Un coup d’état fasciste déjoué en Allemagne

Mercredi 7 décembre 2022, la police allemande lançait une vaste opération contre un réseau d’extrême droite allemand. Le groupe prévoyait des attentats contre des institutions allemandes, dont une qui avait pour but de prendre contrôle du Bundestag (Parlement allemand). Pas moins de 3 000 policier·ères étaient mobilisé·es dans 11 Länder (régions), ainsi qu’en Autriche et en Italie.

La justice explique être confrontée à une organisation structurée, hiérarchisée, dotée d’un « organe central », d’un « bras militaire » et de commissions « justice », « affaires étrangères » ou « santé ». Ce réseau avait « pour objectif de surmonter l’ordre étatique existant en Allemagne et de le remplacer par une forme d’Etat propre […] par l’utilisation de moyens militaires et de la violence contre les représentants de l’Etat « 2. L’idée était de rétablir l’empire allemand (le Reich).

Des préparatifs concrets pour pénétrer dans le Bundestag avec un groupe armé étaient en cours. Parmi les protagonistes, on compte d’anciens militaires dont un ex-lieutenant-colonel de l’armée, fondateur d’un commando d’unité de forces spéciales. Il avait été suspendu pour son implication dans une affaire de possession illégale d’armes à feu à la fin des années 90. Il était prévu qu’il dirige le bras armé du réseau.

Le prince de Reuss, descendant d’une lignée de la haute aristocratie allemande, « était considéré à l’intérieur de son petit groupe comme le futur chef de l’Etat »3. Riche entrepreneur, il possède, entre autres, un château, qui a été perquisitionné. En 2019, lors d’une réunion de chefs d’entreprises, il avait déclaré « Après avoir gouverné pendant des millénaires, ma dynastie a été privée de tout pouvoir après la première guerre mondiale » 3.

Dernière personnalité notable, Birgit Malsack-Winkemann une ancienne députée qui a siégé au Bundestag de 2017 à 2021 pour le parti d’extrême droite AFD. Actuellement magistrate et championne de tir, elle devait être nommée Ministre de la justice du futur gouvernement. Elle avait également pour mission d’aider le groupe armé à prendre contrôle du Bundestag, grâce à sa connaissance parfaite des lieux.

Au-delà des 25 personnes arrêtées, 27 autres étaient visées par l’enquête. Au total, 130 logements, bureaux et entrepôts ont été perquisitionnés, dont, entre autres, la caserne du commando des forces spéciales de l’armée allemande, à Calw (Bade Wurtemberg), dans le Sud-Ouest du pays. Cette caserne était destinée à accueillir les troupes de l’organisation au lendemain du coup d’Etat.

De nombreux membres du réseau étaient liés aux Reichsbürger (« les citoyens du Reich »). Ce groupe fasciste considère l’Etat et ses institutions comme des fictions, et prône le rétablissement du régime nazi5. Les Reichsbürger comptaient 16 000 personnes en 2016, et 21 000 en 2021. La cellule démantelée était « mue par des fantasmes de renversement violent et des idéologies conspirationnistes » 2 et se référait aux Qanon, un groupe conspirationniste d’extrême droite venu des Etats-Unis.

Le président allemand, Frank-Walter Steinmeier, s’est dit « profondément inquiet » face à ce complot, estimant qu’un « nouveau niveau » avait été atteint. Pourtant, les signes du processus de fascisation en cours partout en Europe se multiplient depuis plusieurs années. Il n’est pas question d’un nouveau niveau, mais bien de la suite logique de l’avancée du fascisme (et de l’absence de réponse forte face à l’intensité de la menace).

Au printemps, la police allemande avait démantelé un autre groupe fasciste qui projetait des attentats. Des centaines de manifestant·es d’extrême droite avaient aussi tenté de pénétrer le Reichstag (bâtiment qui abrite le Bundestag) en 2020, lors d’une manifestation. Par ailleurs, en septembre, une opération avait été menée contre une cellule fasciste belge qui projetait, elle aussi, des attentats armés5. Le groupe était également inspiré par les citoyens souverains, au même titre que les Reichsbürger. La militarisation des groupes fascistes est manifeste. Le gouvernement ne s’occupe que des factions qui menacent directement son existence; il est de notre devoir de nous organiser contre la montée de l’extrême droite.

Sources :
https://www.lemonde.fr/international/article/2022/12/07/coup-de-filet-anti-extreme-droite-en-allemagne_6153328_3210.html
https://www.lemonde.fr/international/article/2022/12/07/allemagne-vaste-operation-policiere-contre-un-groupuscule-d-extreme-droite_6153318_3210.html
https://www.lemonde.fr/international/article/2022/12/08/l-allemagne-face-a-une-extreme-droite-violente-et-seditieuse_6153519_3210.html
https://france3-regions.francetvinfo.fr/grand-est/alsace/extreme-droite-en-allemagne-25-personnes-arretees-elles-projetaient-des-attentats-contre-les-institutions-allemandes-2670656.html
https://www.instagram.com/p/CjyDdNBNrJA/