Islamophobie dans l’enseignement supérieur : La suite d’une lutte politique et juridique

Rappel des évènementsEn 2017, 4 étudiantes portaient plainte contre la Haute École Francisco Ferrer car son règlement interdisait le port de signes convictionnels et les forçaient dans un rituel raciste et humiliant à enlever leur foulard à l’entrée de l’école devant ce qu’elles ont appelé « le miroir de la honte ». En 2020, après une première déception (la Cour Constitutionnelle avait avilisé la décision d’interdiction de la haute école), le Tribunal de première instance francophone de Bruxelles avait reconnu le caractère discriminatoire du règlement interdisant le port de signe convictionnel et donc ordonné sa cessation.1

Seulement un an après cette première victoire, en octobre 2022, un collectif de professeur.e.s (actuel.les et retraité.e.s) de la Haute École Francisco Ferrer s’est constitué – notamment avec le soutien du Centre d’Action Laïque et une autre haute école, Ilya Prigogine – pour entamer une procédure en tierce opposition* afin de demander le retour de l’interdiction du port de signes convictionnels au sein de la haute école. Dans des témoignages islamophobes glaçants certain.e.s professeur.e.s déclarent « [Constaster que] la lame de fond de l’islamisme franchit les portes de l’école et nuit à l’enseignement. »2

D’autres déclarent « [qu]’il s’agit d’une forme de prosélytisme qu’il faut bannir dans un enseignement laïque »2. Le dictionnaire Larousse définit le prosélytisme comme suit : « Zèle ardent pour recruter des adeptes, pour tenter d’imposer ses idées. »3 Voilà de quoi les enseignant.e.s accusent les élèves qui portent le foulard dans la haute école. De vouloir « recruter des adeptes » pour la « lame de fond de l’islamisme » alors que celles-ci comme tou.te.s citoyen.ne.s veulent simplement avoir accès à l’enseignement supérieur sans que leurs convictions religieuses ne soient un obstacle.

Ce sont des accusations terriblement graves, humiliantes, qui sont tout le reflet de la pensée raciste et réactionnaire qui voit dans chaque foulard porté une attaque du « fondamentalisme religieux » contre la prétendue « démocratie » et « laïcité » qui seraient défendues, entre autres, par le collectif de professeur.e. Mais c’est précisément cette « démocratie », cette « laïcité »-là qui veut interdire à toute une partie de sa population l’accès à l’enseignement supérieur, qui vient systématiquement stigmatiser des communautés religieuses et les personnes racisées. 

Ce sont ces mêmes personnes qui au nom de la « neutralité exclusive » viennent littéralement interdire l’accès à  hautes écoles. Nous avons déjà mis en évidence dans un précédent article que ces concepts de « laïcité » et de « neutralité » sont mal compris et sont utilisés aujourd’hui à des fins islamophobes. Comment la « neutralité » peut-elle conduire à l’exclusion de certaines parties de la population ?Certain.e.s politiques veulent pourtant faire passer la pilule en prétendant que ces mesures seraient égales pour tou.te.s.

Mais dans la réalité, les seules personnes réellement touchées par celles-ci sont les femmes qui portent le foulard, qui sont sommées de l’enlever. Le soutien du CAL** est également alarmant, comme l’avait signalé le Collectif les 100 Diplômées dans un communiqué « […] Nous actons avec tristesse que des organisations comme le CAL, statutairement voué à promouvoir une laïcité qui « oblige l’État de droit à assurer l’égalité, la solidarité et l’émancipation des citoyens par la diffusion des savoirs et l’exercice du libre examen s’acharnent contre des femmes qui souhaitent travailler et étudier, les obligeant à consacrer à leur défense un coût financier et émotionnel inquantifiable. »4 

Il est effectivement alarmant que le CAL prenne aujourd’hui des positions islamophobes allant jusqu’à soutenir des collectifs de professeur.e.s souhaitant l’interdiction du port du foulard dans l’enseignement supérieur et également à la STIB (avec une procédure de tierce opposition qui a été rejetée par le Tribunal du travail francophone de Bruxelles) lorsqu’elle avait été condamnée pour discrimination car elle interdisait le port du foulard à des travailleuses.

Ceci n’a plus vraiment de quoi nous étonner à l’heure où le discours médiatique et politique est gangréné par la pensée réactionnaire, qu’on passe souvent le plus de temps à débattre de l’immigration et du port du foulard alors qu’en face il y a de vraies problématiques urgentes, sociales et écologiques. Il n’y a pas que les fantasmes racistes d’une classe dominante qui perd les pieds.

Le racisme et l’islamophobie, bien qu’ils existent indépendamment, sont des visages d’une société fascisante. C’est pour cela qu’un antifascisme conséquent doit se ranger aux côtés des luttes antiracistes & féministe et qu’il nous faut absolument aussi les soutenir comme le fer de lance d’une riposte face à un appareil étatique raciste et de plus en plus autoritaire. Soutien au Collectif les 100 Diplômées.

Légende :

aviliser : Cautionner en donnant son aval.

*Un recours en tierce opposition est lorsqu’un tiers (un troisième partie) estime qu’une décision dans une procédure entre deux parties (en l’occurence les étudiantes et l’école Francisco Ferrer) lui porte préjudice (en l’occurence le collectif de professeurs de la haute école). Dans ce cas précis, un juge va devoir apprécier si le tiers est effectivement préjudicié et donc si son recours est recevable. Le jugement sera rendu le 14 novembre.

**Centre d’Action Laïque 

Source photo : Belga

Sources :

[1] Voir sources de cet article : https://bruxellesdevie.com/2021/12/29/la-lutte-de-fond-contre-lislamophobie-dans-lenseignement-superieur/

[2] https://bx1.be/categories/news/francisco-ferrer-des-temoignages-de-professeurs-interpellants/

[3] La définition du Larousse en ligne de prosélytisme : https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/prosélytisme/64456

[4] Page facebook du Collectif Les 100 Diplômées : https://www.facebook.com/collectifles100diplomees