- Une campagne d'actions précédentes contre les sociétés liées à l'armement israélien en Belgique :
Dans la nuit du 31 août au 1er septembre à Liège, une action politique incendiaire propalestinienne a visé l’entreprise de technologies militaires Belgian Advanced Technology Systems (BATS) détenue par une entreprise militaire israélienne, Israël Aerospace Industries. Le bâtiment principal du site et une antenne ont brûlé et été gravement endommagés.
L’action a été revendiquée comme une action anti-impérialiste à travers un communiqué, qui pointe à la fois l’appartenance de BATS à une société israélienne et le fait que
« Les technologies de Bats visent à contrôler les populations, à renforcer les frontières et à équiper la guerre mondiale. Cela suffit à justifier de réduire Bats en cendres. » (Communiqué )
Le communiqué de l’action semble annoncer d’autres éventuels actes similaires :
« Notre temps s’écoule à toute vitesse, mais nous sommes déterminés à riposter. Pour allumer un nouveau feu que rien ne pourra arrêter. […] Un feu de vengeance profonde et de dignité pour tous ceux qui luttent contre l’impérialisme. […] Gaza dans nos cœurs, le feu se propage depuis nos bras.«
Le Parquet a ouvert une enquête et a confirmé – selon les premiers éléments – que plusieurs départs de feu volontaires avaient mené à l’incendie du site. Aucune victime ou blessure ne sont à constater. Selon Théo Francken ( N-VA), ministre de la Défense, une action similaire aurait été tentée il y a quelques semaines contre les locaux d’OIP, précédemment visés par plusieurs actions. Théo Francken n’apporte pas plus d’éléments pour justifier l’information sur une seconde action similaire et s’est contenté d’attaquer l’extrême gauche.
Une campagne d’actions précédentes contre les sociétés liées à l’armement israélien en Belgique :
Durant l’année 2026, plusieurs dizaines d’actions propalestiniennes décentralisées ont été menées dans le cadre de la campagne « Stop Arming Israël ». En l’état, aucun élément ne permet de lier l’action contre BATS à la campagne « Stop Arming Israël ». Ces actions visaient des entreprises qui produisent, financent, transportent, des technologies militaires, liées à Israël, ou entièrement ou partiellement, détenue par Israël. Ainsi, une série d’entreprises comme OIP (Elbit), AMOS, Syensqo, BIRA-IASB, Thales, BNP, opérant en Belgique ont été visées par des actions. La plupart de ces actions ont mené à des dégradations : locaux saccagés, fenêtres brisées, peinture et graffitis. En juin 2025, une action de masse contre OIP avait eu lieu sur le site de l’entreprise, sabotant des tanks et du matériel à une hauteur d’un million d’euros. L’action visant AMOS avait provoqué des dégâts se chiffrant à plusieurs dizaines de milliers d’euros.
Ces actions s’inscrivent dans la continuité et l’intensification des mouvements propalestiniens en Belgique. Depuis le début du génocide en octobre 2023, un large mouvement populaire, réunissant ponctuellement plus de 100 000 personnes dans les rues et réclamant la fin de la collaboration, des exports d’armes vers Israël, des sanctions … a secoué l’Etat et les entreprises belges collaborant avec l’Etat colonial israélien. Mais ce mouvement de contestation massif n’a généré chez la classe politique belge que de fausses promesses symboliques sur la reconnaissance de la Palestine, ou le boycott (jamais total) d’Israël. Et chez les entreprises belges qui participent à l’économie mondiale qui profite de ce génocide, la pression du mouvement n’a là aussi jusqu’ici, pas réussi à faire cesser leur collaboration avec Israël.
Autrement dit, les acteurs locaux du capitalisme en Belgique qui participent et profitent de la colonisation de la Palestine et du génocide des palestinien·nes n’ont aucun intérêt à arrêter de collaborer avec Israël uniquement parce que des manifestant·es leur demandent. Ils peuvent feindre de les entendre et de les écouter, pour tenter de calmer la colère populaire, mais l’épreuve des faits montre qu’il ne s’agit que de mascarade : la Belgique et ses entreprises continuent d’entretenir des relations économiques, diplomatiques, sécuritaires et militaires avec Israël.
Et cette dynamique s’inscrit dans l’histoire même des luttes : aucune victoire dans les luttes pour l’émancipation – que ces luttes soient anticoloniales, contre l’exploitation, féministe, etc – n’a jamais été gagnée, car les acteuri·ces de ces luttes avaient demandé leur libération. Toute victoire a toujours été arrachée, gagnée et imposée par des rapports de force.
C’est dans ce contexte de construction d’un rapport de force que des actions directes ont rapidement émergé du mouvement pour la Palestine. Une partie du mouvement de soutien à la Palestine semble avoir identifié que la solidarité et la lutte anti-impérialiste doit également se poser par des actes contraignant directement l’Etat et les entreprises à reculer, en leur faisant payer cher, y compris matériellement. C’est une stratégie qui a porté ses fruits au Royaume-Uni avec l’organisation Palestine Action, qui a mené de nombreuses actions de destruction contre des usines d’armement israéliennes. À Bristol en septembre 2025, une manufacture d’armement Elbit Systems a fermé après plusieurs actions ciblées contre cette dernière.
La création d’une section locale de Palestine Action en Belgique après le début du génocide et du lancement de la campagne « Stop Arming Israël » et aujourd’hui une action incendiaire, semblent s’inscrire dans cette dynamique pour construire un mouvement anti-impérialiste à même d’honorer ses objectifs. Pour ce qui est de la Belgique, il s’agira, à terme, de la fin de la collaboration entre la Belgique et Israël, la fragilisation par l’extérieur de la colonisation de la Palestine.

