Le vendredi 27 février, Nora Bussigny, journaliste française d’extrême droite, a été invitée à l’ULB par la faculté de Médecine, pour donner une conférence avec Éric Muraille, professeur de biologie à l’ULB.

Durant cette conférence organisée à l’ULB, plusieurs étudiant.es ont été fiché.es politiquement et affiché.es sur grand écran. Leur identité et supposées appartenances ont été épinglées par le professeur Éric Muraille, sur base de présumés liens politiques, ou d’éventuelle participation à l’occupation d’un bâtiment à l’ULB, les assimilant au « radicalisme » et au « terrorisme« .

Images projetées par Éric Muraille, avec nom prénom, filière et supposées affiliation d’étudiant.es, lors de sa conférence, avec le logo en haut à gauche. Les images ont été floutées par nos soins.

Cette conférence a été autorisée et validée par les autorités académiques à l’ULB, alors même que son annulation a été demandée par plus de 500 étudiant.es, académiques et travailleur.euses de l’ULB. Lorsque l’annulation de ce cycle de conférence a été demandée formellement aux autorités de l’ULB, la réponse du rectorat fut que « l’université ne s’autorise pas à censurer les événements organisés en son sein ». L’an dernier une conférence avec Mohammed Khatib était annulée par les mêmes autorités.

À L’ULB, ON FICHE DÉSORMAIS SES PROPRES ÉTUDIANT.ES POUR LEURS IDÉES

Le vendredi 27 février, un large dispositif sécuritaire était déployé autour de la conférence de Nora Bussigny. La police, dont des policier.ères en civil, était également présente lors de cette conférence.

Selon nos informations, sur des slides projetés sur grand écran durant la conférence, affichant les logos officiels de l’ULB se trouvait les noms complets d’étudiant·es, leur filière, leurs organisations politiques supposées, et parfois leurs origines, dont la mention « Palestinienne » associée à l’un·e d’entre eux·elles. Un doxxing d’étudiant.es pendant une conférence publique donc, devant un parterre de personnalités de droite extrême, comme plusieurs membres du MR, et d’extrême droite.

La conférence portait sur les « Ingérences étrangères et la radicalisation des étudiants« . Elle était organisée par un groupe de professeurs de l’ULB, connus pour leurs positions réactionnaires, dont Eric Muraille et Joël Kotek, qui tentent d’objectifier le complot « islamogauchiste » ainsi que des théories racistes, coloniales, homophobes et transphobes. Ils pensent, par exemple, qu’il y aurait un « syndrome » du palestinisme » qui grangrène la société, ils établissent des parallèles entre le port du hijab à l’université et la collaboration avec le régime nazi, et dénoncent régulièrement ce qu’ils appellent l’« halalisation de l’ULB ».

L’ULB ENCHAÎNE LES POLÉMIQUES RACISTES

L’Université Libre de Bruxelles accumule les controverses à caractère raciste, sans jamais véritablement prendre la défense de ses étudiant·es concerné·es. La plus récente implique le député d’extrême droite Alain Destexhe, qui a publié une liste de noms à consonance maghrébine pour contester le choix de la promotion de droit de nommer leur année « Rima Hassan », un nom de promotion qui avait d’ailleurs été censuré par les autorités de l’ULB le jour des proclamations. Dans la foulée, Eric Muraille s’est lui aussi illustré en répondant à un tweet de Nadia Geerts, qui réclamait publiquement les noms des étudiant·es à l’origine de ce choix, en la redirigeant vers le profil personnel d’un étudiant en droit.

Si l’ULB affirme avoir porté plainte suite à la divulgation de cette liste par Destexhe, elle n’a à ce jour fourni aucune explication sur la manière dont celui-ci a pu se la procurer ni sur les failles qui ont permis que ses étudiant·es se retrouvent ainsi exposé·es. Pour l’instant, aucune information n’est également disponible au sujet d’éventuelles procédures disciplinaires à l’encontre du professeur Eric Muraille, qui multiplie sur les réseaux-sociaux les menaces envers étudiant.es et professeur.es au sein de l’institution ainsi que les interventions racistes. Selon nos informations, un dossier contenant des preuves de ces menaces et de ces interventions racistes a été déposé aux autorités de l’ULB.

En 2023, une autre affaire avait déjà mis l’université en cause. Nadia Geerts avait filmé à leur insu des étudiant·es en train de prier dans un couloir du campus. Les gros titres s’étaient alors déchaînés autour de supposées « salles de prière clandestines à l’ULB ». La réponse de l’institution ? Un mail envoyé à l’ensemble de la communauté universitaire, dont le message principal était avant tout de vouloir rassurer l’extrême droite : « Il n’y a pas de salles de prière à l’ULB, c’est interdit. » Pas un mot pour les étudiant·es filmé·es sans leur consentement, pas un mot de défense, pas un mot de protection.

UNE CONFÉRENCE DE L’ULB OÙ DES JOURNALISTES SONT INTERDITS D’ENTRÉE, ET ÉVACUÉS PAR LA POLICE ?

Les journalistes du média indépendant RésistanceS ont été interdits d’assister à la conférence.

« Devant l’entrée de l’auditoire, deux agents de la société privée de sécurité de l’ULB sont venus devant les deux journalistes de RésistanceS pour les mettre dehors, à la demande de l’organisateur, mais sur aucune base légale. Ce qu’ils ont donc refusé de faire. Suite au refus de sortir, les membres en civil de la police, présents également pour assurer la sécurité de la conférence de Nora Bussigny, sont également arrivés en nombre, avec le même motif, et toujours à la demande de l’organisateur.« 

RésistanceS effectue depuis de nombreuses années un travail de veille antifasciste reconnu, c’est précisément ce travail-là qu’Eric Muraille et l’ULB ont souhaité empêcher ce soir-là. Que ce soit la presse indépendante spécialisée dans le suivi de l’extrême droite qu’on choisisse d’expulser d’une conférence organisée par des professeurs aux accointances assumées avec ce milieu, pose des questions.

ÉRIC MURAILLE ET LA FABRIQUE DU RÉCIT VICTIMAIRE

Pour comprendre cette conférence du 27 février, il faut la replacer dans son contexte. Ce cycle ne surgit pas de nulle part : il a été créé en « réaction directe » aux mobilisations étudiantes qui s’opposaient à la venue de personnalités d’extrême droite sur le campus. Les thématiques abordées, « islamogauchisme », « radicalisation », « ingérences étrangères », ont été choisis pour cibler précisément les luttes sociales qui mobilisent les étudiant·es aujourd’hui, à commencer par la solidarité avec la Palestine.

On peut se demander si Eric Muraille croit vraiment à tout ce qu’il dit dans ses conférences tant il multiplie les inepties. Ce qui semble l’importer davantage que le contenu, c’est la réaction qu’il provoque. Semaine après semaine, tweet après tweet, relayés avec enthousiasme par Georges-Louis Bouchez, Nadia Geerts et autres figures d’extrême droite, il construit un récit victimaire, classique dans le répertoire de l’extrême droite. Ce dernier repose sur deux éléments :

  • Le premier : celui de la victime démocrate. Dans ce récit, Muraille est le « vrai défenseur » des « valeurs de l’ULB », de la liberté académique, de la démocratie elle-même. Les étudiant·es qui s’opposent à ses conférences deviennent, par renversement, les véritables fascistes. C’est lui qu’on censure, lui qu’on violente pour la bonne et simple raison que lui et ses ami.es tentent de sauver la société du péril « woke » et « islamogauchiste ». C’est l’inversion classique de l’extrême droite : les néonazis deviennent des antifascistes et les antifascistes deviennent des néonazis.

  • Le second : celui de l’infiltration. L’université serait gangrenée de l’intérieur par une menace étrangère, islamiste, « islamogauchiste ». Ce récit de « la menace de l’intérieur » vise à délégitimer et réduire au silence, il porte une dimension profondément raciste, comme en témoigne la mention « Palestinienne » affichée sur les slides de fichage, devant un parterre de membres du MR et de l’extrême droite. En outre, cette lecture de « l’infiltration » est caractéristique de l’appréhension idéologique d’extrême droite des phénomènes sociaux et elle flirte régulièrement avec le complotisme. Plutôt que d’envisager qu’une contestation politique est possible sur le campus, par exemple, parce qu’il y a des contradictions sociales au sein de la vie universitaire, l’extrême droite créée des récits visant à expliquer que cette contestation est forcément issue d’influence extérieure, qui viendrait « radicaliser » les étudiant.es et rendre « malade » la vie universitaire. Du complot « judéobolchévique » en Russie au début du 20e siècle, à celui « islamogauchiste » au 21e siècle, la méthode n’a pas changé, seulement le contexte.

Un comité organisateur d’extrême droite et une institution universitaire qui ne dit rien ?

Le comité organisateur de ces conférences « Sciences et société », réunit plusieurs professeurs et « intellectuels » qui partageant une même vision idéologique : Joël Kotek, Marc Uyttendaele, Philippe Golstein, Benoît Van der Meerschen, Guy Haarscher, Ingrid Langer, ou encore Pierre Wauthy doyen de la faculté de Médecine. Uyttendaele, épinglé pour des accusations de violences sexistes et sexuelles n’en serait plus membre. Ces professeurs et « intellectuels » se sont retrouvé.es autour de la défense du projet colonial sioniste en Palestine à la suite du mouvement étudiant en 2024, ainsi que leur volonté de mener des conférences sur des sujets dits « controversées » [sic], soient des théories racistes (en particulier islamophobes), homophobes, transphobes …

Dans un article précédent, publié au sujet d’une conférence homophobe, nous avons épinglé une série de positions racistes, antiféministes et transphobes portées par Éric Muraille, Marc Uytendael, Philippe Golstein, Joël Kotek. Éric Muraille a, par exemple, retweeté Peggy Sartre, qui se dit “féministe anti-MeToo”, et son « enquête » qui ose conclure que  » “20% des femmes jouissent pendant leur viol” et affirme que le viol conjugal est “moins grave”.

L’objectif (non -) avoué de cercle de professeurs est d’influencer les débats à l’ULB vers leurs positions politiques, l’extrême droite. Mais il s’agit de bien plus que cela. Eric Muraille utilise l’ULB comme plateforme pour mener une bataille culturelle fascisante et tenter de la justifier avec le sigle « scientifique ». Les écrits produits sous le logo de l’ULB sont ensuite brandis par le MR, notamment Clémentine Barzin et le Georges-Louis Bouchez, pour attaquer l’université elle-même.

Il est interpellant que l’ULB offre un cadre et une légitimité à des idées si réactionnaires en particulier lorsque les autorités de l’ULB investie dans des campagnes visuelles contre les discriminations et la fascisation sur le campus. Pourquoi se présenter comme luttant contre les discriminations, si l’ULB accorde la parole et signe des conférences réactionnaires et notoirement racistes ? Quelle crédibilité l’ULB donne-t-elle à ses prétendus engagements lorsqu’elle annule Mohammed Khatib et accrédite un personnage comme Éric Muraille ?

D’une main, l’ULB réprime la contestation de gauche et antiraciste, en particulier celle en soutien à la Palestine, sur le campus, de l’autre elle se prétend antiraciste et donne la parole à des racistes.

Sources :


Informations récoltées par Bruxelles Dévie


Bruxelles Dévie, « L’ULB, nouvelle plateforme de l’agenda réactionnaire ? », https://bruxellesdevie.com/2025/12/01/lulb-nouvelle-plateforme-de-lagenda-reactionnaire/


21News, « Des chercheurs de l’ULB lancent un cycle de conférences sur des sujets « sensibles » », https://www.21news.be/des-chercheurs-de-lulb-lancent-un-cycle-de-conferences-sur-des-sujets-sensibles/