Suite aux révoltes de l’enseignement de la semaine du 4 juin, marquées par une forte mobilisation et une grande colère des élèves et professeur·es contre la réforme du gouvernement à Bruxelles, la classe politique de l’extrême droite à une partie de la gauche, entend durement réprimer et criminaliser les jeunes révolté·es.

Cadrer le discours médiatique et encastrer les enfants

Les médias produisent un discours médiatique qui n’est pas neutre politiquement. Ce discours met l’accent sur ce qu’ils appellent les « casseurs », sur les « dégradations » et la violence lors des manifestations, et relaie tendanciellement le discours policier, plutôt que mettre l’accent sur la colère sociale, l´inventivité politique impressionnante des jeunes et l’intense répression étatique raciste ciblant des enfants. Cela cadre le débat politique et influence la compréhension des événements.

On parle plus de quelques abris-bus brisés et vélos incendiés que des dizaines de vidéos qui circulent montrant des policièr·eres faire du profilage racial, courser, gazer et tabasser des enfants qui ont rarement plus de 15 ans. Ce cadrage médiatique s’inscrit également au sein d’un agenda politique : délégitimer l’action et la colère des jeunes pour les criminaliser.

Dresser, discipliner et sanctionner : 

Le MR, la droite et une partie de la gauche, n’a qu’un seul langage face à la colère sociale générée par ses réformes d’austérité. C’est aux côtés de la N-VA (extrême droite nationaliste) et du Vooruit (PS néerlandophone) que le MR a émis ou rejoint 3 propositions fascisantes :

  1. Mettre les enfants révolté·es dans des « camps de redressement »
  2. Couper les allocations sociales aux familles de ces enfants
  3. Tenter à nouveau de mettre en place une « loi casseur-payeur »

    Pour la loi « loi casseur-payeur », le MR s’inspire et reprend directement le slogan du Rassemblement National (RN, extrême droite) en France, qui a récemment lancé une pétition raciste du même nom, relative aux évènements à la suite de la Ligue des Champions à Paris.

Le MR a annoncé déposer un projet de loi permettant à la justice de condamner des enfants à aller dans un camp de redressement militaire à partir de « 14 ans ».  Parallèlement, le parti propose de retirer les aides sociales et sanctionner financièrement « les familles des casseurs ». La proposition est d’autant plus cynique qu’elle identifie que les « casseurs » sont souvent issu·es de milieux précaires, ou tout du moins le MR l’estime, et entend les précariser davantage. C’est également la proposition de loi « anti-casseur » déjà déposée au fédéral à plusieurs reprises (mais jamais encore adoptée) et décriée par la gauche et par le monde juridique comme « antidémocratique » et « autoritaire ». Cette dernière prévoit l’interdiction de manifester et des sanctions économiques pour les personnes qui causent des « dommages ». Elle a subi un petit rebrandig, inspirée d’une pétition mise en place par le RN en France marquant le choix de l’extrême droite fait par le MR. De la loi « anti-casseurs », on est passé à la loi « casseur-payeur », dans la bouche de Bernard Quintin (MR). Ça rime, au moins. 

Ces mesures, qui relèvent de propositions néofascistes, servent deux objectifs politiques.

1) Premièrement, détourner l’attention de la mobilisation et des raisons des révoltes sociales en la redirigeant vers l’image du « casseur », puisant ce faisant dans un registre racial en associant notamment les jeunes révolté·es à des figures d’«ensauvagé·es » et « radicalisé·es ».

2) Deuxièmement, développer un réflexe populaire « répressif » et « pacifiste » au sein de la population, ainsi qu’enrayer le développement d’un sentiment de solidarité avec la mobilisation du secteur de l’enseignement. 

Pour comprendre ce qu’il se joue et dans quel contexte politique le MR propose ces mesures, il faut d’abord décortiquer la figure médiatique du « casseur » , avant d’aborder la question de la violence politique et finalement s’armer analytiquement pour comprendre les événements. 

Les « casseurs » n’existent pas, c’est un fantasme des médias et la droite

Vous n’entendrez probablement jamais un·e manifestant·e se revendiquer comme « casseur » ou « casseuse », cette notion ne désigne pas un aspect de la réalité, un mouvement, ou un phénomène, mais constitue un regard médiatique et politique sur la violence lors de manifestation ou d’évènement populaire. À l’instar des mots comme « woke » ou « islamogauchistes », le mot « casseur » ne dénote pas une réalité tangible, c’est un mot fourre-tout et disqualifiant qui a été popularisé par les commentateurs politiques de droites. Ce terme vise notamment a effectué une séparation entre « bons » et « mauvais » manifestant·es.


L’image telle que construite par les médias de celles et ceux qu’ils appellent les « casseurs » présente des personnes qui viennent en manifestation avec pour seul objectif et intention « le fait de casser ». Dans cette logique, typique de la pensée de droite idéaliste*, il n’y a pas de motifs ou d’explications politiques, économiques ou sociales qui vont causer la colère et la violence, la situer dans un contexte, mais il existerait simplement des groupes de personnes qui vont en manifestation pour « casser ». Les « casseurs » sont traditionnellement décrits comme étant proches de la mouvance « antifa », de la gauche radicale et/ou révolutionnaire. Les personnes qualifiées de « casseurs » ici sont des jeunes enfants racialisé·es par l’État qui seraient « ensauvagé·es », c’est donc avant tout une disqualification de la colère sociale sous un registre racial. Dans ce contexte cadré par des médias au discours aligné sur celui de la police, tout le monde dans la sphère politique, est appelé à condamner « la casse » car le discours médiatique la construit comme a priori « indéfendable ». 

Cette figure du « casseur » est produite comme un repoussoir : peu de personnes vont spontanément se montrer solidaires et compréhensives de manifestant·es présenté·es comme des « casseurs, qui cassent pour le plaisir de casser ». Ajoutons à cela l’emphase que la droite et la gauche (!), mettent sur la destruction des biens publics, financés par les impôts des travailleur·ses et le cocktail est réuni pour tenter de créer une désapprobation sociale.


De plus, cela est renforcé par les positions prises par des acteurs politiques censés défendre le mouvement, comme les syndicats qui acceptent le cadrage du débat politique mis en place par la droite et l’extrême droite, plutôt que de le combattre frontalement. La FGTB a, par exemple, dénoncé la « casse » avant (chronologiquement) de dénoncer les violences de la police de l’Etat – et au passage en omettant leur dimension raciale -, dans une carte blanche publiée au sujet du 4 juin. Idem pour Mars Attacks, un des mouvements qui est pourtant à l’initiative de mobilisations en cours aux côtés d’autres, comme École en Lutte, un des coordinateurs de Mars Attacks, Sébastien Demarche, a déclaré :

« Ce ne sont certainement pas les enseignants qui encouragent à mettre le feu, mais nous constatons que des fauteurs de troubles se mêlent aux manifestants et n’ont rien à voir avec l’enseignement », à Bruzz. « Nous n’avons aucun contact avec eux, je n’ai donc aucune idée d’où viennent ces personnes. »

Ce sont bien de leurs élèves et de leur colère que se distancie Mars Attacks lorsque ses représentant·es reprennent les éléments de langage des politiques et de la presse sur les « casseurs », affirment« qu’ils n’ont rien à voir avec l’enseignement » et prétendent qu’ils ne savent « d’où viennent ces personnes ». Cette « distanciation » sert avant tout l’agenda politique répressif contre les enfants et alimente les discours réactionnaires qui visent à disqualifier le mouvement en cours et l’action politique des élèves.

Présentons maintenant les faits différemment du discours médiatique dominant. Humanisons les personnes qui manifestent, ce sont des élèves et des professeur·es qui luttent pour leur avenir et celui de la société. Ces élèves, ce sont les enfants déjà discriminé·es et placé·es par l’Etat dans des « écoles poubelles » et harcelé·es quotidiennement par la police lorsqu’ils sont perçu·es comme non-blancs. Ces professeur·es, ce sont celles et ceux qui éduquent nos enfants tous les jours et qui continuent à tenter d’offrir la meilleure formation malgré des décennies de définancement, le manque de moyen et d’enseignant·es.

Professeur·es et élèves luttent pour pouvoir manger à midi même quand on a pas les moyens, pour avoir accès à l’enseignement, qu’importe d’où on vient, pour procurer un enseignement de qualité dans des conditions de travail dignes et pour pouvoir y travailler, peu importe leurs convictions personnelles. Face à ces revendications simples et dignes, depuis des années et en particulier depuis des mois, ils et elles, sont mené·es à la baguette par une classe politique qui les méprise, n’accepte aucun compromis, ne respecte pas les règles de son propre parlement et envoie la police pour réprimer la contestation. Alors, à un moment donné, après le passage en force au parlement, des mois de mobilisations niées, des vies en jeu … la colère éclate. Et quand la démocratie libérale démontre que tous ses leviers institutionnels et traditionnels sont inutiles ou corrompus, il ne reste que la rue. 

Ajoutons à cela un rejet général du système et de sa violence par une grande partie de la jeunesse mobilisée, en particulier celle issue des milieux populaires et qui vit la brutalité du racisme quotidien. L’État et sa police en particulier, ainsi que l’école d’une certaine manière, sont vécu·es comme des institutions hostiles, violentes et discriminantes d’un point de vue de la classe (contrôle répressif et abandon des quartiers pauvres, écoles « poubelles ») et que de la race (terreur policière raciste en rue, discrimination institutionnelle et dans le travail, à l’école empêcher le port du voile et scandale à répétition raciste). Tout est réuni pour que cette séquence cristallise une révolte contre les institutions de l’État en général et le gouvernement qui porte cette réforme. La « bataille de l’enseignement » en cours, ne se limite pas à l’enseignement car elle porte en elle les contradictions qui pétrissent la société belge ; celle de race, de genre et de classe.

La violence de la politique et la politique de la violence 

Si la violence émerge sur la scène politique, si des révoltes éclatent en rue, c’est que la scène politique est elle-même un espace de violence. Qui pourra dire que couper les repas gratuits à 55 000 enfants n’est pas violent ? Ou de couper les fournitures scolaires gratuites ? Rendre inaccessible à des pans entiers de la population l’enseignement ? Exclure les femmes portant le hijab de l’enseignement ? Faire exploiter les travailleur·ses plus durement sans les payer plus ? La violence dans la rue est une expression politique sensée et consciente en réaction aux violences institutionnelles et structurelles des réformes du gouvernement FWB. 

La condamnation à tue-tête de la violence par les politiques comme si elle venait d’apparaître, du survenir sur la scène politique, est d’autant plus hypocrite que l’ordre social est lui-même reproduit et encadré violemment l’Etat. Et les politicien·nes sont les premièr·es à le savoir. La police fait régner physiquement l’ordre « dehors », la justice condamne, emprisonne et exerce une coercition sur les citoyen·nes, les politiques organisent et affinent l’exploitation quotidienne des travailleur·ses. Les structures mêmes de notre organisation sociale reposent sur la violence, la dépossession, la déshumanisation et la réification (traiter les humains comme des objets) ainsi que l’extraction des « ressources » jusqu’à la destruction de la planète.

Nous sommes confronté·es tous les jours, tous et toutes plus ou moins, à des formes et des degrés de violences. D’autres, depuis leur situation sociale et/ou leur fonction, exercent quotidiennement cette violence. 

De plus, historiquement, l’organisation sociale actuelle et le travail salarié au profit du patronat, ne se sont pas imposés sans leur lot de violence, de misère, de contremaîtres et de police pour réprimer les ouvrier·es en grève. Les « droits » et ce qu’on appelle les « acquis sociaux » sont le résultat de rapport de force et de lutte entre les mouvements sociaux et l’Etat et la bourgeoisie. Ils n’expriment pas une « relation naturelle » ni un « contrat social », mais bien l’expression à un moment donné d’une « paix sociale » temporaire, un calcul des classes dirigeantes comme réponse à un conflit et à des contradictions entre différentes parties de la société. 

La Belgique possède une longue histoire de luttes et de résistances dont les efforts ont débouché sur le système actuellement en voie de démantèlement par l’Arizona. Cette histoire de luttes victorieuses et de résistances, c’est notamment l’histoire de l’organisation et de l’usage de la violence par les travailleur·ses organisé·es contre le patronat et l’État. En 1932 en Belgique, les mineur·ses du Borinage appellent à la grève générale durant la Grande Dépression, contre la misère et le chômage, l’appel prend rapidement de l’ampleur et plus de 100 000 travailleur·ses du Borinage, de Charleroi et de Liège rejoignent la grève. Ces travailleur·ses savent bien qu’ils et elles n’obtiendront rien de la concertation avec leurs patrons et l’État : malgré que les syndicats les trahissent et appellent au calme, ils et elles s’affrontent violemment et avec détermination, avec la police et la gendarmerie envoyées pour les réprimer. Ils dépavent les rues, dressent des barricades et vont jusqu’à incendier le chateau d’un directeur d’une mine. 2 grévistes sont tués par balle par la gendarmerie. Il ne s’agit pas là de « débordements » de « casseurs », mais de l’action organisée d’ouvrièr·es dirigé·es par une conscience politique.

Pourquoi rappeler cette histoire belge ? Les moyens (institutionnels – pétitions, votes … -, non institutionnels – grève, blocage … -, violents, non violents) en politique varient selon le contexte et le niveau de conscience des acteur·ices politiques. Une lutte dont les acteur·ices sont persuadé·es qu’elle n’obtiendra rien du Parlement, mais bien de l’action directe – actions directement organisées par les travailleur·ses sans intermédiaire institutionnel – n’ira pas faire la cour au Parlement. Cette logique vaut autant pour les mouvements opposés à l’Etat que pour l’Etat lui-même. S’il est possible et souhaitable** de contenir la contestation d’une manière pacifiée (via des promesses, les processus de la démocratie représentative, par l’usage des pétitions, des recours …), l’Etat le fera ainsi. S’il estime que le contexte nécessite l’usage de la force et de la répression, il n’hésitera pas non plus, et ce, sans aucun scrupule, en témoigne la répression des enfants de ces dernières semaines.

L’Etat et la bourgeoisie sont des acteurs politiques particulièrement conscients de leur situation, de leur domination et de leurs intérêts. En ce sens, ils mobilisent très bien les moyens, y compris violents, de la politique pour servir et assurer la reproduction de leurs intérêts.  

Les contextes, les contradictions et les dynamiques des situations politiques sont comme effacés par la grille de lecture de la majorité de la classe politique et des journalistes, c’est manifeste lorsque ceux-ci s’étonnent de la violence, ou la qualifient « d’incompréhensible » et donc essaie de la rendre « illégitime » car elle serait « déconnectée » de la réalité. Tout est naturalisé et plus ou moins à sa place, « les casseurs sont des casseurs car ils aiment casser », les manifestations devraient se passer comme « cela » (pacifiquement) car on manifeste comme « cela » et les votes au parlement comme « ceci » car la classe dominante les a pensés ainsi pour garder la population loin du pouvoir. Le jeu de la démocratie représentative serait donc figé et éternel. Tous les processus et les tensions sociales qui y ont mené sont effacés : comme si les choses tombaient du ciel.

« Revenir sur terre » pour comprendre le monde : 

Si on veut réellement comprendre la violence des révoltes de l’enseignement, on ne peut pas la séparer des conditions générales et particulières dans lesquelles elle est survenue. Des contradictions qui génèrent ces tensions sociales, par exemple, entre les objectifs du MR-Engagés et ceux du secteur l’enseignement, et des événements et mesures après lesquels la violence émerge, une fois épuisés les autres moyens de luttes.

Nous pouvons comprendre comment la situation politique a fait naître une contestation notamment violente. Depuis plusieurs décennies, le système de l’enseignement subit en Belgique francophone des coupes budgétaires et, depuis tout autant de temps, les travailleur·ses de l’enseignement et leurs élèves résistent ponctuellement à ce définancement.

Le gouvernement FWB, MR-Engagés, a décidé d’accentuer l’austérité en faisant des économies majeures dans l’enseignement. Cette décision politique a généré une montée en puissance des résistances, ouvrant la porte à des mouvements de grèves, d’actions sous différentes formes (symboliques, institutionnelles, de blocages,..) et de larges mobilisations des enseignant·es et des élèves. Durant des mois, le mouvement a joué le jeu des institutions en utilisant les relais traditionnels pour s’opposer au gouvernement FWB. Mais ce dernier s’est montré inflexible, niant la traditionnelle et typiquement belge « concertation sociale » – discussion entre les syndicats et le patronat et/ou l’Etat -, en méprisant la mobilisation et en bafouant les règles mêmes du Parlement. C’est également car les enseignant·es ont estimé que les syndicats se « concertaient » peut-être un peu trop avec le gouvernement et ne « luttaient » peut-être pas assez, que des mouvements autonomes ont vu le jour. Le 4 juin, après le « vote de la honte » de la réforme, les professeur·es et les élèves n’ont plus aucune illusion : il faudra contraindre le gouvernement de retirer sa réforme car il ne semble réagir à aucune autre forme de protestation que la violence.

Le 4 juin, des dizaines de policiers, barbelés, hélicoptère et autopompes sont déployés par la Ville de Bruxelles et la police fédérale. Contre la colère,ce sont les matraques et le gaz, mais la rue a quelque chose à répondre.

Face au déni démocratique, une porte du Parlement est détruite et forcée. La police intervient pour éviter une intrusion au sein du Parlement et gaz arbitrairement des élèves plus loin. Il n’en suffisait pas plus, le feu prend , Bruxelles s’embrase pour quelques jours. 

La dynamique semble être la suivante : si le jeu institutionnel démocratique ne fonctionne pas, si les politiques ne respectent pas leur propre jeu, alors les élèves et professeur·es redéfinissent aussi les règles, avec leurs forces et leurs cartes à jouer, d’une telle manière qu’ils et elles puissent gagner. 
Les élèves et les professeur·es développent ainsi leur conscience politique et, oui, une partie d’entre elles et eux décident d’utiliser la violence. Oui des jeunes « cassent » et s’affrontent avec la police, certain·es semblent estimer la violence nécessaire pour établir rapport de force et exprimer leur colère.

Manifestations sauvages, blocages, grèves, sabotage des examens, incendies sur la voie publique, dégradations de mobiliers urbains et affrontements avec la police. La réflexion est loin d’être absurde : si le gouvernement « souhaite faire des économies », il risque, avec les grèves et l’intensification de la lutte, de payer cher cette obstination. D’être contraint de reculer. Pas seulement par des révoltes qui s’étendent sur quelques jours et semaines, mais également et surtout par l’organisation politique, le développement de nouvelles stratégies et la mise sur table de nouveaux moyens de luttes, incluant éventuellement l’usage de la violence.

L’enseignement est un secteur essentiel, si les professeur·es et les élèves s’arrêtent, les conséquences sont grandes pour l’Etat belge et peu souhaitables. C’est en ce sens que récemment différents acteurs du mouvement ont mis sur table la question des examens, cela témoigne un développement qualitatif dans le choix de stratégie contre le gouvernement. Et cette stratégie a été suivie d’effets : à Liège le mouvement a fait annuler les épreuves externes du CE1D et du CESS en bloquant les « écoles coffres-forts » où sont gardées les copies.

Cette grille d’analyse qui s’attarde à comprendre la dynamique interne, les contradictions au sein d’une situation depuis la réalité s’appelle le matérialisme. Soit, l’explication du monde et de ses changements par l’analyse de la matière – de ce qui existe réellement. Cet outil pour penser le monde à armer de nombreux mouvements politiques dans le monde ; révolutionnaires, décoloniaux et antiracistes, féministes, luttes sociales … 

Le matérialisme comme outil de pensée a souvent servi la lutte des opprimé·es en ce qu’il permet de prétendre que les choses peuvent changer, que les changements viennent des problèmes créés par les situations elles-mêmes (le capitalisme produit l’austérité, l’austérité produit la résistance, la résistance vise à créer de nouvelles manières de vivre) et que l’histoire n’est pas finie. 

En ce sens, il n’est pas étonnant que le cadrage journaliste et politique dominant, ne reprenne pas la grille d’analyse qui favorise la lecture des opprimé·es, mais reprenne plutôt celle légitimant les institutions. Ainsi, pour les Conner Rousseau, les Georges-Louis Bouchez et les Théo Francken, la violence restera dans leur bouche (pas dans leur tête) à jamais « incompréhensible », « inacceptable » et le fait de « crapules » dès lors qu’il ne s’agit pas d’un flic qui frappe. Méfions nous de celles et ceux qui « condamnent » sans vouloir comprendre, méfions nous du « bon sens » et de la « mesure », ils ne sont peut-être pas à notre avantage.

Les élèves et les profs ont connu le goût du définancement et du mépris, le gouvernement rencontre désormais celui de la colère et du feu.