Entre non respect des droits humains et indifférence : Situation déplorable pour les demandeurs d’asiles à Bruxelles

Depuis plus d’un an, le Petit-Château, centre d’arrivée pour les demandeur·ses de protection internationale en Belgique (géré par Fedasil*), est surchargé et ne prend plus compte d’une grande partie des demandes d’asile. On y décompte en moyenne 120 nouvelles demandes chaque jour. Ces exilé·e·s venu·e·s de loin sont pour l’immense majorité d’entre elleux en situation d’extrême précarité et donc dans la nécessité de trouver un accueil digne. En « temps normal », l’Etat belge a l’obligation, par les directives européennes et la loi belge, d’héberger toute personne introduisant une demande d’asile sur son sol depuis le traité de Genève.

Cela fait donc plus d’un an que le centre d’accueil et de répartition des demandeur·ses d’asile enfreint la loi. Cette situation est catastrophique et témoigne de la volonté de l’Etat belge à ne pas mettre les moyens nécessaires dans l’accueil des personnes exilées. En janvier 2022, le Tribunal de première instance bruxellois l’a attaqué en justice pour non-respect des droits fondamentaux concernant l’accueil des demandeur·ses d’asile. De plus, on décompte aujourd’hui plus de 7000 condamnations par le Tribunal francophone du travail de Bruxelles et plus de 150 par la Cour européenne des Droits de l’homme à l’encontre de l’Etat belge. [1]

Alors que nous sommes en plein hiver et que le thermostat passe très régulièrement sous les températures négatives. Les politiques belges continuent de laisser des centaines de personnes en attente de prise en charge de leur demande d’asile dans la rue. De nombreux campements se sont construits en face du Petit-Château depuis plusieurs semaines. On décompte à l’heure actuelle une cinquantaine de personnes campant dans des conditions dramatiques. Ceci est en opposition totale avec les politiques migratoires belges ainsi qu’avec les valeurs défendues par Fédasil qui prétend offrir à tous demandeur·ses un trajet uniforme et « humain ».

Face à cette polémique très médiatisée, Nicole de Moor (CD&V) secrétaire d’Etat à l’Asile et la migration, annonçait le financement de 1200 places dans les centres d’accueil ainsi que l’ouverture de près de 500 places au sein des infrastructures de Fedasil. Il est regrettable que ces solutions n’arrivent qu’en réaction à de fortes polémiques et qu’une grande partie de ces « nouvelles » places ne soit en réalité que temporaires en attendant la fin de la vague de froid.

Un autre partie de ces « 1200 » places ne représentent en réalité qu’un toit suite à cette situation d’urgence. Mais dans les faits, Fedasil doit accueillir les demandeur.ses d’asile et pas uniquement les loger. De plus, la majeure partie des personnes présentes dans ces campements refusent toute offre de logement alternative au Petit-Château, tant ils et elles sont inquièt·e·s de voir leur procédure oubliée s’iels ne sont pas présent·e·s en tout moment pour s’assurer que leur demande soit bien prise en charge.

En contradiction à cela s’ajoute le fait que Théo Francken (NVA), secrétaire d’État à l’asile de 2014 à 2018, ait supprimé 2854 places dans les structures d’accueil collectives et 3600 dans les accueils individuels au cours de l’année 2018 [2]. Ces 6500 places furent jugées non nécessaires et trop couteuses par l’Etat belge. Il est alors inadmissible que celui-ci prétende aujourd’hui être débordé dans l’accueil des personnes exilées alors que des milliers de places supplémentaires étaient bien disponibles il y a quelques années. Les demandeur·es d’asiles payent aujourd’hui les frais de politiques d’extrême droite reniant les droits fondamentaux.

La situation actuelle autour du Petit-Château n’a pas manqué de faire réagir la classe politique raciste belge. En effet, la ministre Zuhal Demir (N-VA) a associé dans une interview les réfugié·e·s à des porcs. “Nos terrains disponibles et nos règles sont partout sous pression : que ce soit pour l’accueil de réfugiés, que ce soit pour faire face à la croissance de la population, ou que ce soit pour l’élevage. C’est peut-être une comparaison un peu bizarre, mais nous ne pouvons pas garder ici des millions de porcs non plus. » [3] Ces mots démontrent une nouvelle fois le réel racisme structurel venu de nos classes politiques à l’encontre des personnes éxilé·e·s.

Dans ce contexte de sous-investissement des centres Fedasil et de l’important phénomène de gentrification autour du quartier canal, le Petit-Château représente plus que jamais un intérêt économique important. Ainsi, le bourgmestre de la ville de Bruxelles Phillipe Close (PS) laissait entendre qu’il serait potentiellement question de déplacer le centre Fedasil vers la périphérie bruxelloise. Le Petit-Château est pourtant la représentation parfaite de dispositifs qui permettent aux quartiers de resister face à la gentrification*. ll faut impérativement que le Petit-Château garde sa fonction actuelle et qu’un réaménagement soit effectué.

Il est plus que nécessaire de s’opposer à ce traitement inhumain orchestré par l’Etat belge, qui comme dit plus haut, a déjà été condamné en justice à de multiples reprises pour le non-respect des décisions judiciaires relatives à la demande d’asile. Aujourd’hui, le constat est clair : plus de 2000 demandeur·ses d’asiles sont à la rue dans des conditions inhumaines. Iels sont chaque jour confronté·e·s au froid, aux maladies, à la faim, mais surtout au désespoir et à l’humiliation qui vient saper toute dignité humaine.

Légende :

*Mathieu van Criekingen, chercheur en géographie à l’université libre de Bruxelles, exprime dans son ouvrage « contre la gentrification » que la résistance à la gentrification au sein des quartiers populaires se fait avant tout par la persistance d’aménagements urbains à vocation sociale. Celui-ci y dissèque le quartier des marolles qui malgré l’intérêt pour ses alentours reste un quartier populaire via la conservation d’un hôpital public, d’une maison de quartier, de logements sociaux et d’un marcher quotidien. Dans cette optique, nous pensons que le petit château représente une parfaite forme de résistance face à la gentrification tant il a une vocation sociale.

Lexique :

-Demandeur·se d’asile : C’est une personne qui sollicite une protection internationale hors des frontières de son pays, mais qui n’a pas encore été reconnue comme réfugié.

-Fedasil : c’est une instance belge qui est responsable de l’accueil des demandeur.es d’asile.

-Centre fermé : c’est un lieu de privation de liberté où sont détenues des personnes en séjour jugé « irrégulier » en attente d’être expulsés.

Sources:

– Crédit image : Tom Denis

-(3) Migration: la ministre Zuhal Demir crée la polémique en associant réfugiés et porcs – Le Soir

-Ceci n’est pas une crise. C’est une honte – La Libre

-Création de nouvelles places pour demandeurs d’asile et sans-abris à Bruxelles (rtl.be)

-Inquiets de voir leur procédure oubliée, les Afghans qui dorment devant le Petit Château refusent la solution d’accueil proposée par Molenbeek – La DH/Les Sports+ (dhnet.be)

-Quand l’Etat s’assied sur des milliers de décisions de justice… – rtbf.be

-Vidéo de @juliettearnould sur Instagram

-Petit Château : des riverains se mobilisent pour dénoncer les conditions des demandeurs d’asile – BX1

-(449) Fedasil : fermeture exceptionnelle du centre d’arrivée du Petit-Château ce jeudi – YouTube

-Procédure d’asile | Fedasil

-(1)La décision de Théo Francken de fermer des centres d’accueil causera la perte de 185 emplois en Wallonie et 124 en Flandre (sudinfo.be)

-Amnesty International France