Rassemblement antifasciste à Gand contre la venue de Filip Dewinter : Analyse d’une stratégie

Le jeudi 1er décembre 2022, une manifestation et un contre rassemblement informel ont eu lieu pour empêcher la promotion du livre sur le « grand remplacement » de Filip Dewinter (Vlaams Belang) à l’Université de Gand. Des militant·es antifascistes se sont infiltré·es dans la conférence organisée par le KVHV (un groupe d’étudiants d’extreme droite, nationaliste et catholique) et l’ont dûment saboté via plusieurs actions directes la rendant inaudible. 

Vers 18h, une manifestation réunissant plus de 650 personnes est partie de l’Université de Gand pour se rendre jusqu’au Vooruit (complexe culturel), afin d’y écouter des conférences antifascistes. Cette manifestation avait pour endroit de départ l’ancien lieu de conférence de Filip Dewinter qui avait été changé face à la mobilisation antifasciste. Au même moment, quelques dizaines de militant·es antifascistes s’infiltraient là où elle avait été déplacée, dans le campus Aula.

De légères confrontations physiques ont eu lieu entre antifascistes et fascistes. Des étudiants de la KVHV ont tenté de déployer une banderole raciste, « wij zwegen niet » (« nous ne restons pas silencieux [face au grand remplacement] ») dans le hall d’entrée du bâtiment; quelques bousculades et jets de projectiles les salissant ont eu lieu. Des membres d’un autre groupe fascistes, Voorpost, étaient également présents. 

La police en civil est rapidement intervenue pour séparer les deux groupes. La conférence a tout de même eu lieu en retard et elle a été rendue inaudible par le groupe de militant·es présent·es dans la salle, qui ont hué systématiquement Filip Dewinter, à chaque tentative de parole. A la fin de la conférence, alors que les gens sortaient, la police a contrôlé toutes les personnes suspectées d’être des antifascistes, selon leurs critères. Trois personnes seront arrêtées administrativement. 

Un peu plus tôt, un autre groupe a subi une arrestation musclée absolument disproportionnée : une dizaine de combis et une quarantaine de policiers anti-émeute pour un groupe de 9 personnes. Selon nos informations, le groupe aurait été arrêté pour « comportement suspect » alors qu’il se baladait dans le centre de Gand. Les 9 seront embarqué·es au commissariat et détenu·e·s jusqu’à la fin de l’évènement. La police a donc effectué une arrestation préventive injustifiée. Les 12 personnes seront relâché.e.s vers 23h30 le jour-même. 

Plusieurs choses sont à noter sur le déroulement du blocage de la conférence. Premièrement, nous pouvons nous questionner sur la stratégie derrière le parcours de la manifestation : pourquoi, après le changement de lieu de conférence, connu pourtant depuis plusieurs semaines, ne s’est-elle pas redirigée vers le nouveau lieu ? Pourtant le rapport de force sur place a priori n’allait pas dans le sens des antifascistes, qui étaient déforcé·e.s, entouré·e.s d’un dispositif policier en surnombre et d’individus d’extreme droite venus assister à la conférence. 

D’autant plus que cette manifestation rassemblant plusieurs centaines de personnes s’est rendue au Vooruit pour y faire des conférences, alors qu’à quelques dizaines de mètres de là seulement, se déroulait une conférence fasciste, qui aurait eu lieu absolument sans embûche, si les quelques militant·es déterminé·es n’avaient pas été là. Filip Dewinter aurait pu tranquillement déverser sa haine raciste dans l’espace public.

L’antifascisme n’est pas un combat d’idées; la haine fasciste n’est pas un discours entendable. Nous ne débattons pas avec l’extrême droite. La lutte antifasciste n’est pas une protestation symbolique, si nous considérons qu’il faut empêcher toute prise de parole fasciste dans l’espace public, c’est parce qu’elles sont réellement dangereuses pour l’intégrité de certaines parties de la population. Les fantasmes de grand remplacement engendrent des tueries de masses et nourrissent le terrorisme suprém4ciste blanc. Les conséquences du fascisme sont bien matérielles et elles nous imposent de le combattre matériellement.

Dès-lors, nous comprenons mal les stratégies antifascistes institutionnelles, qui mobilisent énormément de monde pour finalement laisser l’espace aux fascistes. Nous ne rejettons pas l’idée de deux points de rendez-vous, l’un pour organiser des conférences et l’autre pour bloquer, afin d’éviter la confrontation avec les fascistes et la police pour certain.e.s ,de manière à inclure tous les différents modes d’action. Mais les résultats électoraux et le climat actuel belge nous le montrent bien : l’antifascisme aura besoin de plus que des conférences pour empêcher la recrudéscence fascisme.

Continuons la mobilisation contre la campagne de Filip Dewinter :Organisons-nous !