Violence policière et manoeuvre médiatique à Liège

Lundi 8 mars dernier, la police liégeoise a arrêté une femme en plein centre-ville. Inoffensive au moment de l’arrestation, elle s’est pourtant rapidement retrouvée plaquée au sol par deux policier.ère.s, qui appuient un genou dans son dos. Plusieurs témoins ont rapidement dégainé leurs téléphones pour filmer la scène. 

Un agent à moto est intervenu auprès d’une des personnes qui filmait pour lui dire “filmer c’est une chose, si c’est diffusé…”. Pour rappel, il est légal de filmer un policier en fonction en toutes circonstances. Il est aussi légal de diffuser ces images, tant qu’elles ne relèvent pas de la vie privée et qu’elles ne portent pas atteinte à la dignité des personnes filmées1

Le policier a ensuite demandé la carte d’identité de la personne qui filmait. Celle-ci a répondu qu’elle avait le droit de filmer. L’agent l’a alors menacé de l’embarquer si elle n’obtempérait pas. Deux autres policiers ont entouré la maman, en mettant une main sur l’objectif de la caméra; ils ont ensuite intimé à la mère de se calmer en précisant “si vous n’obéissez pas, vous allez aller en cellule avec vos enfants”.

La vidéo a fait le tour des réseaux sociaux3, et un appel a été lancé pour un rassemblement sur la place Saint-Lambert, samedi 13/03. Ce même jour, StillStandig for Culture organisait des actions à différents endroits de la ville. Les différents cortèges se sont retrouvés place Saint-Lambert vers 15h. Certain.e.s ont manifesté en s’en prenant à la police, d’autres non. D’autres encore ont commencé à danser autour d’un Sound System, quelque part sur la place. 

Pendant plus d’une heure, les forces de l’ordre se sont retrouvées débordées. Des grandes enseignes, des voitures de police, un commissariat et l’hôtel de ville ont été caillassés4. Le dispositif policier a fini par se réorganiser, petit-à-petit, à l’aide de canons à eau et de lacrymogène. L’émeute a pris fin dans la soirée, après que plusieurs manifestant.e.s aient subi un passage à tabac5. Au total, la RTBF compte 9 blessé.e.s, dont 5 policier.ère.s. Il y a fort à parier que le nombre de manifestant.e.s blessé.e.s soit sous-estimé, au vu des témoignages qui circulent.

Dans cette histoire, il nous importait de revenir sur le traitement politique et médiatique de la manifestation. Comme à leur habitude, plusieurs gros médias ont directement expliqué que la manifestation avait été “infiltrée par des casseurs”. Nous ne savons pas s’il s’agit d’une copie du rapport de police, ou de l’avis des journalistes qui ont rédigé ces articles, mais une chose est sûre, ils et elles n’ont pas demandé aux émeutier.ère.s la raison de leur venue.

Les médias mainstream remplissent donc une nouvelle fois leur rôle : donner le point de vue du pouvoir, et le déguiser en expliquant que ce sont des faits objectifs. Il s’agit aussi de séparer le/la “bon.ne” et le/la “mauvais.e” manifestant.e. En réalité, ceci participe activement à la division du mouvement, entre deux camps. Il semble donc bon de rappeler que, historiquement, les mouvements sociaux les plus efficaces ont combiné des tactiques, offensives ou non, pour faire leur force.

Enfin, le monde politique a promptement réagi. Georges-Louis Bouchez (MR), comme à son habitude, s’est attaqué à la “racaille” dans un tweet. Plus inquiétant, Raoul Hedebouw (PTB) a complètement repris à son compte le traitement médiatique de l’affaire en accusant les “casseurs” de voler “le message de la manifestation”. Un blanc vient donc expliquer de manière hautaine comment il faut manifester contre le racisme à des jeunes, majoritairement racisé.e.s.

En conclusion, donc, qu’il s’agisse de la police, des médias traditionnels, de la droite ou de la gauche parlementaire, tout ce petit monde s’accorde sur une vision tronquée des événements et des motivations de chacun.e quant à la manifestation. Nous ne sommes pas dupes. Ce sont eux, et non les prétendu.e.s casseur.se.s qui développent une stratégie pour décrédibiliser un message légitime : stop au racisme et aux violences policières.

Sources : 

  1. PERROUTY, P.A. Directeur de la Ligue des droits humains
  2. FASSIN, D. La force de l’ordre. Une anthropologie de la police des quartiers.
  3. https://cite24.com/arrestation-facon-george-floyd-la-femme-filmant-la-scene-violentee-par-la-police-video/?
  4. https://www.rtbf.be/info/regions/detail_liege-casseurs-vitrines-saccagees-le-premier-bilan-fait-etat-de-9-personnes-hospitalisees-dont-5-policiers?id=10718570&utm_source=rtbfinfo&utm_campaign=social_share&utm_medium=fb_share&
  5. https://www.facebook.com/streetmedicsautonomes/posts/713928122618994