Ce mardi 14 juillet au matin, un incendie meurtrier s’est déclaré sur le chantier de la tour Oxy, mené par les promoteurs immobiliers Immobel et WhiteWood, à proximité de la place De Brouckère à Bruxelles. Six personnes ont perdu la vie. Les victimes sont des travailleurs qui étaient présents sur le chantier. En plus des six victimes, deux travailleurs et un pompier ont été gravement blessés. Cet incendie sur un lieu de travail survient en plein épisode de canicule à Bruxelles, rendant le travail de plus en plus dangereux. Derrière chaque décès se cachent des choix politiques, économiques et sociaux.

Au moment où l’incendie s’est déclaré, les 250 ouvriers présents ont été évacués.

Cet incendie mortel sur un lieu de travail survient alors que la Belgique est confrontée à une intense vague de chaleur. Avec ces conditions météorologiques extrêmes, les métiers comme ceux de la construction dont les conditions de travail sont déjà difficiles et précaires, voient la dangerosité et la pénibilité de leur travail exploser. Depuis le mois de juin dernier, des températures extrêmes qui ont entraînées une surmortalité ont été observées. Celles-ci provoquent des risques aggravés pour certains secteurs (principalement les métiers physiques). Malgré les graves incidents survenus, les ouvriers de la construction et d’autres secteurs continuent de travailler dans des conditions dangereuses alors que des mesures de suspension ou d’adaptation du travail pourraient être mises en place par les pouvoirs publics et les entreprises qui mettent en péril les conditions d’existence des travailleur·euses. 

De plus, ces accidents mortels touchent proportionnellement plus les personnes non blanches et très souvent sans papiers, dont les emplois sont plus précaires, souvent plus pénibles et plus dangereux, et qui ne peuvent que très rarement se permettre d’arrêter de travailler en fonction des conditions

LE LUXE AU PRIX DE LA VIE DES TRAVAILLEURS 

Les travaux dans bâtiment dont il est question visent à faire de l’ancien bâtiment de la poste et des bureaux de la Ville de Bruxelles un « centre polyvalent et dynamique ». Logements de luxe, bureaux de travail de luxe, une « promenade publique » mais aussi 300 chambres d’hôtel et un restaurant. Un projet qui ne répond pas aux besoins actuels de la ville, notamment en logements abordables, mais qui vient créer un produit d’enrichissement pour les promoteurs responsables du projet, loin de toute mission sociale. C’est la course aux profits et aux bénéfices d’entreprises capitalistes privées comme les promoteurs immobiliés Immobel et WhiteWood qui mènent à la mort de travailleurs sur leur lieu de travail. Ces derniers imposent à des personnes précaires, donc forcées d’accepter, des conditions de travail dangereuses : même en pleine canicule, les travailleurs doivent continuer à travailler. Quels aménagements étaient prévus pour adapter le travail de chantier aux températures et leurs risques ? 


 
Travailler jusqu’à mourir 

Les décès au travail ne sont pas des incidents isolés. Le 26 juin dernier, un ouvrier agricole polonais de 50 ans est décédé après un malaise alors qu’il travaillait dans un champ à Zonnebeke, sous des températures elles aussi, caniculaires. Quelques semaines plus tôt, le 19 mai, Emilien Mazy, 18 ans, mourait enseveli dans une tranchée lors de travaux de terrassement à Fronville. Le même jour, Jolanta Czyrska, femme de ménage, faisait une chute mortelle à Dilbeek après que la balustrade sur laquelle elle s’appuyait a cédé. Sa famille a dû lancer une cagnotte pour pouvoir rapatrier son corps en Pologne.  

En 2024, 45 personnes sont mortes dans un accident du travail en Belgique, auxquelles s’ajoutent 33 décès sur le chemin du travail, selon Fedris. Les chiffres sont en baisse par rapport à 2019, mais ils restent considérables et ne prennent pas tout en compte. Ils ne comptabilisent pas les agriculteur·rices poussé·es au suicide par leurs conditions de travail, les cancers développés après des années d’exposition aux pesticides, les maladies pulmonaires liées à l’utilisation quotidienne de produits chimiques ou encore toutes les pathologies professionnelles qui tuent lentement, sans jamais apparaître dans les statistiques des accidents du travail.  

Un autre chiffre interpelle : près d’un quart des personnes décédées en 2024 avaient moins d’un an d’ancienneté dans leur entreprise. Les nouveaux·elles travailleur·euses sont souvent les plus vulnérables car l’intégration et l’apprentissage prennent du temps. Temps pour se former, apprendre les procédures de sécurité, acquérir les bons réflexes et connaitre les risques propre au métier. Or de nombreux secteurs subissent une forte pression à la profitabilité, et ce temps est souvent réduit au minimum. Les secteurs de la construction et du transport restent parmi les plus dangereux et pourtant rien n’est mis en place.  

Chaque accident fait l’objet de quelques articles de presse, puis disparaît rapidement de l’actualité. La mort au travail est rarement nommée comme un problème politique. On interroge peu les choix économiques, les politiques de prévention, les cadences, la sous-traitance, la précarité ou les logiques de rentabilité qui rendent ces drames possibles. La mortalité au travail n’est pourtant pas une fatalité.   
 
A ces facteurs s’ajoutent désormais le dérèglement climatique, qui rend le travail toujours plus dangereux. Les canicules, incendies, évènements climatiques extrêmes, largement alimentés par un modèle économique fondé sur l’exploitation des ressources et la recherche du profit, touchent d’abord les travailleurs les plus exposés: ouvriers du bâtiment, travailleurs agricoles, éboueurs, livreurs etc. Là où certaines personnes peuvent s’abriter ou adapter leur activité, d’autres continuent de travailler sous une chaleur accablante, au péril de leur santé.

La souffrance au travail et la mort au travail restent des angles morts du débat public. Pourtant, elles racontent beaucoup du système capitaliste : une société où l’on culpabilise les personnes sans emploi, mais où l’on s’interroge bien trop rarement sur le prix humain payé par celles et ceux qui travaillent. Derrière chaque accident mortel se trouvent des choix politiques et économiques, où le profit passe avant l’humain.