En moins de 4 mois, près de 1 000 personnes ont déjà perdu la vie en Méditerranée . C’est le bilan provisoire que dressent les données compilées par l’Organisation Internationale pour les Migrations (OIM) : au moins 983 mort·es ou disparu·es entre le 2 janvier et le 4 avril 2026. Au moins 655 personnes sont mortes ou portées disparues en Méditerranée en janvier et février 2026, contre 287 à la même période en 2025, soit plus du double.

Un chiffre qui fait de ce début d’année le plus meurtrier depuis que l’OIM a commencé à tenir ces statistiques, en 2014.

Les données montrent deux pics meurtriers particulièrement brutaux : le 14 janvier (176 personnes) et le 20 janvier (106 personnes), concentrant à eux seuls près d’un tiers du bilan total des deux premiers mois.

Des naufrages à la chaîne

Depuis le début de l’année, la tragédie se répète, semaines après semaines. Aux premières heures du 1er avril, les garde-côtes italien·nes ont repêché 19 corps à bord d’une embarcation dérivant à environ 135 kilomètres au large de Lampedusa. Des survivant·es ont raconté qu’après la panne de leur embarcation, ils et elles avaient dérivé pendant plusieurs jours dans des conditions météorologiques extrêmes.

Quatre jours plus tard, le 5 avril, une nouvelle catastrophe : plus de 70 personnes sont portées disparues en Méditerranée centrale à la suite du naufrage d’une embarcation qui a fait au moins deux mort·es. 32 personnes ont pour l’instant été secourues. L’embarcation « en bois » était partie la veille de Libye avec à son bord 105 femmes, hommes et enfants.

Les survivant·es de ce naufrage ont déclaré avoir été secouru·es non pas par les garde-côtes, mais par un navire commercial qui les a conduit·es sur l’île de Lampedusa.

Une politique européenne de dissuasion par la mort.

Les gouvernements européens ont quasiment cessé de surveiller et d’assister les petites embarcations tentant la traversée. Cette tâche est désormais principalement assurée par quelques organisations caritatives gérées par des bénévoles, comme Sea-Watch.

Pour les ONG présentes en mer, la responsabilité de ces morts est clairement identifiable.

« Ce dernier naufrage n’est pas un tragique accident, mais bien la conséquence des politiques des gouvernements européens qui refusent d’ouvrir des voies d’accès sûres et légales », a écrit Mediterranea Saving Humans.

En Libye, point de départ de la majorité des traversées, un rapport des Nations Unies alerte sur la situation : des migrant·es, demandeur·ses d’asile et réfugié·es sont arrêtés de force, séparé·es de leurs familles, arbitrairement détenu·es, puis transféré·es vers des centres officiels ou illégaux, où ils subissent des détentions prolongées et sont contraints, par la torture et des traitements inhumains, de payer pour leur libération.

Le mois dernier, les députés européens ont adopté une loi sur les « pays d’origine sûrs » qui facilité encore plus la déportation des personnes migrantes, ouvrant la voie à des expulsions de masse. D’autres textes ont jeté les bases de « centres de retour » dans des pays non membres de l’UE vers lesquels les personnes migrantes et les réfugié·es pourraient être renvoyé·es.

Selon la base de données de l’OIM sur les migrant·es disparu·es, 34 570 réfugié·es ont péri en Méditerranée depuis 2014.

Depuis plus d’une décennie, les gouvernements européens ont méthodiquement démantelé les dispositifs de sauvetage en mer, externalisé la répression migratoire à des régimes comme la Libye et criminalisé les ONG qui tentent de pallier l’absence des États. Chaque mort·e est une conséquence d’une politique calculée dont l’objectif affiché est de « décourager » les traversées.

« L’ère de la déportation a commencé » (Charlie Weimers, parlementaire européen)

Pendant ce temps, le Parlement européen vote des lois d’expulsion de masse, planifie des « centres de retour » dans des pays tiers, et des dirigeants de droite comme de gauche se félicitent de « renforcer les frontières ». Un nouveau consensus se dessine en Europe.

Si les gouvernements européens ne cessent de renchérir dans un concours de fermeture des frontières, les conséquences sont funestes pour un nombre toujours plus élevé d’êtres humain·es contraint·es de prendre toujours plus de risques pour échapper à la misère, la répression ou la guerre.