Génocide des Ouïghours : fascisme et nouvelles technologies

Les Ouïghour·e·s sont un peuple minoritaire musulman sunnite en Chine; ils sont turcophones et habitent la région de Xinjiang dans le nord-ouest de la Chine. Au nom de la lutte contre le terrorisme dans cette région, le pouvoir central chinois cible cette minorité depuis 2010. Contrôle des naissances, stérilisations forcées, internements arbitraires dans des camps de travail, mariages contraints entre femmes ouïghoures et hommes hans (ethnie majoritaire en Chine), surveillance continue, contrôle des déplacements, vente et trafic d’organes des prisonnier·ère·s. C’est ce à quoi sont confrontés les Ouïghour·e·s au quotidien. En plus de cela, Pékin organise des  déplacements de population vers le Xinjiang dans le but que les Hans y dépassent les Ouïghour·e·s en nombre.

Cette surveillance de masse est rendue possible grâce aux nouvelles technologies que détient la Chine (intelligence artificielle, reconnaissance faciale, base de données) que l’Europe chérit tant. (1)

Des camps de concentration nommés «centres de formations professionnelles», «centres de rééducation» ou encore «camps de déradicalisation» sont apparus dès 2017. Les Ouïghour·e·s y sont forcé·e·s d’apprendre le mandarin, réduit·e·s au travail forcé, torturé·e·s, agressé·e·s sexuellement, tué·e·s et se voient injecter certains médicaments. Toutes leurs libertés sont restreintes voire supprimées et les Ouïghour·e·s jugé·e·s les plus croyant·e·s sont forcé·e·s de manger du porc et de boire de l’alcool. Ils et elles sont entre 1,5 millions et 3 millions à être emprisonné·e·s, soit jusqu’à 26% de la population ouïghoure totale (11,3 millions de personnes).

Les dernières révélations mettent au jour la stérilisation forcée, comme le témoignage  de Qelbinur Sidik Be convoquée en 2017 (2) : « Quand ça a été mon tour, il n’y a pas eu d’examen gynécologique ni d’entretien. On m’a fait m’allonger et écarter les jambes, et on m’a introduit un stérilet. Ça a été d’une violence terrible. Je pleurais, je me sentais humiliée, agressée sexuellement et mentalement. Mais je travaillais dans un camp, je savais ce qui m’attendait si je refusais. »

Elle poursuit : « Ils se sont mis à arrêter des gens la nuit. Dans mon immeuble, les habitant·e·s du premier, du deuxième et du quatrième étage ont disparu les un·e·s après les autres, et un autocollant «ne pas entrer» a été placardé sur leur porte. À l’école, mes petits élèves pleuraient en demandant pourquoi on leur avait enlevé leur mère. Chaque soir, je me couchais toute habillée, car je ne voulais pas être emmenée en pyjama .»

En 1945, 6 millions de juif·ve·s ont été tué·e·s pendant la Shoah, soit 40% de la population juive mondiale. Aujourd’hui, on parle de génocide des Ouïghours par le gouvernement chinois. Ces deux horribles épisodes sont le résultat d’une politique fasciste s’attaquant à toutes les minorités. Le rejet de la différence, c’est cette même idéologie d’extrême-droite qui prend de plus en plus de place dans les gouvernements européens (Belgique, Espagne, Italie, Grèce, Suède, Hongrie, Autriche, Croatie, Bulgarie…).

Comment mettre une terme à cet folie génocidaire? Comment empêcher cette situation de se reproduire ? Doit-on rester passif face à l’arrivée de ces nouvelles technologies ? À l’avenir, qui aura accès à ces bases de données et à quelles fins seront-elles utilisées ? Il est temps de ne plus esquiver ces questions et d’y répondre avec fermeté.

  1. https://plus.lesoir.be/281439/article/2020-02-19/la-commission-europeenne-ne-veut-pas-interdire-la-reconnaissance-faciale
  2. https://www.rfi.fr/fr/podcasts/20200721-%C3%A0-la-une-cette-longue-enqu%C3%AAte-les-ouighours-publi%C3%A9e-lib%C3%A9ration