- La « justice » a deux vitesses : la première pour les flics, la sixième pour les jeunes
Au début de mois de juin, plusieurs journées de révolte ont eu lieu à Bruxelles contre les réformes de définancement de l’enseignement du gouvernement FWB. Menées dans la rue par les élèves, ces révoltes ont éclaté le 4 juin, où une porte du Parlement a notamment été forcée. Les jours suivants, Bruxelles a vu défiler des manifestations sauvages, joyeuses et déterminées, ponctuées d’affrontements avec les forces de l’ordre et marquées par une intense répression policière raciste.
Si les réactions politiques appelant à la répression des enfants révoltés n’ont pas tardé à s’exprimer, avec notamment le MR, la N-VA et Vooruit, qui ont appelé à mettre les jeunes révoltés dans des « camps de redressements. », les conséquences répressives et judiciaires n’ont, elles non plus, pas tardé.
Selon les informations disponibles, plus de 120 arrestations ont eu lieu les 3 premiers jours des révoltes, entre le 4 et le 6 juin. 97 de ces arrestations ont été administratives et elles ont ciblé principalement des mineur·es. 23 de ces arrestations ont été judiciaires, parmi lesquelles 17 personnes mineur·es et 6 majeur·es.
14 mineur·es ont été renvoyés devant le juge de la jeunesse. 3 majeur·es sont également passé·es devant le tribunal en comparution immédiate (procédure accélérée).
Nous n’avons à l’heure actuelle aucune information concernant les décisions judiciaires et condamnations prises.
Selon la RTBF et d’après les communications policières, ces arrestations judiciaires auraient eu lieu après des faits de « rébellion », de « jets d’objets en direction de la police » et de diverses « dégradations ».
Lors des journées suivant la semaine 4 juin, le 8, 9 et 10 juin, les forces de l’ordre ont mis en place un large dispositif policier pour empêcher la reprise des manifestations. Policier·ères en civil, policier·ères antiémeutes, chiens et autopompes aux alentours de la Gare Centrale. Dans ce contexte des contrôles au faciès systématiques ont eu lieu, menant parfois à des arrestations.
Le nombre d’arrestations de ces journées est difficile à estimer, mais plusieurs dizaines au moins ont été attestées par des témoins oculaires.
La « justice » a deux vitesses : la première pour les flics, la sixième pour les jeunes
Le 6 juin, nous révélions des images montrant un symbole fasciste, une croix liée aux croisades avec l’inscription en latin « Dieu le veut » sur la gazeuse d’un policier. Parallèlement, nous avons documenté des insultes sexistes, transphobes et recueilli des témoignages au sujet d’insultes racistes perpétrés contre des enfants. Nous avons aux côtés d’autres, publiées, des images révélant des violences policières en série. Après avoir d’abord mis en cause la véracité des images, la Ville de Bruxelles a expliqué ouvrir une « enquête interne » et qu’elle prendra des « sanctions » si l’enquête confirme les révélations. Fin juin, nous n’avons aucune information sur d’éventuelles mesures, administratives ou judiciaires, prises à l’encontre de policiers.
Pourtant, ces policiers sont identifiables, certains l’ont déjà été, et les pouvoirs publics ont assuré réagir. Que la responsabilité relève de l’administratif ou que l’institution judiciaire s’en saisisse, on voit que sanctionner l’intervention policière n’est pas la priorité. De l’autre côté de l’ordre établi, celui des manifestant·es, l’histoire est tout autre. Les procédures sont accélérées, les personnes suspectées sont déférées devant un·e magistrat·e. On tape dur, fort et surtout vite.
Cette répression judiciaire, comme celle policière et administrative durant les révoltes, a pour objectif d’intimider les jeunes révolté·es et de freiner la contestation sociale. Les contrôles systématiques ont régulièrement été accompagnés de menaces de SAC (Sanction Administrative Communale), pouvant se traduire par des amendes allant jusqu’à 500 euros. Là aussi, la répression financière se dresse comme un outil dissuasif.
Après les matraques du gouvernement, la volonté législative de mettre des enfants dans des « camps » – entre autres lois anticasseurs et fin des aides sociales -, c’est autour de l’institution judiciaire de parfaire le triptyque de la répression d’Etat et de montrer les dents.

