Au moins 5 décès liés à la police belge en 2021

TW : violence policière.

En Belgique, 2021 a été le théâtre d’au moins cinq décès dans lesquels les forces de l’ordre sont impliquées, sans que l’on ne puisse trancher exactement sur leur degré d’implication. Ibrahima, Ilyes, Mounir, Mohamed-Amine et un homme de 42 ans dont nous n’avons pu trouvé le nom. 2021, c’est aussi l’année où le non-lieu a été confirmé pour les policier.ère.s impliqués dans l’affaire Lamine Bangoura (« le George Floyd belge »), celle où le policier qui a tué Mawda, a été condamné à 10 mois de prison avec sursis.

Dans la soirée du 9 janvier 2021, il y a précisément un an, Ibrahima, 23 ans, décède d’une crise cardiaque dans le commissariat de la Gare du Nord. Sa famille n’est alertée par la police que tard dans la nuit, plusieurs heures après le décès. Arrivé à l’hôpital, le médecin explique à sa sœur qu’il avait plusieurs hématomes sur le corps. Les images des caméras de surveillance du commissariat n’ont pas été rendues publiques. Il s’agissait pourtant d’une des revendications de la manifestation du 13 janvier, qui avait viré à l’émeute.

Le 19 janvier, Ilyes, un algérien de 29 ans, est retrouvé mort dans le commissariat de la rue Royale, à Bruxelles. Arrêté la veille pour un vol, le décès du jeune homme n’est notifié qu’à 13h45. Les versions divergent, mais selon les analyses de surveillance en image et de l’autopsie, l’homme était inanimé depuis 23h39 et serait mort vers 4h du matin, soit près de 10h avant la constatation du décès. Les cellules sont pourtant toutes équipées de caméras de surveillance.

Dans la nuit du 29 au 30 juillet, Mounir se fait arrêter à Schaerbeek, près de la place Liedts. Il décède le 30 juillet à l’hôpital, malgré les tentatives de réanimation. Selon la police, Mounir aurait fait un crise cardiaque dans l’ambulance entre le lieu d’intervention et l’hôpital. Il est mort d’une hémorragie au cerveau le lendemain. La sœur de Mounir explique que son visage « était balafré de partout comme s’il avait reçu des coups ».

Dans la nuit du 10 au 11 octobre, un irakien de 42 ans est quant-à-lui décédé dans une cellule de police de Coxyde (Flandre Orientale). Arrêté pour complément d’enquête dans une affaire de trafic d’êtres humain.e.s, l’homme avait fait des tests médicaux négatifs avant d’être emmené à sa cellule vers 3h10 du matin. Il est décédé 5h plus tard, juste après avoir donné l’alarme sur son état via un interphone et s’être effondré.

Plus récemment, le lundi 13/12, Mohamed-Amine trouvait la mort dans le même commissariat qu’Ilyes. Les explications policières des décès présentent d’ailleurs de grandes similitudes : le décès de Mohamed-Amine a lui aussi été constaté plusieurs heures en retard, vers 14h, les policier.ère.s croyant « qu’il dormait ». Un médecin avait pourtant confirmé son bon état de santé après son arrestation, pour permettre son incarcération.

Hicham, ami de Mohamed-Amine arrêté en même-temps que lui témoigne l’avoir entendu crié très fort « puis plus rien » [7]. Il explique aussi : « Au commissariat, les policiers savent où sont les caméras. Ils nous frappent quand ils savent qu’ils ne seront pas filmés. » Une fois n’est pas coutume, la version policière diffère de celle des témoins, et il sera difficile de faire avancer le dossier de justice.

Enfin, 2021 c’est l’année où les policier.ère.s impliqué.e.s dans le décès de Lamine Bangoura ont reçu un non-lieu (c’est-à-dire qu’ils et elles ne seront pas poursuivi.e.s). Il avait pourtant subi une clé d’étranglement et un placage ventral double d’un genou sur la nuque avant de mourir d’asphyxie. A noter : les 8 agent.e.s se sont entretenu.e.s avant de se faire interroger. Des journalistes ont prouvé que leur version était parsemée de mensonge en mettant la main sur les enregistrements policiers du jour J, en 2018. Après 3 ans, la famille a enfin récupéré le corps du défunt.

Comme dans la plupart des décès liés à la police, l’entièreté des personnes dont nous venons de parler sont racisées*. Ceci est le symptôme d’une police structurellement raciste, dont les actes soutiennent et perpétuent un système raciste [9]. ll ne s’agit pas de bavures ou de faits isolés mais bien d’un problème global qui est constitutif de la police depuis des décennies.

De la même manière : le diagnostique d’une police structurellement raciste, se pose aussi à l’institution judiciaire, qui, entre non-lieu, et condamnation dérisoire (cf. condamnation du policier pour le meurtre de Mawda, a 10 mois de prison avec sursis, pour « homicide involontaire » [10]) participe également au maintien et à la défense de ces pratiques racistes systémiques.

Nos pensées vont aux familles des victimes.

* Personne victime de racisation (assignée à une race sur base de critères subjectifs) et subissant les discriminations structurelle sur cette base.

1) https://www.lesoir.be/…/deuxieme-deces-en-un-la-garde…
2) https://www.sudinfo.be/…/un-homme-decede-visiblement-de…
3) https://bx1.be/…/schaerbeek-la-famille-de-mounir…/
4) https://www.rtl.be/…/mounir-decede-dans-des…
5) https://www.instagram.com/p/CJ5xiW6lhrP/
6) https://bruxelles-panthere.thefreecat.org/?p=5047&
7) https://zintv.org/carte-blanche-suite-au-deces-de…/
8) https://information.tv5monde.com/…/violences-policieres…
9) Mahtieu Rigouste, « La domination policière » ; Didier Fassin « La force de l’ordre » ; …
10)https://www.lesoir.be/…/affaire-mawda-la-peine-du…