Centralisation, augmentation des moyens, fusion des commissariats: d’ici 18 mois, il n’y aura plus qu’une seule zone de police

Mercredi, la loi actant la fusion forcée des six zones de police bruxelloises a été adoptée au Parlement Fédéral. La majorité ainsi qu’Anders et Ecolo-Groen (moins l’abstention de Claire Hugon) ont soutenu la loi, le PS, DéFi et le PTB ont voté contre. Le Vlaams Belang s’est abstenu.
À partir du 1er janvier 2028, Bruxelles ne comptera plus qu’une seule zone de police, avec 6.500 agent·es placé·es sous un commandement unique, et un budget de 65 millions d’euros étalée sur 5 ans débloqué spécialement pour cette fusion en 18 mois. Actuellement, Bruxelles fonctionne avec 6 zones de police locales différentes pour les 19 communes. Chaque zone couvre plusieurs communes et possède sa propre hiérarchie, son budget et ses priorités. Le ministre de l’Intérieur Bernard Quintin (MR), qui a porté ce projet comme la pièce maîtresse de son action sécuritaire à Bruxelles, et notamment dans le cadre de ladite « guerre contre la drogue » , a obtenu ce qu’il voulait.
La fusion des zones de police bruxelloises est une revendication ancienne des partis nationalistes flamands, qui y voient depuis des années un levier pour renforcer le contrôle sur une capitale qu’ils considèrent comme « mal gérée« .
« La situation sécuritaire actuelle démontre chaque jour un peu plus la nécessité d’une zone de police unique à l’échelle de la capitale, dotée d’un commandement unique, d’une force d’intervention plus grande et d’une stratégie claire», ( Bernard Quintin, à la presse après le vote à la Chambre.)
L’argument de la fausse efficacité de la police a toujours été le cheval de Troie des réformes sécuritaires les plus répressives. Augmenter les moyens et la centralisation des forces de l’ordre à Bruxelles n’est ni neutre, ni sans risques. Les résultats de centralisation vont s’exercer sur des corps, des quartiers, des communautés, et se retournent presque toujours contre les plus vulnérables et les plus marginalisés.
Là où six zones permettaient, au moins en théorie, des approches légèrement différenciées, des expérimentations locales, et permettait des formes de pression citoyenne à une plus petite échelle, il n’y aura désormais qu’une seule ligne, tracée depuis un seul bureau. 6.500 agent.es aux ordres d’un seul chef. Toute la philosophie concrète du maintien de l’ordre qui dépend d’une nomination, ce qui concentre encore davantage les logiques répressives : plus on est haut, moins on s’aperçoit des spécificités d’un quartier, plus on envoie les forces de l’ordre réprimer en suivant l’avis médiatique et politique en vigueur sur lesdits « quartiers sensibles », sur les quartiers populaires.
Une structure dans laquelle les communes, les habitant·es, les associations de quartier n’auront plus aucune prise réelle. Les 65 millions d’euros annoncés financeront donc une machine répressive plus grande, plus coordonnée, et encore plus difficile à contester.
L’association des communes bruxelloises, Brulocalis, a d’ailleurs annoncé qu’elle introduirait un recours devant la Cour constitutionnelle contre la loi.
La loi fixe un délai de 18 mois à partir de sa publication au Moniteur pour que la nouvelle zone soit opérationnelle. D’ici janvier 2028, donc, la police bruxelloise devra s’être débrouillée pour regrouper son personnel, ses bâtiments et ses méthodes de travail sous une même chaîne de commandement.

