Une opération policière d’ampleur inédite contre le mouvement écologiste
Mercredi 10 juin, à 5h du matin, 19 perquisitions ont été menées partout en Belgique par la police judiciaire fédérale (PJF) dans le cadre d’une enquête relative à la cinquième édition de l’action d’écologie de masse Code Rouge, du 28 février 2025. Au total, 15 personnes ont été arrêtées, 6 ont été déférées devant le juge d’instruction. Deux d’entre elles ont été placées sous surveillance électronique et ont comparu devant la chambre du conseil le 16 juin.
Les perquisitions ont été réalisées dans les villes et communes de Bruxelles, Anvers, Bruges, Gand, Lochristi, Diest, Liège et Yvoir.
Ces 19 perquisitions s’inscrivent dans une vaste opération policière, marquée par une surveillance renforcée et une coordination étroite entre la police fédérale de Flandre orientale et les polices judiciaires fédérales de Flandre occidentale, du Limbourg, de Bruxelles, d’Anvers, de Mons et de Liège. La police de Bruges, la police de Zuiderkempen, la police d’Anvers, le Service des étrangers et de l’immigration (DVZ) ainsi qu’Europol ont également apporté leur soutien à cette opération.
Voici la déclaration du parquet fédéral à la suite de ces perquisitions :
« L’enquête a été ouverte à la suite de deux plaintes avec constitution de partie civile déposées auprès du juge d’instruction à la suite de deux actions menées par Code Rood chez Cargill, dans le port de Gand en mars 2025, et chez ArcelorMittal à Charleroi en octobre 2025. »
Code Rouge est une organisation qui, depuis octobre 2022, organise des actions de désobéissance civile de masse ciblant des entreprises considérées comme responsables de la crise sociale et environnementale en cours. Ces actions ont mobilisé des milliers de personnes et occasionné d’importants dégâts matériels pour des entreprises telles que TotalEnergies, Engie, Alibaba, ArcelorMittal et Cargill.
Lors de la cinquième édition de Code Rouge, plus de 1 000 activistes s’étaient rendu.es sur le site du géant mondial du secteur céréalier Cargill, à Gand. Au cours de cette action, des opérations de sabotage avaient été menées, entraînant des pertes de plusieurs millions d’euros pour le géant capitaliste américain. En ciblant Cargill, qui exporte 25% des céréales à l’échelle mondiale et dont l’influence est si puissante qu’elle façonne les politiques agricoles de nombreux pays, cette cinquième édition de Code Rouge s’inscrivait dans une thématique centrée sur la crise agricole.
Cette vague de répression à l’encontre du mouvement Code Rouge fait notamment écho au rapport de l’OCAM (Organisme de coordination pour l’analyse de la menace), publié en juin dernier au sujet de l’édition de Code Rouge à Cargill. Dans ce document, la Sûreté de l’État décrivait un tournant qu’elle qualifiait « d’extrémiste » au sein de la coalition Code Rouge. Les services de renseignement mettaient en évidence la présence de groupes et d’individus présentés comme « révolutionnaires » qui pousseraient le mouvement Code Rouge vers des pratiques plus radicales à l’égard des infrastructures des industries ciblées.
L’OCAM est un organisme belge chargé de centraliser et d’analyser les informations et renseignements relatifs au terrorisme, à l’extrémisme et à la radicalisation, afin de « garantir la sûreté intérieure de l’État ». Il travaille sous la tutelle conjointe des ministres de la Justice et de l’Intérieur et réalise des évaluations stratégiques.
Dans ce rapport, l’OCAM détaille longuement ce qu’il présente comme une radicalisation du mouvement écologiste en Belgique et opère une distinction nette entre les prétendus « bons » et « mauvais » militant·es écologistes. En qualifiant une partie des militant·es « d’extrémistes » en raison des méthodes d’action employées, comme le sabotage, par exemple, il s’agit de les criminaliser, à la fois aux yeux de l’État et du grand public, mais surtout de marginaliser le développement de ces pratiques antagoniques qui semblent être réellement dérangeantes pour l’État et les entreprises visées.
Pourtant, les actions proposées par Code Rouge surviennent en réaction et en défense face à la violence et à la destruction engendrée par l’activité capitaliste des entreprises ciblées. Cette prétendue violence est ainsi à mettre en comparaison avec celle des ces multinationales qui perpétuent des systèmes de domination, méprisent les paysann.es, exproprient les terres et les travailleur.es des pays du Sud global, détériorent les terres, et plus largement, engrangent des bénéfices sur le dos de l’écocide qui est en cours.
L’ensemble des actions de sabotage menées lors des différentes éditions de Code Rouge a permis soit de toucher économiquement certaines entreprises, soit de ralentir leur activité, mais cela ne représente encore que quelques dommages, nettement moindre au regard de l’ampleur de la crise sociale et environnementale dont ces multinationales sont responsables.
« C’est une fois de plus un exemple de la répression violente exercée par l’État. Au lieu de poursuivre les entreprises complices de génocide, d’écocide, d’exploitation et de famine, ce sont des citoyennes et citoyens ordinaires qui sont criminalisé·es de manière arbitraire. Encore un exemple des tendances autoritaires de l’État, visant à réprimer celles et ceux qui lui résistent. ». ( déclarations de Code Rouge à la suite de ces perquisitions)
Ces perquisitions, comme les récentes violences policières à l’encontre du mouvement étudiant, montrent la volonté du gouvernement belge de faire taire, de violenter et de criminaliser tout mouvement de contestation, qui serait capable de prendre de l’ampleur et de toucher des infrastructures du capitalisme.

