
Depuis le 3 avril, des militaires armé·es patrouillent dans les gares et stations de métro bruxelloises. Officiellement, leur déploiement est justifié par plusieurs éléments ; la récente attaque contre une synagogue à Liège et en particulier par le « Plan grandes villes » du gouvernement fédéral concentré dans la « lutte contre le narcotrafic ». Dans les faits, c’est le renouveau, après la période post attentats, d’une banalisation dans l’espace publique de la présence militaire.
Ce déploiement n’a pourtant pas de base légale solide. Le cadre juridique permettant à la Défense d’opérer dans l’espace public doit encore être voté. Le futur « Codex Défense », toujours en cours d’élaboration, est donc censé régler le problème. Le déploiement des militaires en rue s’inscrit dans l’intensification de la militarisation de la société et du paradigme sécuritaire et anti-terroriste de l’Etat où tout problème social n’a que pour seule réponse la surveillance et la répression.
Mais en attendant, des hommes en treillis armés de fusils d’assaut patrouillent dans des espaces civils sans que leur rôle exact soit clairement défini par la loi. Les syndicats de la Défense eux-mêmes ont dénoncé cette absence de cadre. On observe donc la dimension politique « d’effet d’annonce » de ce déploiement, les militaires n’ont pas vraiment de rôle mais leur présence est un message politique fort pour la droite extrême et l’extrême droite, celui de la militarisation de l’espace public.
Une montée en puissance annoncée
Les patrouilles sont pour l’instant « mixtes », sous l’autorité de la police, les militaires ne peuvent pas procéder à des arrestations seul·es.
Mais le ministre de l’Intérieur B. Quintin (Mr) a lui-même annoncé qu’il y aurait « une montée en puissance au fur et à mesure » dans le cadre du ¨Plan grandes villes. 200 militaires aujourd’hui, combien demain ? Dans quelles quartiers ? Avec quelles compétences supplémentaires ?
La logique de l’escalade progressive est bien connue en matière sécuritaire : on commence par une mesure présentée comme exceptionnelle et temporaire, on l’évalue après six mois, et les évaluations, en politique sécuritaire, concluent rarement qu’il faudrait faire moins.
On élargit discrètement le périmètre, on étend les compétences,… et on impose la logique sécuritaire et militaire de contrôle des espaces publics. C’est une logique majeure du processus de fascisation au sein de l’appareil d’Etat, la normalisation des dispositifs d’exceptions, notamment légaux dans le droit commun.
Leur usage dans un second temps est dirigé contre les parties de la population les plus opprimées et marginalisées, les quartiers pauvres où vivent les personnes issues de l’immigration post-coloniale, avant de s’étendre dans l’ensemble de la société.
En visite à Bruxelles-Midi, Theo Francken a estimé que
« tout le monde sait qu’il y a beaucoup de criminalité mais personne ne fait rien », avant de citer pêle-mêle les « trafics de drogue » et les « milliers d’illégaux« .
La directrice du Ciré, Sotieta Ngo, a immédiatement répondu que ce type de raccourci relève « d’un amalgame à des fins purement électoralistes » et que de tels propos « amènent de la violence« .
Préparer les esprits à la guerre
En parallèle, la presse couvre avec enthousiasme l’exercice Combined Sapper 26, où des centaines de militaires belges, français et néerlandais simulent des combats urbains dans un hôpital désaffecté de Flandre-Orientale. La médiatisation de ces images, elle aussi, n’est pas neutre. Elles construisent une familiarité avec la figure du soldat en milieu urbain. Elles rendent normale une présence qui, il y a quelques années encore, aurait suscité davantage d’interrogations. On ne prépare pas seulement l’armée à la guerre. On prépare aussi la population à vivre avec l’armée, et on l’a force presque à trouver ça rassurant et nécessaire.
Des soldats qui prennent d’assaut des bâtiments dans nos villes, des blindés sur notre sol, pour qu’on s’y habitue. C’est peut-être là l’effet le plus durable de toute cette séquence.
Encore est il que, que ce soit pour lutter contre le narcotrafic, les menaces d’attentats, ou la répression de la criminalité à Bruxelles, mais aussi en vue des tensions géopolitiques croissantes à l’échelle mondiale, la présence militaire n’est pour le moment ni effective, ni légale et encore moins efficace.

