Le style populiste d’un Bouchez de plus en plus à droite

« Le keffieh, symbole de terroristes reconnus. » Les manifestants qui scandent « de la rivière à la mer » ? Ils crient « des slogans à la con ». Les chômeur·euses ? « Les gens veulent travailler, mais la gauche entretient l’assistanat ! » Les dealers qui touchent des aides ? Ils perdraient « automatiquement » leur logement social, leurs aides, et même leur titre de séjour, « parce que la Belgique n’a pas à accueillir des gens qui viennent ici pour faire du trafic de drogue ».

« Il y a une série de gens qui touchent des allocations sociales en Belgique et qui vivent plusieurs mois de l’année à l’étranger ». « Je ne citerai pas de pays (…) mais je crois que tout le monde a compris.« 

Ces formules ne sortent pas d’un meeting d’extrême droite. Elles viennent du président du MR, parti censé être « libéral ». Et elles s’enchaînent, entre les retweets du compte Nemesis Bxl (un collectif d’extrême droite, fémonationaliste) et autres sorties sur X ( anciennement Twitter). Elles dessinent un style de plus en plus assumé, celui d’un Bouchez qui glisse vers un registre populiste d’extrême droite. Dans le même temps, il pousse une ambition et le projet du « MR Vlaanderen », qui vise à installer le parti au nord du pays et à en faire une force nationale.

Des ennemis, à gauche, au Sud, partout…

Tout commence par la désignation de l’ennemi. Dans Les Puncheurs, Bouchez lance : « Les gens veulent travailler mais la gauche entretient l’assistanat ! ». La même logique s’applique aux manifestants pro palestinien·nes, a qui Bouchez reproche de « crier des slogans à la con, “de la rivière à la mer” ». Le keffieh devient pour lui « le symbole terroristes reconnus« . Une fois la gauche accusée d’« entretenir l’assistanat », la suite est logique : s’en prendre aux « assisté·es » eux-mêmes.

Fin septembre, sur RTL info, une question d’un lecteur a donné à Georges-Louis Bouchez l’occasion de relancer une vieille idée : le pointage quotidien des chômeurs. Le président du MR s’est dit « totalement favorable ».

Le pointage quotidien n’est pas une nouveauté. Instauré en 1936, il obligeait les chômeurs à faire valider chaque jour une carte à la commune. Il a été supprimé en décembre 2005, après des années de critiques syndicales qui le jugeaient inutile. Un pointage peut viser deux objectifs : compliquer le travail au noir, ou rendre le statut de chômeur plus désagréable pour inciter à en sortir plus vite. Le second objectif a au moins le mérite d’être honnête : il s’agit de rendre la vie pénible aux chômeur·euses.

Dans la même émission, Bouchez répond à une autre question : « Faut-il diviser par deux le salaire des politiciens ? » « Non« . La fonction « demande une responsabilité et une vie extrêmement particulière« , selon lui. Il préfère diviser leur nombre par trois et « bien rémunérer » ceux qui restent, tout en jugeant que tous les parlementaires n’ont pas « le même niveau de qualité« .

Résumons : pour les élu·es, des salaires préservés au nom de l’attractivité de la fonction. Pour les chômeur·euses, une présence à prouver chaque jour au nom de la lutte contre les abus. Il a notamment dénoncé les subsides et emplois aidés dont bénéficient les syndicats et les mutuelles, qu’il a traités de « vampires d’argent public », le tout dans une semaine consacrée à trouver 30 milliards d’économies.

Georges-Louis, le petit prince populiste ?

Ces sorties médiatiques ne sont pas isolées, elles s’inscrivent dans un style, qui commence à devenir de manière de plus en plus affirmée, celui de GLB. Le ressort est toujours le même : opposer un « nous », les contribuables honnêtes, les personnes qui ne sont pas issues de l’immigration, à un « eux », les profiteurs supposés, et proposer une solution aussi simple que spectaculaire. Les effets d’annonce « chocs » se multiplient donc.

Quelques jours plus tôt, toujours au mois de septembre, sur LN24, à propos des ordres de quitter le territoire non respectés, Bouchez citait des nationalités.

« Le plus grand problème aujourd’hui, ce sont les ordres d’obligations de quitter le territoire qui ne sont pas respectés.. Quand vous arrêtez 100 marocains en situation illégale, il n’y en a que deux qui iront en centres fermés. Avec les algériens, ça tombe à 1. Pourquoi ? Parce qu’il y a une situation hallucinante, à l’Office des Étrangers. C’est que dans les centres fermés, il y a des accords avec les syndicats pour avoir des sous-quotas par nationalité. Il y a 150 places libres dans les centres fermés. On a 31% de détenus qui sont en situation illégale. Donc, quand on me dit qu’on a une surpopulation carcérale, ça me fait un peu rigoler.« 

Il regrettait enfin de ne pas évoluer dans un modèle français avec un « président de la République »: « Et c’est là que je suis frustré de ne pas être dans un modèle (politique) français. Si je pouvais être président de la République, par exemple (…) je ne lâche pas la ministre de la Justice ni celle de l’Asile et la Migration, tant qu’elles n’ont pas atteint un certain nombre de renvois chaque semaine. En France, ils sont deux fois moins de détenus non nationaux qu’en Belgique. En Belgique on a 43% de détenus non belges. »

Ces sorties dessinent une ligne cohérente. Elle révèle d’abord un fantasme de pouvoir recentralisé, voire autoritaire : le président qui ne « lâche pas ses ministres », un rêve de verticalité hors du cadre parlementaire belge, d’un parti du MR installé aussi en Flandre. On désigne la gauche et les manifestants comme ennemis, on distingue les travailleurs qui « travaillent » des chômeurs suspects, on associe ces derniers à l’étranger, et on rêve d’un exécutif qui tranche sans entrave. De plus, GLB se dit frustré, donc envieux, de ne pas être dans le même contexte politique que la France, soit un contexte politique marqué par la percée politique d’une extrême droite dont les idées et projets politiques ont gagné ce qui s’appelait auparavant le « centre« .

C’est, dans cette lecture, un procédé classique du pouvoir : diviser les travailleurs entre eux, par la racialisation, par l’emploi ou le non-emploi, assistés contre non-assistés, pour que la colère née de l’érosion du niveau de vie ne vise pas les patrons ni les politiciens, qui vivent sur le dos de la société, mais d’autres travailleurs plus précaires.