- Violence, insalubrité et surpopulation, on vous explique
Violence, insalubrité et surpopulation, on vous explique
Mardi 8 septembre 2026, le Comité européen pour la prévention de la torture (CPT) a publié un rapport alarmant sur les conditions de détention dans les prisons belges. Ce rapport, fondé sur des visites effectuées au mois de mai 2025 dans les prisons de Gand, Haren, Marche-en-Famenne, Nivelles et Turnhout, ainsi que dans les centres psychiatriques de Gand et d’Anvers, souligne la présence de conditions de détention violentes et insalubres.
Il met notamment en évidence une surpopulation importante dans les prisons belges, ainsi qu’un accès insuffisant aux soins médicaux et psychosociaux destinés aux personnes détenues.
Le rapport met également en avant une utilisation fréquente de l’utilisation de la violence par des gardien·nes pénitentiaires sur des détenu·es. Celui-ci décrit des gifles, des coups de poing et de pied souvent donnés dans des zones non couvertes par les caméras de vidéosurveillance.
En octobre 2024, Fouad M’Rabet, 47 ans, subit des violences à deux reprises à la prison d’Haren. Le motif présumé de ces violences survenues le 21 octobre 2024, qui a amené 7 agents pénitentiaires, à violenter Fouad M’Rabet est le simple fait qu’il ait reçu une clé USB lors de la visite d’un de ses proches. Fouad a porté plainte contre les agents qui l’ont assené de coup, étouffé et violenté sexuellement.
Loin d’être isolée, cette affaire montre les violences quotidiennes auxquelles sont confrontés les détenu·es de prisons belges.
Le lundi 14 septembre, un détenu de la prison de Jamioulx est décédé, vraisemblablement des suites d’un arrêt cardiaque. Le défunt, âgé de seulement 30 ans, souffrait de problèmes cardiaques préexistants et était suivi médicalement pour cette raison. Si les premiers éléments pointent vers une cause naturelle, la dégradation générale des conditions de détention continue d’inquiéter fortement les syndicats.
« Malgré toute la bonne volonté du personnel médical et des agents de section, les conditions actuelles au sein des établissements les plus vétustes suscitent de vives inquiétudes. On peut imaginer que le caractère difficile des détentions actuellement joue défavorablement face à des états de santé déjà fragiles. » (Jérôme Michez, vice-président du syndicat Sypol-EP)
Concernant les chiffres de surpopulation carcérale, le rapport des données de surpopulation carcérale belge donne un état des lieux alarmant :
Au 15 aout 2026, les données de surpopulation des complexes pénitentiaires belges étaient les suivants :
- Un total de 13 338 prisonnier·ères enfermé·es en Belgique pour une capacité d’à peine 11 388 (dont 324 places d’urgence)
- Une surpopulation moyenne des prisons belges de 17,1%
- 404 matelas de détenus au sol
-Les dépassements de capacité carcérale le plus importants sont constatés dans les prisons de Lantin de Anvers et de Hasselt avec respectivement
- + 362 prisonniers par rapport a la capacité maximale à Lantin
- +235 prisonniers par rapport a la capacité maximale à Anvers
- +199 prisonniers par rapport à leur capacité maximale à Hasselt
Aux violences physiques subies par les prisonniers s’ajoute la surpopulation carcérale décrite ci-dessus et qui fait apparaitre une réalité marquante : en plus d’être privés de liberté par un système pénitentiaire qui annihile toute forme d’interaction sociale, les prisonnier·ères belges font face à des conditions qui ne sont pas simplement «inhumaine », dans la mesure où la détention l’est déjà, mais sont en plus confronté·es à des conditions de vie dangereuses.
Autant de conditions de détentions dangereuses qui ont notamment été aggravées par les récents épisodes de canicules qui ont eu lieu cet été en Belgique. Sous près de 40 degrés, de nombreuses prisons particulièrement vieillissantes, et donc sans systèmes d’aération et d’isolation correcte, ont laissés les détenu·es dans des conditions de vie particulièrement inconfortables et dangereuses.
Si ce sont aujourd’hui les conditions de détention violentes et plus généralement les questions en lien avec la surpopulation carcérale des établissements pénitentiaires belges qui sont pointés du doigt, il semble nécessaire de reconsidérer la question carcérale comme une problématique de société.
Certes, l’enfermement empêche une personne de commettre un crime le temps de sa détention. Mais il ne dit rien de la violence intrinsèque à ce mode de fonctionnement, il l’aggrave, au contraire. Ces logiques d’incarcération inhumaines, fondées sur la rupture des liens sociaux et la suppression des facultés humaines fondamentales, nourrissent les cercles de violence qu’elles prétendent endiguer.
En violentant et en détenant des prisonnier·ères dans des conditions de vie aussi dangereuses, les systèmes carcéraux et politiques belges ne font qu’appliquer les systèmes de violences qu’ils produisent eux-mêmes qui sont basés sur l’enfermement des populations marginalisées.
Alors, la question n’est pas de savoir si des conditions de détention plus « humaines » seraient possibles en Belgique. Elle est de comprendre pourquoi un système fondé sur l’enfermement, la punition et la mise à l’écart ne peut, par définition, produire autre chose que de la violence.
Comment imaginer de l’humanité dans un lieu conçu pour annihiler les liens sociaux et neutraliser les existences des détenus ? L’augmentation continue des violences carcérales, la surpopulation chronique et le désengagement massif de l’État dans les services d’aide aux détenus ne sont pas des dysfonctionnements, ce sont les effets d’une logique pénale qui traite les populations marginalisées, racialisées et précaires comme des corps à stocker.
La prison, comme reflet du système judiciaire, n’a rien « d’humain » ou de moral. En enfermant les personnes marginalisées par la société , racialisées et/ ou pauvres; le système pénal ne permet pas de penser autrement les infractions qui ne sont que les symptômes de problèmes sociaux et de société.
Pour mieux vous informer sur les luttes anticarcérales et plus particulièrement sur les liens entre racisme structurel et le système pénitentiaire, nous vous initions à consulter le Journal anticarcéral « la Brèche » dont le quatrième numéro est intitulé « racisme et criminalisation : des populations dans le viseur ».

