
Une personne en danger de mort, ènième preuve de la dangerosité des pratiques policières
Durant la nuit du samedi 2 mai au dimanche 3 mai 2026, des policiers ont entamé une course-poursuite pour intercepter une camionnette dans laquelle se trouvaient des personnes migrantes. Cette poursuite policière s’est soldée par un accident grave : 8 personnes qui étaient dans la camionnette ont été blessées, dont 2 grièvement. L’une d’elles est actuellement en danger de mort.
L’incident s’est déroulé à Middelkerke, près de la Mer du Nord, point de passage entre la Belgique et l’Angleterre. Les autorités communales expliquent que des policiers ont entamé leur course-poursuite parce que la camionnette aurait tenté d’échapper à un contrôle de police. Des personnes migrantes étaient présentes dans la camionnette au moment de la collision ; d’autres ont été interceptées dans les dunes à proximité de l’accident.
UNE TRAQUE RENOUVELÉE DES PERSONNES MIGRANTES
Le bourgmestre de Middelkerke, Jean-Marie Dedecker (N-VA), explique que les autorités doivent durcir les contrôles pour éviter qu’une « seconde « Jungle » […] émerge comme de l’autre côté de la frontière à Calais » avec des campements de personnes qui veulent traverser la mer pour aller au Royaume-Uni.
Début avril 2026, 28 personnes migrantes avaient également été interpellées à Knokke-Heist, après le signalement d’un riverain. La police a en effet invité les citoyen·nes à signaler toute « situation suspecte liée aux traversées de small boats ». Les contrôles se multiplient et la traque de migrant·es se poursuit, jusqu’à mobiliser les citoyen·nes pour entraver les déplacements de personnes que l’Etat considère comme indésirables.
Cette mobilisation des citoyen·es contribue non seulement à mettre en danger des personnes migrantes, notamment en les exposant à des violences policières, mais elle participe également à créer un climat de méfiance à l’égard de personnes vulnérables, notamment des personnes non blanches ou encore des personnes qui sont à l’extérieur la nuit, faute d’hébergement.
Si l’objectif affiché est la « traque de passeurs », ce genre de discours et de politiques alimentent avant tout un climat de peur, exacerbent le racisme envers les personnes migrantes, et mettent en danger les vies de personnes déjà précarisées.
Derrière le vocabulaire sécuritaire de « contrôle », « interception », « signalement », se dessine la criminalisation des personnes migrantes. Fuir la guerre, la persécution ou la misère n’est pas un crime. Chercher une vie meilleure n’est pas un crime. Et pourtant, ces personnes sont traquées, arrêtées, blessées, parfois tuées pour leur simple présence sur le territoire.
Cette criminalisation est nourrie par un discours politique et un langage déshumanisant qui préparent le terrain à des pratiques qui seraient inacceptables si elles visaient d’autres populations.
Criminaliser la migration, c’est aussi légitimer certaines pratiques répressives, c’est créer les conditions dans lesquelles une course-poursuite contre une camionnette de personnes exilées peut sembler proportionnée, normale, nécessaire, alors qu’elle ne l’est pas.
LE DANGER DES COURSES-POURSUITES POLICIÈRES
Depuis les nombreux décès provoqués par la police lors de courses-poursuites, des voix s’élèvent pour en dénoncer les dangers et les utilisations abusives, comme la Ligue des Droits Humains :
« Ces pratiques policières ne sont pas suffisamment encadrées et certaines atteintes au droit à la vie ne sont pas sanctionnées par l’institution judiciaire. La Ligue des droits humains recommande qu’en l’absence de danger réel et imminent, les courses-poursuites soient interdites.»
Rien qu’en 2025, Fabian, Jidel, Christophe, Amine, Adam, Laetitia ont été tué·es ou blessé·es parce qu’iels ont été percuté·es par un véhicule de police. Dans toutes ces situations et dans cette course-poursuite-ci, l’usage d’une vitesse excessive et dangereuse pour traquer des personnes était-il justifié par une urgence ou un danger menaçant l’intégrité physique de quiconque ?
Toutes nos pensées et notre soutien vont aux victimes de violences policières.

