- Des enfants vus comme des menaces
- La racialisation de l'enfance : une vieille histoire
- Conclusion
Le Mouvement réformateur (MR) propose de « placer les jeunes délinquants » sous bracelet électronique suite aux vagues de dégradations qui ont été observées ces dernières semaines en Belgique, lors des mobilisations contre la réforme touchant à l’enseignement et, plus généralement, contre les politiques du gouvernement fédéral.
Alors que partout la jeunesse s’organise, manifeste, et se mobilise, le MR, par la voix de Valérie Bluge, choisit la fuite en avant répressive. Quelle surprise !
Sous prétexte de pénurie de places en IPPJ , le parti propose d’imposer des bracelets électroniques aux mineur·es. La ministre Lescrenier de l’Aide à la jeunesse ( Les Engagés) s’empresse de suivre, annonçant un “projet pilote” destiné à 40 jeunes.
Cette logique n’est pas sans précédent : un projet pilote mené par le tribunal de la Jeunesse d’Anvers depuis juin 2024 a déjà placé une trentaine de mineurs de 14 à 17 ans sous bracelet, présenté comme alternative à l’IPPJ. Mais des juristes spécialistes de la justice des mineur·es alertent sur le risque que la surveillance électronique n’élargisse le filet pénal et ne stigmatise les jeunes, au lieu de remplacer l’enfermement.
Derrière ce dispositif, c’est une logique bien connue : surveiller, punir, brider la jeunesse, et plus particulièrement, viser les enfants racisé·es et issus des quartiers populaires, éternels suspects et victimes de la répression d’état.
Des enfants vus comme des menaces
Des jeunes à qui ont met un bracelet éléctronique, pour acter la fin de leur innocence enfantine, au profit d’une suspicion généralisée. Placer un bracelet électronique à un enfant, c’est lui arracher son droit à l’erreur et à la protection.
C’est, comme le dénonce Fatima Ouassak, la logique « désenfantisation » des enfants non blancs : l’État ne voit plus dans ces jeunes des enfants, mais des dangers, des corps à contrôler, des menaces pour l’ordre établi. Cette mécanique n’est pas nouvelle : elle s’inscrit dans une longue histoire de criminalisation des populations populaires et racisées, où l’enfance elle-même est niée, confisquée, volée.
La racialisation de l’enfance : une vieille histoire
L’innocence de l’enfance, loin d’être une donnée naturelle, est une construction sociale et racialisée. Aux enfants blancs, l’aura de la pureté et de la candeur ; aux enfants racisé·es, le soupçon, la violence, la déshumanisation.
Ce n’est donc pas un hasard si les « heureux élu·es » de cette mesure seront, encore et toujours, les jeunes issus des quartiers populaires, les enfants racisé·es, ceux qu’on prive déjà de la moindre présomption d’innocence. Le bracelet électronique n’est qu’un outil supplémentaire, un marqueur social et racial dans l’arsenal d’une justice à deux vitesses : celle d’une jeunesse surveillée, stigmatisée, criminalisée dès l’adolescence, voire avant.
Cette proposition ne surgit pas dans le vide. Elle s’inscrit dans une séquence où la contestation de la jeunesse est d’abord traitée comme un problème d’ordre public. Dès les 4 et 5 juin, les manifestations contre le décret-programme de la Fédération Wallonie-Bruxelles ont dégénéré en affrontements avec les forces de l’ordre.
Il n’est pas anodin que cette mesure surgisse en pleine vague de mobilisations et de contestation sociale. Plutôt que d’écouter la jeunesse, de s’interroger sur les causes profondes de la révolte, le pouvoir choisit la surveillance électronique.
Loin de répondre à l’urgence actuelle en terme social et éducatif, on cherche à écraser la contestation, à museler les jeunes qui se mobilisent, à envoyer un message clair : toute voix qui s’élève sera surveillée, contrôlée, neutralisée.
Il s’agit d’étouffer la jeunesse, de la rendre docile par la peur, l’humiliation et la menace permanente.
Conclusion
Au-delà de la punition, ce dispositif produit une violence symbolique et psychologique profonde : il matérialise la défiance. Ce processus de déshumanisation prépare, légitime et naturalise la violence institutionnelle et la reproduction sociale de l’exclusion.
Comme le développe Arthur Serret dans sa réflexion sur la désenfantisation : le bracelet électronique n’est qu’un rouage parmi d’autres dans la grande machine de la reproduction sociale. Il vient renforcer la division du travail et du pouvoir : assigner les enfants racisé·es à la marginalité, fabriquer une « armée de réserve » pour le capital, assurer la soumission des classes populaires. À travers la surveillance de la jeunesse, c’est l’ordre social dans son ensemble que l’on protège, que l’on reproduit et que l’on verrouille.
L’État préfère investir dans la punition des corps que dans l’émancipation des esprits.

