Concerts, conférences, festivals, manifestations… Ces derniers mois, plusieurs événements liés à la Palestine ou organisés en soutien au peuple palestinien ont fait l’objet de pressions, de restrictions ou d’annulations en Belgique et partout en Europe. Une nouvelle affaire vient aujourd’hui s’ajouter à cette série : celle de la Plateforme Charleroi Palestine, dont la journée annuelle consacrée à la Palestine s’est vue retirer, à quelques semaines de sa tenue, le lieu qui devait l’accueillir.

Depuis 3 ans déjà, la Plateforme organise au mois d’octobre une grande journée consacrée à la Palestine, réunissant différents moments de discussion, de rencontre et de mobilisation. Pour son édition 2026, l’événement devait se tenir à la Maison de la Participation et des Associations (MPA) de Charleroi.

Le lieu avait été réservé dès le mois de mars 2026. Mais le 23 septembre à seulement quelques semaines de l’événement, les organisateur·rices ont appris qu’ils et elles ne pourraient finalement pas disposer de la salle.

La Plateforme Charleroi Palestine, qui conteste la décision et a mandaté un avocat pour la faire annuler, attend désormais le jugement du tribunal de première instance de Charleroi le 6 octobre 2026.

Selon les informations communiquées par la Plateforme Charleroi Palestine, la décision aurait été prise à l’initiative de la Ville et de la police de Charleroi. Le conseil d’administration de la MPA justifierait son refus par le risque que la tenue de l’événement puisse porter préjudice aux droits fondamentaux consacrés par la Déclaration universelle des droits de l’homme. Une justification que conteste fermement la Plateforme.

Pour les organisateur·rices, ce ne serait pas un problème concret lié au déroulement de la journée qui serait visé, mais bien leurs positions politiques, leur antisionisme et leur soutien à la résistance palestinienne.

La temporalité de la décision interroge également : pourquoi attendre septembre pour retirer un lieu réservé depuis le mois de mars ? Et surtout, sur quels éléments précis repose l’évaluation selon laquelle la tenue de cette journée « présenterait un risque pour les droits fondamentaux » ?

Vers un climat de censure globalisé ?

En Belgique comme ailleurs en Europe, plusieurs événements consacrés à la Palestine ont récemment été annulés, déplacés ou soumis à d’importantes pressions politiques et institutionnelles.

En février 2025, à Waterloo, une conférence du professeur belgo-palestinien Bichara Khader, consacrée au rôle de l’Europe en Palestine, a ainsi été annulée par la bourgmestre Florence Reuter, officiellement pour des « raisons de sécurité ».

Quelques mois plus tard, une autre polémique éclate cette fois au Centre culturel d’Uccle, autour de l’humoriste français Guillaume Meurice. Son spectacle, initialement programmé pour octobre 2025, est finalement retiré de la programmation sous pression des autorités communales.  La décision est liée au contexte polémique entourant une chronique dans laquelle Meurice avait comparé, sur le registre de l’humour, le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou à « une sorte de nazi, mais sans prépuce ». Les plaintes déposées en France pour « provocation à la violence et à la haine antisémite » et « injure publique à caractère antisémite » avaient pourtant été classées sans suite en avril 2024.

Plus récemment, le festival Résistance, organisé à Bruxelles chaque mois de juin depuis trois ans, a lui aussi subi des pressions de la part des autorités communales de Molenbeek, qui ne souhaitaient pas que l’événement s’y déroule. Celles-ci ont finalement donné leur accord après des discussions avec les organisateur·rices.

ZinTV, média d’action collective, avait quant à lui accueilli une conférence de Samidoun, organisation de soutien aux prisonnier·ères palestinien·nes. Il a lui aussi été visé par la répression, notamment par une perquisition, à la suite de cet événement.

En Allemagne, le « Palestine Congress » de Berlin, prévu sur trois jours en avril 2024, a été interrompu par la police dès sa première journée et les deux journées suivantes ont été interdites. Le chirurgien britannique palestinien Ghassan Abu Sitta, qui devait participer à l’événement, s’était par ailleurs vu refuser l’entrée sur le territoire allemand. En février 2025, toujours à Berlin, deux interventions de Francesca Albanese, rapporteuse spéciale des Nations unies sur les territoires palestiniens occupés, ont également été annulées ou contraintes de changer de lieu après des pressions politiques.

En France, l’Université de Lille avait annulé en avril 2024 une conférence consacrée à la Palestine avec Jean-Luc Mélenchon et Rima Hassan, affirmant ne plus être en mesure de « garantir la sérénité des débats ». Quelques jours auparavant, un événement comparable avait déjà été annulé à Rennes-II.  Plus récemment encore, en novembre 2025, le Collège de France a déprogrammé un colloque scientifique intitulé « La Palestine et l’Europe : poids du passé et dynamiques contemporaines », après plusieurs jours de polémique médiatique et politique.

À Manchester, en 2024, le centre culturel HOME avait d’abord annulé Voices of Resilience, une soirée consacrée à des témoignages et à la littérature palestinienne, évoquant notamment des questions de sécurité. La décision avait suscité une mobilisation de plusieurs centaines d’artistes et le retrait de nombreuses œuvres d’une exposition ; face à cette contestation, le centre avait finalement rétabli l’événement et présenté ses excuses.

Quelle que soit l’issue de ces pressions subies par la plateforme Charleroi Palestine, cela pose question : assiste-t-on en Europe à un rétrécissement de l’espace dans lequel la solidarité avec la Palestine, la critique d’Israël, de l’antisionisme peuvent publiquement s’exprimer ?