Depuis le 1er avril 2026, un décret adopté par la Fédération Wallonie-Bruxelles interdit le port de tout signe convictionnel à l’ensemble du personnel de l’enseignement officiel, directions, enseignant·es, éducateur·rices, agent·es d’entretien, cuisinier·ères, sans exception. Selon l’UNIA, plus de 95% des dossiers liés aux interdictions de signes convictionnels en matière d’emploi visent le port du hijab. Ce décret ne cible pas « les convictions » en général. Il cible les femmes musulmanes, massivement, précisément, et délibérément, sous prétexte d’une prétendue neutralité.
C’est, en somme, l’aboutissement d’une stratégie politique construite méthodiquement depuis des années par le MR et Les Engagés notamment, qui a fabriqué de toutes pièces un « problème musulman » dans l’enseignement belge, à coups de livres islamophobes, de baromètres biaisés, de conférences et de chiffres manipulés sur une prétendue « explosion » de la radicalisation dans les écoles. Mais cette séquence s’inscrit également dans le silence, voire la complicité de certaines forces de gauche, qui, parfois sous couvert « d’universalisme », contribue à cette énième stratégie politique islamophobe en Belgique.
Une construction narrative qui a trouvé suffisamment de relais médiatiques et politiques, jusqu’à l’abstention complice du PS et d’Ecolo, pour se transformer en loi.
Un collectif d’enseignant·es monte au créneau depuis plusieurs mois contre ce décret « neutralité ». Dans une tribune, ils et elles dénoncent une mesure présentée comme garante d’impartialité, mais qui dissimule une forme de racisme d’État ciblant en priorité les femmes musulmanes voilées.
Sous couvert de neutralité, le racisme d’État
Le 1er avril 2026, la Fédération Wallonie-Bruxelles a définitivement adopté un décret interdisant le port de signes convictionnels pour l’ensemble du personnel de l’enseignement officiel et de l’enseignement libre non confessionnel adhérant au principe de neutralité : directions, enseignant·es, éducateur·rices, personnel administratif, ouvrier·ères, agent·es d’entretien, cuisinier·ères, etc. Cette mesure concerne l’enseignement obligatoire, mais aussi les CPMS, les internats et l’ESAHR.
Le texte évoque l’ensemble des signes dits « convictionnels ». Pourtant, personne n’est dupe : cette mesure vise avant tout les femmes musulmanes portant le foulard, qui seront massivement exclues de certains emplois publics.
Ce décret prétend défendre la neutralité. En réalité, il organise l’exclusion. Il impose à des femmes de prouver leur prétendue « neutralité » en dévoilant leurs cheveux. Il transforme des citoyennes en problème public et les contraint à choisir entre leur emploi et leur liberté de conscience.
Une femme portant un foulard ne constitue pas un danger pour l’école. En revanche, le racisme d’État constitue une menace réelle pour la démocratie. Le danger n’est pas la diversité religieuse ; le danger réside dans l’installation progressive d’un climat d’exclusion et de ségrégation sous couvert de neutralité. Le problème n’est pas l’islam visible ; le problème, c’est l’usage politique d’une neutralité à géométrie variable.
Car, pendant que le MR prône une neutralité exclusive, selon laquelle l’État et ses agent·es devraient être débarrassés de tout signe visible afin de garantir l’impartialité, son président posait récemment dans une église pour le magazine Miles. On l’y voit prier, mis en scène dans un reportage de seize pages présentant sa politique comme inspirée et le décrivant comme le « sauveur de Bruxelles ».
Au-delà de l’instrumentalisation politique d’un lieu de culte, cette mise en scène révèle un double standard : certaines références religieuses sont valorisées comme relevant du « patrimoine », tandis que d’autres sont perçues comme suspectes ou incompatibles avec l’espace public. Le catholicisme est culturellement acceptable ; l’islam, lui, continue d’être associé à une altérité menaçante. Cette opposition alimente directement les imaginaires de la prétendue « guerre des civilisations ».
Le 16 mars dernier, le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Türk, alertait sur une « vague croissante » d’islamophobie dans le monde. Il soulignait que : « Partout dans le monde, les actes de harcèlement, de discrimination et de violence visant les musulmans ont augmenté » et que ces discriminations s’étendaient désormais à des domaines ordinaires de la vie sociale : l’emploi, le logement ou encore l’accès aux soins. Dans certains pays, ajoutait-il, ces discriminations peuvent même être « inscrites dans la loi ».
La réforme de la FWB s’inscrit pleinement dans cette dynamique. Ce décret participe d’un racisme institutionnel qui cible les personnes musulmanes, comme d’autres minorités religieuses ou racisées ont pu être visées dans l’histoire, la religion musulmane étant aujourd’hui racialisée.
Toute discrimination profite toujours à certains intérêts. L’exclusion des femmes portant le foulard bénéficiera donc à d’autres. Face à cette spoliation sociale et professionnelle, nous refusons le silence et la neutralité. Les collectifs de lutte enseignante, les syndicats et l’ensemble de la société civile qui défendent l’égalité, les droits humains, l’école publique, la justice sociale, le monde du travail et la démocratie doivent réagir à cette attaque raciste que constitue le décret «neutralité». L’antiracisme ne peut rester un angle mort des luttes enseignantes.
Rappelons qu’en Allemagne, le 7 avril 1933, la « Loi sur la restauration de la fonction publique » a ouvert la voie à l’exclusion des personnes juives de nombreuses professions et de pans entiers de la vie publique. Il est essentiel de rester attentifs aux mécanismes d’exclusion lorsqu’ils deviennent des politiques d’État.
Un collectif d’enseignant·es, navré et outré de devoir sans cesse jongler entre des luttes que le gouvernement Arizona nous pousse à hiérarchiser.
Ne priorisons pas les luttes : faisons-les converger.
À l’heure des mobilisations contre les décisions de la FWB, particulièrement contre la loi-programme, le décret islamophobe concernant les signes convictionnels mériterait une certaine attention, au même titre que des coupes budgétaires. Le message porté ici relève en effet du même combat : celui de la lutte contre des mesures discriminatoires et antisociales.
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