Le 26 août 2026, le tribunal correctionnel de Nivelles a acquitté le dernier policier encore poursuivi dans l’affaire Sabrina et Ouassim, mettant un point final à une procédure judiciaire très longue et ravivant la question récurrente de l’impunité policière en cas de décès lors d’une intervention policière.  

9 ans après les faits, l’institution judiciaire a donc définitivement tranché : aucun des 3 policiers impliqués dans la course-poursuite mortelle ne sera condamné.

Le 9 mai 2017, Ouassim Toumi, 24 ans, conduit sa moto près des étangs d’Ixelles, à Bruxelles. Sabrina El Bakkali, 20 ans, est assise derrière lui. Les deux jeunes sont alors poursuivi·es par la police. La course- poursuite se termine tragiquement à la sortie du tunnel Bailli, sur l’avenue Louise : la moto percute un véhicule de police placé en travers de la chaussée. Ouassim meurt sur le coup et Sabrina succombe à ses blessures dans la nuit, à l’hôpital.

Pour les familles des victimes, le mouvement et les organisations contre les violences d’État et de nombreuses associations de défense, cette course-poursuite était disproportionnée au regard des infractions initialement constatées, et n’aurait jamais dû se dérouler dans ces conditions au cœur de la capitale, dans une zone dense de passage et de trafic. C’est l’engagement de la course-poursuite qui a généré la mort d’Ouassim et Sabrina.

Chronologie du procès des homicides de Sabrina et Ouassim.

  • En 2021 : après un renvoie par la Chambre du conseil, le Parquet inculpe les trois policiers impliqués dans la course-poursuite.
  • En 2023 : le tribunal de police condamne les 3 agents à des peines de prison, la juge estimant qu’ils avaient fait courir des risques inutiles aux deux jeunes gens, mais aussi aux passants.
  • En 2024 : en appel, la cour d’appel de Bruxelles renverse ce jugement. 2 policiers, ceux qui avaient engagé la poursuite, sont acquittés.

Seul le troisième, celui qui avait positionné son véhicule en travers de la chaussée à la sortie du tunnel, voit sa peine réduite ; il est reconnu coupable d’homicide involontaire.

  • En mars 2025 : la Cour de cassation casse ce jugement et renvoie l’affaire devant le tribunal correctionnel de Nivelles pour être rejugée. Et ce n’est que le 26 août 2026 que ce tribunal acquitte à son tour le dernier policier poursuivi, estimant qu’il n’a commis « aucune faute, même la plus légère ».

Le jugement retient que le véhicule du policier, gyrophare actionné, était visible à 250 mètres de distance selon une expertise, et que le motard avait donc la possibilité de freiner ou de l’éviter. Le ministère public avait également requis l’acquittement à l’audience.

Une issue qui interroge sur l’impunité judiciaire pour les policiers

Cette décision s’ajoute à une série de dossiers où des interventions policières ayant entraîné la mort se soldent, in fine, par l’absence de toute condamnation définitive.

Pour les proches, ce type d’issue nourrit un sentiment durable d’impunité structurelle : la conviction que la justice peine à qualifier pénalement la responsabilité d’un·e policier·ère, même lorsque son intervention a directement précédé, voire provoqué, la mort.

9 ans  se sont écoulés entre les faits et la décision définitive. 9 années durant lesquelles les familles de Sabrina et Ouassim ont dû revivre le deuil à chaque audience, financer les frais de procédure et d’avocat·es, et suspendre leur deuil dans l’attente d’une réponse judiciaire sans cesse repoussée. Un tel délai épuise les parties civiles et les familles, fragilise la mémoire des témoins et des preuves, et joue objectivement en défaveur d’une issue condamnatoire.

Ensuite, le renversement des jugements en cascade dans cette affaire a de quoi interroger : une condamnation prononcée et validée en première instance, qui avait condamné les 3 policiers à des peines de prison, a été progressivement vidée de sa substance à chaque appel, jusqu’à l’acquittement pur et simple.

Pour les familles, ce mouvement de bascule successif donne le sentiment que la charge de la preuve, année après année, se retourne contre elles. Cette impunité est présente régulièrement en Belgique comme ailleurs en Europe lorsqu’il s’agit d’affaires concernant des violences policières.

Pour les familles de Sabrina et Ouassim, cette décision marque la fin d’un combat judiciaire de 9 ans sans qu’aucune responsabilité pénale n’ait été retenue.

Toutes nos pensées vont aux familles et aux proches des victimes, dans leur deuil et leur combat face à la justice.