Ce jeudi 26 mars avait lieu à Louvain la marche annuelle d’extrême droite organisée par l’association étudiante néonazie, NSV, qui appelait à la « remigratrion », un concept raciste promu par les mouvances identitaires visant le renvoi hors du territoire de personnes perçues comme d’origine étrangère. Elle rassemblait de nombreux groupuscules fascistes venus de différentes villes belges, allemandes, françaises, italiennes et hollandaises. Face à cet événement, plusieurs mobilisations antifascistes ont été organisées, rassemblant plus de 1 000 personnes.

En marge du cortège, de violents affrontements ont éclaté dans le centre-ville après que des militants fascistes ont tenté d’attaquer un bar dans lequel un événement antifasciste se déroulait.

Retour sur la chronologie d’une soirée où policiers et militants néo-nazis ont consécutivement tenté d’attaquer et réprimer les militant·es antifascistes :

Dès 12h, des contrôles rapprochés ont été effectués dans la gare de Louvain pour tenter d’intimider les militant·es antifascistes venus pour protester contre la tenue de cette marche. Dès le début de l’après-midi, un important dispositif policier a été déployé dans plusieurs points stratégiques de la ville.

Aux alentours de 18h, le cortège antifasciste s’est élancé dans les rues de la ville, avant de se disperser vers 20h30 à proximité de la gare. Durant l’entièreté de la contre-manifestation, et ce alors qu’elle se tenait à distance et en amont de la marche du NSV, un important dispositif policier était présent pour « encadrer » le cortège antifasciste.

À la fin de cette manifestation, alors qu’un point d’arrêt avait été marqué à la gare de Louvain, plus de 300 militant·es antifascistes se sont dirigé·es vers le trajet de la manifestation du NSV, qui venait tout juste de commencer. La tentative de blocage du cortège fasciste a rapidement été rendue impossible par les forces de police rue Bondgenotenlaan. Les militant·es antifascistes ont en effet fait face à un très large dispositif, deux auto-pompes, des policiers anti-émeutes et la brigade canine, qui les a tenus à près d’une centaine de mètres du parcours fasciste, permettant ainsi à la marche du NSV de se dérouler sans entrave.

Après que les forces de l’ordre ont ainsi largement protégé cette marche fasciste, plusieurs centaines de militants antifascistes se sont dirigés vers un bar du centre-ville où se tenait une soirée antifasciste. Le mot d’ordre selon les organisateur·ices du rassemblement antifasciste était de « protéger le bar contre la possibilité d’attaques fascistes».

Peu après qu’un cortège spontané se soit élancé en direction du bar, la police a décidé de bloquer l’avancée des manifestant·es antifascistes, les empêchant physiquement de rejoindre le lieu. C’est à ce moment, après que la police a bloqué les renforts antifascistes, que des affrontements ont eu lieu entre militant·es et forces de l’ordre.

C’est dans ce contexte, une fois les renforts antifascistes neutralisés par la police, que près d’une centaine de manifestant·es néo-azis se sont dirigés vers le bar. Des images d’une grande violence diffusées sur les réseaux sociaux montrent des dizaines de militants néo-nazis attaquer consécutivement l’établissement.

Selon plusieurs témoignages et images recueillies, les membres des groupuscules néonazis, composés en grande partie de hooligans d’extrême droite, ont tenté d’attaquer les personnes présentes dans le bar. Des images montrent que les militants néo-nazis étaient accompagnés de policiers, qui sont allés jusqu’à mener les charges à leurs côtés, et qui ont fait preuve d’une complaisance à l’égard de ces attaques de fascistes toute la soirée.

Une vidéo montre également un policier en civil prendre dans les bras un militant néo-nazi dans le cortège, alors que des affrontements entre antifascistes et policiers ont lieu juste derrière.

Une large mobilisation fasciste attendue : des militants et hooligans néo-nazis venus de nombreuses villes européennes

Contrairement aux déclarations publiques, cette marche européenne de la « remigration » qui se voulait être massive n’a rassembler que quelques centaines de personnes, venues de toute l’Europe, et dont une large partie était en réalité des hooligans néo-nazi venus pour chercher l’affrontement et en aucun cas des membres proches du NSV.

Parmi les personnalités d’extrême droite présentes figurait Tom Van Grieken, figure de proue du Vlaams Belang, dont la présence aux côtés de groupuscules néo-nazis et hooligans violents témoigne de la porosité entre la droite nationaliste institutionnelle et l’extrême droite radicale. Tom Van Grieken a également fait partie du NSV dans sa jeunesse.

Groupes et organisations présentes

Qui est le NSV ?

Le Nationalistisch Studentenverbond (NSV) est une organisation d’extrême droite radicale qui fonctionne depuis des décennies comme vivier de recrutement pour le Vlaams Belang et d’autres groupuscules fascistes. Fondé sur une idéologie ethno-nationaliste flamande, le NSV promeut ouvertement des idées racistes : le rejet de toute présence non-européenne en Belgique, la défense d’une « identité flamande ethniquement pure », et la « remigration ». Le NSV ne cache pas non plus ses références esthétiques et symboliques au nazisme. Ses codes visuels, couleurs, typographies, iconographie, reproduisent délibérément l’imagerie nazie. Le NSV s’inscrit par ailleurs dans un réseau de groupes ultranationalistes et ultracatholiques qui exercent une pression active sur les écoles et universités flamandes, répriment systématiquement les voix progressistes dans ces espaces, et servent de porte d’entrée vers des organisations plus radicales comme Project Thule ou Schild & Vrienden.

Parmi les participants, on comptait notamment :

  • Des groupes hooligans venus de France, dont Paris, Angers, Toulouse, des Pays Bas et de nombreuses villes flamandes, notamment ceux du Beerschot, connus pour leurs accointances avec les idées fascistes
  • Des groupuscules identitaires français, allemands, hollandais, irlandais, espagnols, polonais et italiens, suisses.
  • Le mouvement de jeunesse allemand du groupe Heimat, descendant d’anciens militants d’extrême droite du « Parti socialiste du Reich » et du « Parti impérial allemand ».
  • Des monarchistes catholiques français
  • Des groupes portant des drapeaux flamingants
  • des membres du Project Thule, un des franges la plus violente du néo-nazisme flamand

Project Thule est une organisation néo-nazie suprémaciste qui adhère ouvertement au suprémacisme blanc, au nazisme, au paganisme et au nationalisme flamand. Apparu autour de 2019 après la réémergence du leader néo-nazi Tomas Boutens, Project Thule est construit sur les bases du groupe néo-nazi Bloed, Bodem, Eer & Trouw, qui avait tenté de devenir le chapitre flamand de Blood and Honour: Combat 18, réseau néo-nazi international dont le « 18 » fait référence aux initiales d’Adolf Hitler. L’organisation est composée de quelques dizaines d’extrémistes d’extrême droite, dont beaucoup ont un passé militaire, ses dirigeants sont des vétérans de l’invasion de l’Afghanistan menée par les États-Unis. Plusieurs de ses membres ont été condamnés et emprisonnés pour complot en vue de commettre des attentats terroristes, trafic et détention d’armes, et divers actes de violence.

Ce ralliement de nombreux groupes différents démontre bien que, localement, les groupuscules néo-nazis ne sont pas suffisamment nombreux pour mobiliser seul. Cependant, il souligne également une coordination organisée à l’échelle européenne du racisme et du fascisme, dont la haine de la figure de « l’immigré » et du « migrant » est devenue le point de convergence.

Le regroupement d’autant de groupes de hooligans, qui n’auraient habituellement pas fait le déplacement pour une manifestation de si faible ampleur, montre une volonté claire de chercher la confrontation violente avec toute voix progressiste qui s’opposerait à une telle manifestation.

Sur les réseaux sociaux, des comptes d’hooligans ont déclaré :

« nous savions que les antifas allaient attaquer la marche et que Louvain est une ville d’extrême gauche donc nous sommes venus avec dix équipes de nationalistes pour taper ces saletés d’antifas. ».

Des signes et saluts fascistes décomplexés :

Tout au long du rassemblement, les participants ont affiché des symboles et gestes fascistes, le tout en toute impunité :

  • De nombreux saluts nazis réalisés ouvertement dans le cortège
  • Le signe de Kühnen, aussi appelé « signe des trois doigts », symbole néo-nazi international créé par le militant nazi allemand Michael Kühnen dans les années 1980 comme « substitut » au salut hitlérien.
  • Des tambours hitlériens, utilisés pour cadencer la marche et lui donner une dimension de mise en scène paramilitaire
  • Des drapeaux flamingants, néonazi wallons et monarchistes catholiques français
  • Plusieurs dogwhistles néo-nazis, dont des runes, comme des runes d’Arc, utilisées historiquement par les SS et réappropriées par les mouvances néo-nazies
  • des bannières et pancartes racistes, affichant ouvertement des slogans anti-immigration et « remigrationnistes« 

Malgré la menace, une large mobilisation et de nombreux actes de résistance antifasciste :

Malgré la présence de centaines de néo-nazis venues venus de différents pays européens, avec la complicité apparente des forces de l’ordre, la résistance antifasciste s’est organisée à plusieurs niveaux, démontrant une mobilisation large et déterminée.

Plus de 300 militant.es antifascistes ont tenté de bloquer physiquement le cortège du NSV sur la rue Bondgenotenlaan. Face à un dispositif policier important déployé pour sécuriser la marche, leur action n’a pas permis d’interrompre complètement ce défilé raciste, mais l’a ralenti et a contribué à visibiliser une contestation active dans l’espace public.

Dans la continuité de la mobilisation, des centaines de militant.es se sont organisé.es pour défendre le bar où se tenait la soirée antifasciste et ce, malgré le blocage policier qui a empêché une importante partie des manifestant.es de rallier une partie du centre historique.

Au-delà des mobilisations organisées, la soirée a également été marquée par des réactions spontanées des habitant·es de Louvain. Que ce soit depuis leurs fenêtres ou dans les rues, de nombreux riverains et riveraines ont manifesté leur opposition à la marche fasciste en affichant des signes de solidarité avec les antifascistes, en interpellant les cortèges ou en exprimant publiquement leur rejet.

Comme une ère de fascisme dans l’air ?

Le même jour, le Parlement européen votait le projet « Retour », un texte facilitant les expulsions massives, sous les applaudissements de personnalités d’extrême droite qui se sont réjouies publiquement que « l’Europe entre dans l’ère de la déportation ».

Ce n’est pas seulement une coïncidence de calendrier, c’est le signe d’une époque où les idées racistes portées par les militants néo-nazi du NSV et autres (nettoyage ethnique, suprémacisme , violence contre les minorités,…) se normalisent à vitesse accélérée, des urnes aux institutions, des groupuscules hooligans aux parlements.

Dans ce contexte, la répression qui s’abat sur les mouvements antifascistes n’est pas non plus accidentelle. Partout en Europe, on assiste à une criminalisation croissante de l’antifascisme : les militant·es sont fiché·es, poursuivi·es, condamné·es, pendant que des saluts nazis sont posés en toute impunité sous l’œil des forces de l’ordre.

À Louvain ce jeudi, ce mécanisme s’est illustré parfaitement : les antifascistes fouillés dès la gare, bloqués par des auto-pompes, empêchés de rejoindre un bar, pendant que les néo-nazis, eux, défilaient librement puis attaquaient un établissement accompagnés et escortés de policiers.