
Trois ans après la mort de Sourour Abouda dans une cellule « RAC » de la police fédérale de la zone de police Capitale Ixelles, à Bruxelles, la famille obtient enfin une reconnaissance individuelle des responsabilités.
Ce mardi 14 avril 2026, à l’issue de l’audience de clôture de l’instruction à la chambre du conseil, les avocat·es de la famille ont annoncé que les huit policiers identifiés dans l’enquête seraient cités nominativement dans le réquisitoire du ministère public. Une étape cruciale, et une première victoire symbolique pour la famille et les proches qui se battent depuis janvier 2023 pour que la justice et la vérité soient rendues.
Dès la conclusion de l’enquête, le parquet général avait déjà requis le renvoi de la zone de police en tant qu’entité pour homicide involontaire par défaut de prévoyance ou de précaution. Pour la première fois, une zone de police a été mise en cause en tant qu’institution dans le cadre d’une mort consécutive à une intervention policière.
La question est désormais de savoir si cette responsabilité sera également portée, individuellement, par chacun des agents concernés en procès. Une première étape a été franchie, celle de la reconnaissance de la nécessité d’entendre les policiers à titre individuel sur leurs responsabilités.
Depuis le début de l’affaire, la famille exigeait que des personnes soient désignées, et non qu’une institution, la zone de police Bruxelles-Capitale/Ixelles, soit seule mise en cause.
Parmi les 8 policiers ciblés, deux sont ceux qui ont conduit Sourour Abouda au commissariat la nuit du 12 janvier 2023, après l’avoir interpellée rue Américaine à Ixelles. Les 6 autres assuraient la surveillance de la cellule du centre administratif de la police fédérale, rue Royale, où elle est décédée deux heures plus tard.
Cette citation individuelle pourrait marquer une rupture avec une tendance fréquemment dénoncée dans les affaires de violences policières : celle de diluer les responsabilités individuelles pour éviter que des agents soient personnellement mis en cause et maintenir l’impunité structurelle de l’institution policière.
Ce résultat est aussi le fruit d’une mobilisation collective et tenace. Cinq membres de la famille de Sourour Abouda se sont constitués partie civile contre les huit policiers et contre la zone de police Bruxelles-Capitale/Ixelles. Une démarche judiciaire lourde, émotionnellement et financièrement, mais qui témoigne d’une volonté inébranlable de ne pas laisser cette mort sans réponse.
Il serait prématuré de crier victoire totale pour la famille, car cette citation ne garantit pas le renvoi des policiers devant le tribunal correctionnel, le non lieu étant toujours possible.
La prochaine échéance est fixée au 23 juin, date à laquelle la chambre du conseil devra encore trancher : y a-t-il lieu de renvoyer les agents en correctionnelle ?

