- La ministre ne "veux pas ouvrir la porte au dossier de Gaza"
- Pas d'entrée, seulement des "hubs de retour" et des expulsions
La ministre ne « veux pas ouvrir la porte au dossier de Gaza«
13 étudiant·es et chercheur·euses gazaoui·es, tous·tes boursier·ères d’une université belge, ne peuvent actuellement pas rejoindre la Belgique et poursuivre leurs études. Pour demander un visa, ils et elles doivent normalement se présenter au consulat belge, qui se trouve à Jérusalem. Or, ils ne peuvent pas quitter Gaza, car l’armée israélienne impose un blocus meurtrier et inhumain, empêchant toute sortie de l’enclave.
« J’ai eu la chance de recevoir une bourse dans des conditions qu’aucun être humain ne devrait avoir à endurer. Je n’avais pas d’endroit approprié pour étudier. J’ai été déplacé, vivant dans une tente avec 4 autres personnes. Pas d’internet fiable. Pas d’électricité. Pas de nourriture appropriée. Chaque jour, je devais lutter pour trouver de l’eau. En même temps, je travaillais comme médecin et j’aidais les gens tous les jours. Malgré tout cela, j’ai réussi à obtenir une bourse. J’ai suivi un processus de sélection exigeant et j’ai concouru pour l’obtenir. Mais maintenant, simplement parce que je suis de Gaza, on me refuse l’aide dont j’ai besoin pour accéder aux études pour lesquelles j’ai été sélectionné. » (témoignage d’un étudiant de Gaza en attente d’un visa)
Vendredi 18 septembre, le gouvernement n’a pas réussi à trancher. Le ministre des Affaires étrangères, Maxime Prévot (Les Engagés), malgré le fait qu’il ait publiquement soutenu qu’il avait préparé une « solution d’évacuation« , a retiré sa note après « s’être heurté à sa collègue de la N-VA ». Les représentant·es des Engagés n’étaient pas présent·es pendant les débats.
Pas d’entrée, seulement des « hubs de retour » et des expulsions
« Je ne veux pas ouvrir la porte au dossier de Gaza, et donc à un afflux supplémentaire. Je cherche un équilibre. C’est pourquoi j’ai demandé à mes collègues vendredi que, lorsque nous discutons d’un dossier d’afflux légal supplémentaire, nous puissions également progresser en matière de retour. J’ai énuméré plusieurs pistes sur lesquelles nous pouvons aller plus loin, notamment les hubs de retour mais aussi les dossiers des Afghans en séjour irrégulier qui se trouvent en prison pour des faits criminels. Je ne veux pas qu’à leur sortie ils se retrouvent en rue« . (Anneleen Van Bossuyt, ministre à l’Asile et la Migration. )
La ministre N-VA pose également une condition : que tout nouveau « dossier » qu’elle qualifie de « d’afflux légal » s’accompagne de « progrès » sur les retours, donc d’accord de gouvernement sur l’enfermement et la déportation de personnes considérées comme sans titre de séjour. Parmi les pistes qu’elle a avancées figurent les hubs de retour, mais aussi le cas de personnes afghanes en « séjour irrégulier ».
Devant la commission de l’Intérieur, Anneleen Van Bossuyt a expliqué redouter un « précédent dangereux« . En réalité, en souhaitant forcer la main des Engagés sur les « hubs de retour » extraterritoriaux et/ou la déportation de personnes afghanes, la ministre N-VA met en balance des vies contre des autres.
« Si l’on ouvrait une porte, certaines ONG et certains juges l’ouvriraient complètement ». (Anneleen Van Bossuyt, ministre à l’Asile et la Migration. )
La ministre cite, pour illustrer le danger, d’autres profils qui pourraient invoquer le même précédent, selon elle : les femmes fuyant l’Afghanistan, les personnes queers persécutées au Sénégal. Autrement dit, des personnes à qui la protection internationale s’applique. Que leur simple évocation serve d’épouvantail dans ce dossier en dit long..
Ce sont sans cesse les mêmes vies, celles des travailleur·euses du Sud global, qui sont dévalorisées et considérées comme sacrifiables par les partis d’extrême droite comme la N-VA. Par exemple, il n’a jamais été question d’interroger l’accueil des réfugié·es ukrainien·nes ou de le remettre en cause, ou en balance avec un « autre dossier » – comprenez d’autres vies. Et lorsque des personnes vivant en Ukraine rencontraient des difficultés pour trouver l’asile et traverser les frontières, elles étaient régulièrement non-blanches.
Ce sont sans-cesse ces mêmes partis qui poussent à la mise en compétition des vies entre elles et exacerbent jusqu’à la mort les logiques concurrentielles du capitalisme. Les mêmes qui rationalisent l’enfermement, les déportations, l’assassinat direct ou non par les frontières, les expulsions, les « repoussages » en mer de personnes.
Non, la vie des gens n’est pas une question « technique » à résoudre comme une équation comme le voudrait Anneleen Van Bossuyt et le gouvernement.

