- Un acte « ouvertement islamophobe »
- Un phénomène qui s'installe dans un climat islamophobe présent partout
Une nouvelle profanation a été découverte sur une mosquée en Belgique. Dans la nuit de samedi à dimanche, vers 1 heure du matin, une croix gammée a été taguée sur la façade de la mosquée El Mouahidine, à Laeken. Les faits ont été révélés par le ministre bruxellois Ahmed Laaouej (PS). Le ministre a condamné avec fermeté cette profanation à caractère explicitement islamophobe, la qualifiant de totalement inacceptable et soulignant que le symbole employé renvoyait directement au nazisme.

Un acte « ouvertement islamophobe »
Selon des informations relayées par SudInfo, une femme a attiré l’attention des internautes quelques heures à peine après la découverte du tag. Sur ses publications Instagram, elle apparaît sur les lieux, face à la croix gammée, puis dans une story où l’on aperçoit ce qui ressemble à une bombe de peinture. Son pseudonyme ferait référence à Satan, et elle aurait tenu, en commentaire, des propos ouvertement racistes, appelant notamment à la fermeture des mosquées. À ce stade, aucune confirmation officielle de son implication n’a toutefois été communiquée par les enquêteur·rices.
Un phénomène qui s’installe dans un climat islamophobe présent partout
Cette nouvelle profanation intervient dans un contexte déjà marqué, ces dernières années, par une multiplication des actes islamophobes visant les lieux de culte musulmans en Belgique : dégradations, inscriptions haineuses, tentatives d’attentats déjouées de justesse.
La fréquence et la gravité des ces attaques s’amplifient et inquiètent de plus en plus. Quelques jours plus tôt, la mosquée Tawfieq de Schelle, en province d’Anvers, avait elle aussi été la cible d’une dégradation : messages de haine, croix gammées peintes sur la façade et excréments de chien déposés à l’entrée.
En 2021, un projet d’attentat visant une mosquée avait été déjoué de justesse à Molenbeek: un adolescent de 14 ans, adepte revendiqué d’idéologies d’extrême droite et détenteur à son domicile de couteaux et d’une croix gammée, avait planifié de frapper la mosquée d’Annajah un jour de grande affluence. Le Conseil Musulman de Belgique avait alors appelé les autorités à garantir la sécurité des institutions religieuses, un appel resté, à l’évidence, largement lettre morte au vu des événements récents.
Plus récemment, le Parquet a requis 5 ans de prison contre un homme originaire d’Opwijk, pour avoir planifié plusieurs attentats, dont un visant explicitement une mosquée. Repéré pour ses activités sur des canaux d’extrême droite sur Telegram, il serait, selon les enquêteurs·rices, fasciné par des auteurs de tueries islamophobes et suprémacistes comme Anders Breivik, Brenton Tarrant ou Dylann Roof. Il avait également rédigé un manifeste appelant à la création d’un « État ethnique blanc » et pris contact avec un policier infiltré se faisant passer pour un vendeur d’armes avant d’être arrêté.
Ces affaires, bien que distinctes dans leurs circonstances et leur degré de gravité, dessinent une même logique : celle d’une islamophobie croissante et de plus en plus décomplexée à l’égard des musulmans de Belgique.
Mais réduire ces actes racistes à des dérives individuelles ou à la seule progression de l’extrême droite serait une analyse trop simpliste et insuffisante. Ils s’inscrivent dans un contexte plus large d’islamophobie structurelle, alimentée et banalisée par des discours et des politiques, qui désignent régulièrement les musulman·es comme une population suspecte, problématique ou devant constamment faire la preuve de son appartenance à la société. Ces politiques et discours d’exclusion portés largement par des partis de droite comme le MR, mais parfois aussi par certains partis de gauche (comme la loi interdisant le port du hijab dans l’enseignement FWB qui a été votée avec la complaisance du PS) servent à créer un climat de discriminations envers la communauté musulmane.
Interdictions visant certaines pratiques musulmanes, polémiques récurrentes autour du voile, climat de suspicion autour des associations et des lieux de culte, discours politiques sur le prétendu « séparatisme », la « radicalisation » ou l’islamisation : l’État et une partie de la classe politique contribuent eux aussi à produire un climat dans lequel l’hostilité envers les musulman·es devient progressivement acceptable dans l’espace public.
C’est le cas par exemple de Hadihja Amajoud, professeure ayant été licenciée en ce début d’année d’une école en Flandre orientale car elle porte le hijab. Amajoud, qui portait pourtant déjà son hijab à son embauche, perd du jour au lendemain son emploi, ses revenus et sa sécurité. Elle dénonce une « neutralité » invoquée comme prétexte politique pour exclure. Ce licenciement, probablement le premier du genre pour une enseignante en Flandre, s’inscrit dans la continuité d’un règlement anti-hijab déjà imposé aux élèves du réseau provincial en début d’année : une même logique d’exclusion, appliquée cette fois aux travailleuses.
Les violences visant les mosquées ne surgissent donc pas dans un vide politique. Elles sont une des expressions d’un continuum de discriminations et d’exclusions que subissent les musulman·es dans de nombreux espaces de la société en Belgique. Car l’islamophobie ne se résume pas aux croix gammées taguées sur une façade : elle se déploie également dans les institutions, les politiques et les discours, notamment de la droite mais aussi d’une partie de la gauche, qui rendent ces violences pensables, tolérables et, de plus en plus, ordinaires.

