Cet été 2026, plus de 3 000 hectares de forêts et d’espaces verts ont brûlé dans les Hautes Fagnes, en province de Liège, entre le 14 août et le 21 août 2026. Pour comprendre les facteurs qui ont amené à un tel désastre écologique, qualifié du plus grand incendie de l’Histoire de la Belgique depuis 1911, il est nécessaire de revenir aux sources des responsabilités politiques et économiques dans la crise socio-environnementale actuelle.

Origines et déroulement de l’incendie

Dans le contexte de sécheresse extrême, provoquée par les canicules successives depuis le début du mois de juin 2026, l’incendie des Hautes Fagnes a débuté le 14 août 2026. Celui-ci aurait vraisemblablement commencé de manière involontaire, à partir d’une étincelle provoquée par un engin agricole. Dès le début de l’incendie, la sécheresse des sols a favorisé une propagation extrêmement rapide des flammes, laissant les pompiers présent·es sur place incapables de contrôler le feu.

Ce n’est qu’après une semaine de lutte contre les flammes que l’incendie des Hautes Fagnes a été finalement pu être contrôlé. Faute de moyens et de préparation face à une telle catastrophe naturelle, des pompiers de République tchèque, des Pays-Bas, de Suède, du Luxembourg, d’Allemagne et de Norvège sont venus prêter main-forte. Au plus fort de l’incendie, plus de 500 pompiers étaient mobilisé·es pour lutter contre la propagation des flammes.

Une « catastrophe » pourtant prévisible ?

La médiatisation autour de cet incendie n’a cessé de le présenter comme un phénomène anormal, voire imprévisible au regard du climat habituellement connu en Belgique. Ce récit vient en partie justifier le manque de préparation de nos pouvoirs publics face à ce type de catastrophe. Pourtant, avec l’intensification du réchauffement climatique et la dégradation des équilibres environnementaux planétaires, l’un et l’autre largement imputable au fonctionnement du système capitaliste, ce type d’épisodes caniculaires tend à s’aggraver et à se généraliser, touchant désormais des régions du monde qui en étaient jusque-là préservées.

De nombreux chercheur·euses alertaient pourtant depuis des mois sur le risque d’incendie en Belgique et sur le manque de moyens pour y faire face. Le rapport du Belgian Wildfire Network, publié par les universités de Gand et de Liège en mars 2026, alertait sur le manque de moyens et d’expertise concernant les feux de forêt en Belgique, ainsi que sur la hausse du risque d’incendie dans les régions du nord-ouest du continent européen.

« Des mesures urgentes doivent être prises par les autorités belges afin de mieux préparer le pays à de potentiels feux de forêt. » (rapport du Belgian Wildfire Network)

Le rapport indiquait également le fort manque de moyens aériens pour faire face à de potentiels vastes feux de forêt. Les chercheur·euses indiquaient ainsi que la police fédérale dispose de moyens aériens, notamment des hélicoptères, mais que ceux-ci sont « en nombre limité et ne sont pas intégrés de manière structurelle dans une stratégie nationale plus large de lutte contre les feux de forêt ».

Après sa publication, le rapport avait été remis à l’ensemble des ministres compétents du pays, qui, visiblement, n’en ont guère pris compte. Bien au contraire, au moment de l’incendie, la majeure partie des politicien·nes belges étaient en vacances.

Des conséquences matérielles de la crise socio-environnementale dans les pays du nord global* ?

La forte vague de chaleur qui a touché la Belgique cet été est l’une des conséquences les plus directement observables du réchauffement climatique et de la crise sociale qui en découle. Rien que depuis le début de l’été, les canicules successives ont entraîné une surmortalité de pas moins de 3 000 personnes en Belgique et favorisé l’incendie des Hautes Fagnes.

Cet élargissement des conséquences du réchauffement climatique dans des régions qui, il y a encore quelques années, n’en connaissaient pas ou très peu n’est, en réalité, que le sommet visible, depuis nos régions, de l’iceberg. Les conséquences du dérèglement climatique sont nettement plus observables dans d’autres parties du monde. Cela a, par exemple été le cas dans le district de Rasuwa, dans le nord du Népal, touché par d’immenses coulées de boue et mouvements de terrain provoqués par la fonte des glaces de l’Himalaya. C’est aussi le cas du dérèglement de phénomènes naturels comme El Niño, en Amérique du Sud, qui accentue fortement la sécheresse.

Bien d’autres phénomènes visibles du réchauffement climatique, qui mettent en danger les populations humaines, sont observables et vont tendre à s’intensifier, comme l’augmentation des tornades, des inondations, la montée des eaux ou encore la baisse du pH dans les océans et l’acidification des sols, qui provoque une perte de fertilité.

Des conséquences socio-environnementales fortes dans le cadre des Hautes Fagnes

L’incendie, qui a touché plus de 3 000 hectares dans les Hautes Fagnes, entraîne des répercussions considérables sur la faune et la flore, mais aussi sur les habitant·es de la province de Liège.

Concernant les milieux naturels, il est important de souligner que les Hautes Fagnes constituent un écosystème à part entière, caractérisé par de hauts plateaux froids et humides, des tourbières, des landes et des zones forestières. Cet environnement particulier abrite une biodiversité rare et protégée en Belgique, notamment le tétras-lyre, espèce emblématique et très menacée, ainsi que des oiseaux tels que la pie-grièche grise et le merle à plastron, ou encore des insectes spécifiques aux tourbières. Tant d’éléments naturels qui prendront des dizaines d’années à se reconstituer durablement. Cette atteinte à un milieu naturel aussi fragile génère également des conséquences importantes pour les populations humaines vivant à proximité du site.

Au moment de l’incendie, près de 600 personnes ont été évacuées de leur domicile à cause du danger qu’il représentait. En plus d’avoir été contraint·es de fuir un danger imminent pour leur intégrité physique, ces centaines de personnes ont dû laisser derrière elles leur maison qu’elles ne reverraient peut-être plus. À cela s’ajoute l’important danger pulmonaire lié à la libération de particules fines causée par la combustion des 3 000 hectares de forêts. Pendant et après l’incendie, de vastes fumées noires porteuses de particules fines qui sont toxiques et génèrent d’importants problèmes respiratoires se sont diffusées en Belgique, au Luxembourg et en Allemagne.

Ces risques sont d’autant plus importants pour les personnes fragilisées, comme les nourrissons, les personnes porteuses de handicaps ou encore les personnes âgées.

Le capitalisme à la base du dérèglement climatique et des inégalités sociales qui en découlent

L’incendie des Hautes Fagnes s’explique donc par des conditions matérielles et des choix politiques qui l’ont directement rendu possible. Les « catastrophes naturelles » de ce type sont le résultat direct d’un système économique fondé sur l’extraction et la combustion sans limites d’énergies fossiles au service de grandes entreprises capitalistes. C’est ce même système qui asservit les travailleurs du monde entier au service de la bourgeoisie nationale tout en contribuant au dérèglement des équilibres environnementaux qui régissent le système planétaire.

Dans ce contexte, les pouvoirs politiques belges portent une lourde responsabilité, à la fois en continuant de soutenir les activités économiques de multinationales polluantes et en ne traitant pas le réchauffement climatique comme une crise immédiate.

C’est précisément, cette absence de considérations qui donne un caractère « social » à la crise environnementale actuelle. En effet, derrière la généralisation progressive de « catastrophes naturelles », se cache la réalité socio-économique de la majeure partie de la population mondiale, qui, en plus de ne pas avoir les moyens économiques de se prémunir des catastrophes naturelles, n’a pas non plus les moyens de s’en protéger quand celles-ci surviennent.

Pour illustrer ce propos à l’échelle de Belgique, l’exemple des inondations est particulièrement marquant dans la manière où les phénomènes naturels de fortes pluies sont amplifiés avec le réchauffement climatique et sont principalement dangereux pour les logements populaires, qui historiquement, se situent dans des zones urbaines inondables et sont systématiquement moins protégés contre les intempéries.

Causé par le capitalisme, le réchauffement climatique contribue à augmenter les écarts entre les différentes classes sociales, qui sont pourtant elles-mêmes structurées par ce système économique. C’est historiquement le cas des pays du Sud global qui, en plus d’être dominés économiquement par ceux du nord global, sont les premiers à payer les frais du réchauffement climatique. C’est également le cas des classes sociales opprimées en Belgique qui se trouvent en première ligne face à des conditions de travail aggravées par les canicules, les inondations ou encore l’augmentation des feux de forêt.

Les effets concrets du réchauffement climatique illustrent ainsi une forme de cercle vicieux : tandis que les groupes sociaux les plus privilégiés, détenteurs des infrastructures économiques à l’origine de ces crises, continuent d’accumuler des capitaux et de se prémunir contre les dérèglements environnementaux, le reste de la population demeure économiquement exploité et particulièrement vulnérable face à des conditions climatiques dangereuses.

Un désastre qui n’a rien d’accidentel

Finalement, le ravage des 3 000 hectares des Hautes Fagnes par les flammes apparaît comme la matérialisation d’un système économique et politique qui sacrifie les équilibres écologiques et les vies humaines pour une course effrénée au profit.

Ce sont des choix, ceux d’un modèle économique capitaliste fondé sur l’exploitation sans limites des ressources et des populations, et ceux de responsables politiques qui, avertis, ont préféré l’inaction et la complicité .

Tant que le capitalisme continuera de structurer nos sociétés, les alertes scientifiques resteront lettre morte, les moyens de prévention demeureront sous-financés, et les mêmes drames sociaux et environnementaux, en Belgique comme ailleurs, continueront de se multiplier et de s’aggraver.

Face à ce constat, il est impossible de penser la question climatique sans remettre en cause le système capitaliste lui-même : soigner les symptômes ne suffit pas quand le mal reste intact.