- Il y a une machine à justifier les crimes d’Etat de la police en Belgique.
En septembre 2024, à l’hôpital l’AZ Sint-Blasius près de Dendermonde, une policière a abattu par balle Peter Goemans, alors en crise psychiatrique et menotté, selon l’avocat de la famille. Fin juin, la Chambre du Conseil a estimé, lors d’une séance à huis clos, que la policière était en légitime défense et qu’elle ne devait pas être poursuivie.
Cette décision en justice dans un crime d’Etat incarne à nouveau la relation et la complicité de l’institution judiciaire avec celle policière : justifier et valider en droit l’action de la police, blanchir les violences et les meurtres policiers.
Selon la version des faits expliquée par la presse et donnée par la police, Peter Goemans aurait attaqué deux agent·es de police sur le parking de l’hôpital et l’agente aurait « été contrainte » de tirer sur Peter Goemans dans le cœur, entraînant sa mort. Une version contestée par l’avocat de la famille de Peter Goemans, qui explique que Peter était menotté et à plusieurs mètres de la policière.
Des éléments incohérents dans le récit de la police ainsi qu’un rapport d’experts balistiques mettent en cause le récit policier.
L’avocat de la famille Goemans explique que la décision de ne pas poursuivre la policière est « une décision honteuse qui donne carte blanche à la police en Belgique ». Il poursuit « le fait qu’on veuille régler cette affaire à huis clos, sans qu’il y ait de procès, heurte leur sentiment de justice et le mien. N’oublions pas que Goemans avait lui-même dit à la police qu’il avait déjà été sujet à des crises psychotiques auparavant et avait demandé à être menotté. »
De plus, l’avocat signale que 11 jours se sont écoulés entre le meurtre et l’interrogatoire de la policière qui a tué Goemans, le temps d’arranger le récit à l’avantage de la police, selon l’avocat de la famille.
« Nous avons l’impression que ce temps a été utilisé pour faire en sorte que l’histoire corresponde à ce qu’elle souhaitait. On avait alors transformé la victime en monstre, qui aurait essayé de l’étrangler en lui tendant les bras.«
Il y a une machine à justifier les crimes d’Etat de la police en Belgique.
Celle-ci s’étend des logiques de protection des agents au sein de l’institution comme à l’extérieur, notamment via le discours médiatique.
Comme à chaque fois après un meurtre policier, les médias se sont empressés de faire du journalisme « policier », en reprenant le discours policier et criminalisant Peter Gormans quelques heures après sa mort seulement. Dans la presse, Peter Goemans est présenté comme « très agressif » et « connu des services de police et de la justice » même si « on ne sait pas pour quels faits ». On construit donc l’image médiatique d’une personne « à abattre » ou qui serait « dangereuse ».
Le traitement judiciaire de ce crime d’Etat en rappelle d’autres, comme le souligne l’avocat de la famille Goemans :
« C’est honteux qu’on protège la police ici. Cela fait penser aux affaires autour du décès de Pieter Aerts (à Anvers en 2019) et de Jozef Chovanec (en 2018 à Charleroi). »
En Belgique, lorsque la police tue, les policiers ne sont pas ou très peu condamnés, et leurs actions sont qualifiées de « proportionnées » et de « légales ». Ces policiers continuent de travailler au sein de la police et d’effectuer des missions. Lorsque des condamnations judiciaires tombent, elles sont dérisoires et maintiennent de fait l’impunité : le policier qui a tué Mawda en 2018, un bébé de 2 ans, a été condamné à seulement condamné à 10 mois de prison avec sursis. Quelles condamnations pour les policiers qui ont tué Adil ? Mehdi ? Lamine Bangoura ? Adamo ? Ibrahima et tant d’autres ?
Dans la majorité des cas, les violences d’Etat touchent des personnes qui se retrouvent dans de catégories surexposées et ciblées par les violences de la police : les personnes précaires, celles racialisées, celles psychiatrisées et celles considérées comme étant à la marge et/ou « déviantes ». Ces violences d’Etat touchent également particulièrement les hommes de ces catégories.
Ces fractions (précaires, racialisées …) de la population sont volontairement catégorisées et stigmatisées par les institutions belges. L’Etat en fait des personnes délinquantes ou « éventuellement délinquantes », ce qui justifie leur surveillance, le déploiement policier dans les quartiers où on estime qu’elles vivent, leur contrôle dans l’espace public… Et cette sur-présence policière est corrélée aux nombres de meurtres et de violences dont sont victimes ces mêmes fractions de la société.
Cette absence de poursuite dans ce meurtre policier s’inscrit dans un système de violence globale, avec ses productions et reproductions institutionnelles et ses relais médiatiques. Cette décision judiciaire doit donc être comprise dans ce » tout » comme un des aspects de ce système, pas comme une « mauvaise décision ».

