – avec l’argent retiré aux services publics ! -, privatise à tout va et coupe tous les fonds sociaux pour correspondre aux exigences économiques d’institutions impérialistes, comme l’Union européenne.
Ces réformes rencontrent d’importantes résistances, puisqu’elles touchent directement à la vie de personnes. La situation est aussi simple que cela. Elles touchent à la vie des élèves qui voient la qualité de leur apprentissage se dégrader et donc leurs perspectives de vie aussi, à celles des professeur·es qui doivent travailler plus, pour être moins bien payés, dans des conditions plus difficiles et avec moins de sécurité.
Depuis l’arrivée au pouvoir du gouvernement wallon (MR – Engagés) et l’annonce des réformes, un mouvement social s’est construit crescendo. De rassemblements, en actions, d’actions en grèves et de grèves en révoltes. Tous les moyens de lutte traditionnels et institutionnels ont été utilisés par le mouvement de l’enseignement dans un mépris total du MR et des Engagés, qui n’ont reculé face à rien.
De rassemblements, en actions, d’actions en grèves et de grèves en révoltes
C’est seulement, après des mois de lutte sans résultat et de mépris, que la colère a éclaté dans la rue. Dans l’enseignement, d’abord au début du mois de juin 2026, puis au début du mois d’octobre 2026. Ces révoltes ne peuvent être comprises que comme la résultante logique de l’évolution du mouvement social dans le temps face à l’absence de recul du gouvernement et le mépris des politiques envers les revendications et la protestation des professeur·es et des élèves.
La porte du gouvernement est fermée pour les profs et les élèves, personne ne les écoute dans l’hémicycle, et ils et elles le savent. Et si, la porte du parlement est fermée, si le gouvernement refuse d’entendre, les élèves la défonceront, comme le 4 juin 2026.
Logiquement, le mouvement utilise de nouveaux moyens d’action si ceux précédents, à eux seuls, restent inefficaces. Certains élèves expliquent très bien la dynamique en cours : « Ils vont pas nous écouter si on fait rien, si on lève [seulement] des pancartes, cassez tout.« , où lorsque d’autres expliquent qu’ils savent bien qu’ils finissent par être écouté·es et être visibles qu’à l’instant où des dégradations et des affrontements ont lieu. Et cet usage d’un répertoire d’actions n’exclut pas le recours aux modes d’action précédents : les blocages, les grèves et manifestations, qui continuent en parallèle.
Autrement dit, le développement et l’usage de nouveaux moyens d’action par les élèves, y compris les dégradations et les affrontements, s’inscrivent dans la continuité de leur lutte. Leur révolte aussi. Dans une réflexion des élèves et des jeunes sur les moyens utilisés précédemment, leurs effets et leurs limites. On peut ne pas être d’accord avec la stratégie et les moyens utilisés par les élèves, mais on doit à minima reconnaitre qu’il s’agit d’une stratégie et de moyens d’actions politiques.
Et ce ne sont pas des pratiques et des stratégies qui viennent de surgir sur la scène politique ou qui sont inventées par les jeunes, ce sont celles qui ont permis – avec d’autres moyens – les victoires sociales historiques des travailleur·ses. Les élèves sont les propres acteur·ices de leur lutte, en relation avec d’autres luttes, ils et elles puisent dans un registre de moyen d’action légitime et historique et finalement ils et elles sont actuellement debout pour leurs avenir, ceux de leurs professeur·es ainsi que pour le futur de la société de manière générale.

