Lettre ouverte à la société civile, aux syndicats et aux partis politiques de gauche
En amont de la mobilisation de ce 24 octobre 2026, de nombreux appels à soutenir les élèves et les étudiant·es avaient circulé sur les réseaux, en particulier au sein des sphères de gauche. En effet, en France comme en Belgique, les violences des forces de l’ordre qu’ont subies de nombreux enfants ont insurgé, et insufflé une mobilisation nouvelle, mais peut-être pas (encore) à la hauteur.
Parmi les appels à la mobilisation, celui du Front des mères, une organisation politique belge antiraciste, qui se dit en « lutte contre les discriminations et les violences que subissent nos enfants » est assez clair sur les manquements de la séquence en cours. Leur appel date d’il y a quelques jours, mais l’invitation à soutenir la lutte en cours, autant que la critique de la passivité de certain·es, sont toujours d’actualité :
« On vous demande d’être présents auprès des jeunes lors des prochaines mobilisations.«
» Vous avez vu comme nous la violence extrême de la police à l’encontre des jeunes – parfois très jeunes – manifestants.
[…]
En tant que mères de jeunes issus des quartiers populaires, nous avons vu nos enfants se faire nasser, gazer, matraquer, tabasser par des voyous avec ou sans uniforme.
Et vous n’étiez pas là pour les défendre.
Nos enfants ont entendu vos appels à la révolte, à faire tomber le gouvernement, à refuser les mesures prises. Ils ont répondu présents et se sont retrouvés en première ligne face à la répression policière. Et vous n’étiez pas là pour les défendre.
Les adolescents sont entiers, francs, sans compromis. Vous leur dites « faisons tomber ce gouvernement injuste », ils essaient de le faire. Avec passion, courage, témérité.. parce que ce sont des ados.
Si nous nous adressons à vous, c’est que nous pensons que nous avons des objectifs communs. Mais nous avons aussi des critiques. Vous ne pouvez pas appeler à faire tomber le gouvernement et puis vous désolidariser parce que des ados ont cramé des poubelles.
Nous voudrions vous rappeler les mots de Martin Luther King qui semblent écrits pour vous :
Tout d’abord je dois vous avouer que, ces dernières années, j’ai été gravement déçu par les Blancs modérés. J’en suis presque arrivé à la conclusion regrettable que le grand obstacle opposé aux Noirs en lutte pour leur liberté, ce n’est pas le membre du Conseil des citoyens blancs ni celui du Ku Klux Klan, mais le Blanc modéré qui est plus attaché à l’« ordre » qu’à la justice ; qui préfère une paix négative issue d’une absence de tensions à une paix positive issue d’une victoire de la justice ; qui répète constamment : « Je suis d’accord avec vous sur les objectifs, mais je ne peux approuver vos méthodes d’action directe » ; qui croit pouvoir fixer, en bon paternaliste, un calendrier pour la libération.
Nous vous demandons d’arrêter d’être modérés et de soutenir nos jeunes quand ils se révoltent, d’être à leurs côtés et de condamner sans équivoque les violences qu’ils subissent.
Le rôle d’un syndicat, d’un parti politique, d’une association, ce n’est pas de demander aux jeunes de venir à vos manifestations, mais de mettre vos forces dans les leurs.
On vous demande d’être présents auprès des jeunes lors des prochaines mobilisations.
FRONT DES MÈRES

