« Je perds non seulement mon emploi, mais aussi mes revenus, ma sécurité et ma nomination définitive. Tout ce que j’ai construit a soudainement disparu », a expliqué Hadija Amajoud, licenciée en raison de son port du hijab d’une école en flandre orientale.
Cette décision a été prise après que car l’enseignante a légitiment refusé de retirer son hijab durant ses heures de travail, alors qu’elle enseignait depuis 2024 à l’école fondamentale spécialisée Kiempunt Campus d’Assenede et qu’elle avait été embauchée avec son hijab.
Depuis le 1er septembre de cette année, il est officiellement interdit de porter des signes religieux et philosophiques visibles, à l’exception des professeurs dispensant des cours philosophiques au sein de l’enseignement de Flandre Orientale. De plus, un réglement a été adopté en janvier 2026 visant à interdire le port du hijab pour les élèves de la province. L’exclusion de madame Amajoud est la finalité d’une procédure entamée en 2024 peu après son entrée en fonction, après la modification du réglement pour interdire le port du foulard. Cette exclusion risque d’en entrainer d’autres prochainement, puisqu’elle agit également comme un précédent.
Dans l’enseignement francophone, la Fédération Wallonie-Bruxelles a également déposé un décret – à l’initiative du MR et des Engagés – visant à l’expulsion de l’entièreté des métiers de l’enseignement des femmes portant le hijab. Ce décret est effectif depuis la rentrée de septembre 2026.
Le port de tout signe convictionnel est également désormais interdit à l’ensemble du personnel de l’enseignement officiel, directions, enseignant·es, éducateur·rices, agent·es d’entretien, cuisinier·ères, sans exception. Selon l’UNIA, plus de 95% des dossiers liés aux interdictions de signes convictionnels en matière d’emploi visent le port du hijab. Ce décret ne cible donc pas « les convictions » en général. Il cible les femmes musulmanes, massivement, précisément, et délibérément, sous prétexte d’une prétendue neutralité.
En francophonie, ce décret est l’aboutissement d’une stratégie politique construite méthodiquement depuis des années par le MR et Les Engagés notamment. Cette dernière a contribué a fabriqué de toutes pièces un « problème musulman » dans l’enseignement belge, à coups de livres islamophobes, de baromètres biaisés, de conférences et de chiffres manipulés sur une prétendue « explosion » de la radicalisation dans les écoles. Mais cette séquence s’inscrit également dans le silence, voire la complicité de certaines forces de gauche, qui, parfois sous couvert « d’universalisme », contribue au renforcement de l’islamophobie en Belgique.
Ce racisme structurel sous couvert de neutralité est lui-même dénoncé par des collectifs de professeur·es et un combat politique est actuellement mené au sein du mouvement syndical et des organisations contre la réforme de l’enseignement (notamment Mars Attack) pour faire de la lutte contre l’exclusion des femmes musulmanes une priorité de ce mouvement avec la lutte contre la réforme d’austérité et de coupes budgétaires portée par MR-Engagés. Il y a une urgence à mener ce combat antiraciste au sein du mouvement de l’enseignement.
Les femmes musulmanes portant le foulard sont exclues – officiellement ou officieusement – de manière croissante du marché du travail en Belgique. Que ce soit dans l’enseignement, dans certains services publics au sein des rédactions des médias publics comme la RTBF, dans les métiers judiciaires (avocates, magistrates), le racisme pousse à la précarisation des femmes musulmanes, de leur famille et marginalise toute une partie de la population belge.
De plus, contrairement aux prétentions féministes – en réalité fémonationalistes – qui accompagnent régulièrement les tentatives de contrôle sur le corps des femmes musulmanes, leur exclusion du marché du travail relève d’une dynamique se situant au croisement du patriarcat et du racisme, puisant directement dans le registre colonial du « dévoilement ». En Algérie, sous la domination de l’impérialisme colonial français, les femmes étaient contraintes de se dévoiler lors de cérémonies mises en scène par le pouvoir colonial, l’une des nombreuses méthodes employées pour imposer son contrôle sur les populations indigènes.
« Et à propos du foulard lui-même, juste ça, quand je vois combien de très jeunes filles portent le foulard, ne me dites pas que c’est « de leur propre volonté » et que ces filles « dirigent d’elles-mêmes ». Le foulard est une camisole de force religieuse – et souvent idéologique -, la camisole de force moderne pour une multitude de filles en Europe occidentale. » ( Theo Francken, NVA )
En fédération Wallonie-Bruxelles, il revient au mouvement actuel contre la réforme de l’enseignement de prendre ses responsabilités et à ses acteur·rices les plus conséquent·es de mener le combat en interne.
La solidarité entre professeur.es et la lutte contre les réformes MR-Engagés ne peut uniquement concerner les travailleur·ses blanc·hes des métiers de l’enseignement et elle ne peut admettre l’exclusion des femmes musulmanes.
La division raciale entre travailleur.ses au sein de l’enseignement induite par des partis politiques racistes doit être frontalement combattue ou bien, sur fond de division des travailleur.ses de l’enseignement, ce mouvement est condamné à n’arracher aucune réelle victoire, ni même éventuellement à ne rien sauver du tout, ainsi qu’à poser les bases de futures défaites.

