- Le reflet le plus marquant d’une crise aggravée du logement abordable et de la violence des expulsions à Bruxelles
Le reflet le plus marquant d’une crise aggravée du logement abordable et de la violence des expulsions à Bruxelles
Jeudi 17 septembre, une sexagénaire a été retrouvée morte au moment de son expulsion de son domicile dans le quartier de Fort-Jaco, à Uccle. Celle-ci a mis fin à ses jours juste avant qu’un huissier de justice, des policiers et un membre du CPAS se présentaient à son domicile pour procéder à son expulsion.
Le propriétaire avait obtenu, un an auparavant, une décision de justice l’autorisant à récupérer les lieux. Cette décision a entraîné la procédure d’expulsion en question.
Cette tragique histoire, qui a amené une locataire à se suicider, remet au-devant de la scène la question de la violence, à la fois des expulsions, mais également de la crise du logement abordable à Bruxelles.
En effet, la thématique du logement abordable à Bruxelles est un sujet majeur qui reste très peu traité, à la fois politiquement et médiatiquement. Le logement est pourtant un bien fondamental du quotidien qui dépasse le simple fait d’avoir un toit où vivre. La question de l’habitat est bien plus vaste : elle regroupe à la fois un attachement individuel et collectif, rempli de souvenirs liés à un lieu donné, d’habitudes du quotidien et, évidemment, de qualité de vie.
La perte de logement est susceptible de toucher de multiples facettes de la vie et dépend fortement de la situation économique et psychologique du locataire touché par une expulsion.
Sans connaître la situation économique de cette personne qui a mis fin à ses jours, très certainement sous la pression de cette expulsion, il est nécessaire de rappeler que l’accès à un logement à la fois abordable et de bonne qualité s’est détérioré au fil des années à Bruxelles. De nombreuses études montrent que les habitant·es de la Région de Bruxelles-Capitale font face à une crise aggravée du logement, qui se caractérise par une forte augmentation, souvent abusive, des loyers, ainsi que par une très faible part de logements abordables et de logements sociaux.
Entre 2020 et 2025, le loyer moyen bruxellois d’appartements familiaux a augmenté de 38% et celui des appartements avec une chambre de 44%. Si l’on prenait des périodes encore plus importantes, ces chiffres seraient considérablement plus élevés.
Ce phénomène est caractérisé par une forte pression économique et démographique sur le marché du logement, laissant ainsi la possibilité aux propriétaires de biens immobiliers d’augmenter les prix de location de leurs logements ou encore de ne pas garantir qu’ils soient en bon état pour y habiter.
Les phénomènes les plus visibles de cette crise du logement sont l’augmentation drastique des expulsions locatives, la file d’attente de plus de 12 ans pour l’accès à un logement social ou encore le fait que plus de 10 000 personnes vivent dans la rue à Bruxelles.
« Être menacé d’expulsion, c’est voir ses affaires jetées dans la rue par des employés de la commune. C’est recevoir des messages menaçants du propriétaire du logement où l’on réside. C’est être entraîné dans une procédure judiciaire sans réel fondement, basée sur des mensonges. C’est être méprisé et tourné en dérision par un juge de paix, dépourvu d’empathie et d’une réelle compréhension des difficultés de relogement. C’est se voir accorder seulement quelques semaines pour trouver un nouveau logement et organiser un déménagement, même lorsqu’on est une mère célibataire avec des enfants scolarisés. »
Front Anti-Expulsions
Cette situation autour de la crise du logement abordable montre qu’une fois encore, les intérêts économiques priment sur les intérêts sociaux. La mainmise de géants du secteur immobilier sur le marché locatif bruxellois constitue l’exemple le plus flagrant de groupes capitalistes qui capitalisent sur les biens immobiliers, avec la complicité tacite des pouvoirs politiques qui, en plus de ne pas investir dans le logement social, de n’encadrer en rien les loyers bruxellois, continuent d’expulser violemment de personnes de leurs logements.
Pour approfondir les questions du logement et du droit à la ville, nous vous recommandons de consulter le travail du Front Anti-Expulsions et d’Inter-Environnement Bruxelles.
Nous adressons nos sincères condoléances aux proches de la personne décédée.

