Début mars, un vol a eu lieu dans les locaux de l’Entraide de Saint-Gilles, lieu d’accueil et d’aide pour les personnes précarisées. Bien que la valeur du matériel dérobé reste anecdotique, un mot laissé sur place interpelle:

« Désolé, j’ai besoin d’aider ma maman qui est malade. »

Cette phrase raconte à elle seule le basculement d’une société où la précarité ne cesse de gagner du terrain. Que révèle une ville où même les structures d’aide deviennent des cibles ? Depuis plusieurs années, le discours dominant amène comme réponse à l’insécurité la présence policière, les caméras de surveillance ou le contrôle de l’espace public, menant à un quadrillage de l’espace social, des violences policières et le déplacement de certaines personnes. Pourtant, pour une grande partie de la population bruxelloise, l’insécurité est d’abord sociale : peur de ne plus pouvoir payer son loyer, de perdre son logement, de renoncer à des soins ou de ne plus réussir à finir le mois.

À Bruxelles, cette insécurité d’existence explose. Plus d’un·e habitant·e sur quatre vit aujourd’hui sous le seuil de risque de pauvreté, le taux le plus élevé du pays.

Tour d’horizon de quelques chiffres et de l’ampleur de ce phénomène à Bruxelles.

  • Plus d’1 Bruxellois sur 4 (26%) est exposé au risque de pauvreté* , le taux le plus élevé du pays
  • 6 des 10 communes belges aux revenus les plus pauvres sont bruxelloises (Saint-Josse-ten-Noode, Molenbeek, Anderlecht, Koekelberg, Schaerbeek et Bruxelles-Ville)
  • En 2000, le revenu moyen bruxellois était 10% en dessous de la moyenne belge. Il est maintenant à près de 20%, preuve que l’écart entre la capitale et le reste du pays se creuse.

Précarité sociale

  • +66% de bénéficiaires du revenu d’intégration sociale (RIS) au CPAS entre janvier 2013 et janvier 2025
  • Le nombre de jeunes (18-24 ans) dépendant du CPAS a doublé en 12 ans (de 8 511 à 17 116)
  • Les allocations de chômage pour les jeunes (18-24 ans) ont chuté de 75% pour l’ensemble de la population, très probablement à cause des nouvelles politiques restrictives du gouvernement Arizona.

Crise du logement

  • 9 777 personnes sans-abri recensées le 6 novembre 2024 à Bruxelles , un chiffre en hausse de 25% en deux ans
  • 36% de ces personnes dormaient en rue ou en hébergement d’urgence
  • Les 20% des habitant·es les plus pauvres consacrent plus de la moitié de leur revenu au logement
  • Les loyers ont augmenté de 19% en 20 ans (2004-2024), dans une région où 64% des ménages sont locataires

=> En parallèle, 55 572 ménages sont en attente d’un logement social au 1er janvier 2025, sans hausse de l’offre en vue

Inégalités de santé

  • L’espérance de vie varie de 6,7 ans entre les communes les plus riches et les plus pauvres chez les hommes (76,3 ans à Saint-Josse contre 83 ans à Woluwe-Saint-Pierre)
  • 6,6% de la population bruxelloise souffre de diabète traité, un taux bien plus élevé dans les quartiers pauvres, à l’ouest du canal, ou il grimpe à 30%. Un écart qui s’explique par des décennies de conditions matérielles dégradées : mal bouffe subie, accès limité aux soins préventifs, cumul des facteurs de risque.
  • Les personnes pauvres âgées de plus de 65 ans souffrent 3 fois plus de diabète que les plus aisées
  • 16% des ménages bruxellois ont renoncé à des soins de santé pour des raisons financières ces dernières années

Réforme du chômage

L’Observatoire de la Santé et du Social de Bruxelles avertit que la réforme des allocations de chômage, entrée en vigueur cette année, risque d’accroître la précarité et de creuser les inégalités entre communes.

Pour la première fois, le nombre de bénéficiaires du CPAS pourrait dépasser celui des chômeur·ses indemnisé·es dans les prochains mois.

« La précarité d’une frange de la population déjà fragilisée risque d’augmenter en région bruxelloise, où les marqueurs de pauvreté sont élevés et en progression. » ( Observatoire de la Santé et du Social de Bruxelles)

La pauvreté s’installe, et les réformes du gouvernement Arizona sont en train de préparer le terrain pour qu’elle s’installe plus profondément, et plus durablement, et que la précarité devienne la norme à Bruxelles.