- Une entreprise française privée bénéficiaire de cette somme d’argent colossale
- Le rôle d’Annelies Verlinden, ex-avocate de Sopra Steria, dans cette affaire ?
- Bien plus qu’un « fiasco », l’affaire I-Police révèle les priorités de l’État belge
Un scandale politique qui, par chance, a retardé le renforcement des moyens répressifs
L’affaire « I-Police » est relative aux 140 millions d’euros dépensés par l’État belge entre 2016 et 2025 pour mettre en place un outil de numérisation de la police belge qui n’a finalement jamais vu le jour. Le projet I-Police a été interrompu le 24 décembre 2025 par le ministre de l’Intérieur, Bernard Quintin, pour manque de résultats concrets.
Cette affaire implique également l’actuelle ministre de la Justice belge, Annelies Verlinden, pour des faits de conflit d’intérêts. Des questions se posent aussi sur de possibles faits de corruption et de détournement de fonds publics, que l’enquête devra établir.
Au départ, le projet « I-Police » avait pour objectif de moderniser le système informatique des polices fédérale et communale en remplaçant les applications préexistantes et en tentant de centraliser les données stockées. Les objectifs d’I-Police étaient notamment de permettre aux polices fédérale et locale d’échanger plus simplement des informations, de centraliser des dossiers, d’accéder plus rapidement aux informations d’une personne lors d’un contrôle et, plus largement, de moderniser les outils numériques tout en réduisant les tâches administratives.
Une entreprise française privée bénéficiaire de cette somme d’argent colossale
Sopra Steria est une entreprise française de services numériques qui est spécialisée dans les systèmes d’information informatiques. Elle a remporté le marché ouvert par le projet I-police en 2021 pour construire le nouvel environnement informatique de la police belge.
Dès le début du partenariat, le rôle de Sopra Steria n’était pas simplement de vendre des logiciels « tout faits », mais de développer des systèmes informatiques sur mesure pour les polices fédérale et communale belges.
Ce n’est qu’au moment d’annuler celui-ci, pour manque de résultats « tangibles », que le ministre de l’Intérieur, Bernard Quintin, a reconnu que ce projet, qui devait initialement coûter 75,8 millions d’euros, avait en réalité coûté près du double de la somme annoncée. En effet, 75 millions d’euros ont bien été versés à l’entreprise Sopra Steria pour les frais de développement, mais 30 millions d’euros ont également été dépensés dans l’achat de licences de logiciels informatiques qui sont désormais inutilisables. À ceux-ci s’ajoutent des dizaines de millions d’euros dépensés dans des contrats de consultance et encore d’autres éléments, à ce jour non dévoilés par la Cour des comptes. Ce flou sur l’usage de l’argent public est lui-même un sujet de préoccupation. Il pose la question du contrôle parlementaire et de la transparence des marchés publics.
Le rôle d’Annelies Verlinden, ex-avocate de Sopra Steria, dans cette affaire ?
L’actuelle ministre de la Justice, Annelies Verlinden, occupe une place particulièrement délicate dans cette affaire, puisqu’elle était ministre de l’Intérieur en 2021 et donc à la tête de l’autorité publique qui, à l’époque, avait attribué le marché I-Police à Sopra Steria. En occupant aujourd’hui la place de ministre de la Justice, elle se retrouve dans un conflit d’intérêts, puisque la justice belge enquête sur cette affaire.
Ministre de l’Intérieur au moment de la conclusion du contrat, elle était responsable du choix du partenaire, et donc, politiquement, de l’échec du projet.
Différents éléments majeurs sont également à prendre en compte. Tout d’abord le fait qu’avant de prendre fonction comme ministre de l’Intérieur, Annelies Verlinden ait travaillé comme avocate chez Sopra Steria en avril 2019.
De plus, son compagnon occupe un poste important dans le cabinet d’avocats qui a accompagné Sopra Steria tout au long de sa candidature au marché I-Police. Cette proximité aurait dû conduire à des mesures de déport ( ou au retrait de la décision) car les faits étaient clairement documentés.
De plus, de récentes révélations ont montré que le cabinet de la ministre est soupçonné d’avoir tenté d’obtenir des informations concernant l’enquête juridique en cours à son sujet. Le porte-parole de la ministre de la Justice, ancienne ministre de l’Intérieur, Annelies Verlinden, a été inculpé pour violation du secret professionnel, en lien avec le dossier I-Police.
Tant d’éléments, qui mis les uns à côté des autres, montrent que ce « fiasco » I-Police a des airs de corruptions et de détournement d’argent public.
Bien plus qu’un « fiasco », l’affaire I-Police révèle les priorités de l’État belge
Si l’élément le plus marquant de cette affaire est sans doute le fait qu’une somme aussi importante d’argent public ait été dépensée dans le vent, on peut toutefois se réjouir que ce projet n’ait pas abouti, en effet, il aurait contribué au renforcement des moyens répressifs de la police belge.
Cependant, l’affaire « I Police » révèle davantage d’éléments alarmants. Elle montre la capacité de l’Etat belge à dépenser des dizaines de millions d’euros dans des moyens répressifs, alors même que les coupes budgétaires se multiplient dans des secteurs comme la santé, l’éducation et la culture. Elle met également en lumière la place que la classe politique belge, incarnée en l’occurrence par l’actuelle ministre de la Justice belge, entretien dans ce type de marchés politico-économiques et les potentiels détournements de fonds publics qui en découlent.

