
Le front commun syndical appelle à une journée de grève et de manifestation ce jeudi 9 avril 2026 afin de défendre les secteurs relevant de la Fédération Wallonie-Bruxelles, aujourd’hui fragilisés par une série de réformes et de mesures d’austérité annoncées par les autorités.
La Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB) joue un rôle central dans la gestion de compétences essentielles telles que l’enseignement, la culture, le sport, la jeunesse ou encore le soutien au monde associatif. Autant de domaines directement concernés par les orientations budgétaires à venir.
En octobre 2025, la FWB a présenté son budget pour l’année 2026. L’objectif affiché était de réduire le déficit de 300 millions d’euros d’ici 2029. Mais derrière cette trajectoire budgétaire se dessinent des choix politiques lourds de conséquences : ce sont les jeunes, les familles, les écoles, les acteurs culturels, sportifs et associatifs qui risquent d’en faire les frais.
Au mois de février, un nouveau gouvernement bruxellois a été formé, réunissant le PS, le MR, Les Engagés, Vooruit, Groen et le CD&V. Malgré la possibilité d’une coalition des partis de gauche (PS-Ecolo-PTB et leurs homologues flamands), le PS, Groen et Vooruit ont décidé de s’allier à la droite et d’établir un programme prolongeant l’atmosphère politique ambiante en Belgique : austérité et sécurité. En réponse, différents syndicats et associations appellent à manifester ce jeudi 9 avril « contre les mesures d’austérité de la Fédération Wallonie Bruxelles », en soulignant « FWB et Arizona, même austérité ». Le cortège partira de la place de la Constitution (Bruxelles) à 10h.
Les mesures contestées toucheront de plein fouet trois piliers fondamentaux de la Fédération Wallonie-Bruxelles : le secteur associatif, la culture et l’enseignement, des secteurs essentiels pour toustes.
Secteur associatif
Parmi les mesures récentes, la suppression des postes « Convention de Premier Emploi – Projets Globaux Fédéraux » (CPE-SGF), financés par Actiris, illustre concrètement cette politique d’austérité. Ces postes « CPE-SGF » étaient destinés à des jeunes âgés de moins de 26 ans, avec un CESS comme plus haut niveau de diplôme. Malgré l’absence de chiffres clairs, ce sont plusieurs milliers de jeunes qui ont reçu leur préavis la semaine dernière ; ils perdront leur travail fin septembre 2026, sauf si leur employeur décide de l’engager sur fonds propres, sans l’aide d’Actiris, ce qui est rarement possible financièrement. Nombreux sont ceux et celles qui n’auront pas travaillé suffisamment longtemps, à cette date, que pour obtenir le droit au chômage, précarisant encore davantage les jeunes personnes précaires et leur famille.
Ces postes permettaient aux associations qui effectuent un travail social de première ligne d’embaucher des jeunes aux frais d’Actiris. Au-delà des jeunes touchés, c’est donc l’ensemble du secteur associatif, et de ses bénéficiaires qui risque d’être impacté par la mesure de suppression des « CPE-SGF ». Cette situation intervient d’ailleurs quelques mois après que l’obligation du « quota CPE » ait été supprimée pour les entreprises. Jusqu’en début 2026, les entreprises et les ASBL comprenant plus de 50 travailleur·ses étaient effectivement obligés d’employer un certain nombre de jeunes de moins de 26 ans ; cette obligation est désormais supprimée.
Enseignement
Les réformes annoncées dans l’enseignement soulèvent également de nombreuses inquiétudes. Elles risquent à la fois de limiter l’accès aux études et de fragiliser la qualité de l’enseignement. Par exemple, le coût d’une année d’étude dans l’enseignement supérieur devrait passer de 835 à 1200 euros dès l’an prochain. Une hausse significative, dénoncée par de nombreux étudiant·es, qui y voient un frein supplémentaire à l’accès à l’enseignement. Le mouvement contre cette hausse du minerval est d’ailleurs de plus en plus large, au fur et à mesure des manifestations organisées sur le sujet.
Dans le même temps, la situation du personnel enseignant reste préoccupante. À Bruxelles, un·e enseignant·e sur quatre ne dispose pas de la formation adéquate, et certaines matières sont déjà en pénurie. Or, la FWB prévoit une diminution de 2 383 enseignant·es d’ici 2029. D’autres mesures viennent encore accentuer ces tensions : augmentation du temps de travail dans le secondaire, remise en question de l’évolution automatique des salaires, … Autant de décisions qui risquent d’affaiblir l’attractivité du métier et augmenter sa pénibilité, alors même que la pénurie est déjà critique.
Secteur culturel
Le secteur culturel n’est pas épargné. En octobre 2025, le gouvernement de la FWB annonçait, sans concertation, son intention de ne pas renouveler le contrat-programme de la Médiathèque Nouvelle (anciennement PointCulture). Bien plus qu’un simple lieu de prêt de DVD ou de CD, cette structure jouait un rôle essentiel en matière de médiation culturelle, d’éducation aux médias et de transmission des savoirs. Elle organisait notamment des concerts, des ateliers d’écoute musicale à destination de publics variés, personnes âgées, publics précarisés, personnes détenues, et développait des espaces de rencontre et de réflexion. Conséquence directe des politiques d’austérité, le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles a fait le choix de fermer le lieu.
À cela s’ajoute le gel de l’indexation des subventions culturelles jusqu’en 2029. Centres culturels, associations, structures artistiques et actions d’éducation permanente devront absorber l’inflation sans compensation financière. Concrètement, cela signifie faire avec des moyens qui, en réalité, diminuent. Une « économie » qui se traduit par une baisse effective des ressources disponibles pour créer, diffuser et rendre la culture accessible.
Les mobilisations s’organisent
Dans l’enseignement, la riposte s’organise également. Le collectif « Mars Attacks » s’est formé pour répondre aux mesures d’économie en Fédération Wallonie-Bruxelles. Plus de 500 enseignant·es ont déjà rejoint le mouvement, aux côtés d’élèves et de directions, qui affirment parler d’une même voix. Arrêts de travail, boycott des journées pédagogiques, actions ciblées : les formes de mobilisation se multiplient. « Chaque école va s’approprier le programme Mars Attacks à sa manière », explique Sébastien Demarche. « Mais on s’entend sur un certain nombre de mesures que nous mènerons tous ensemble. » Le collectif prévient : « Les actions vont durer jusqu’à ce que les réformes soient retirées. On ira au finish. »
Depuis le début du gouvernement Arizona, le collectif Commune Colère a vu le jour. Une assemblée de travailleur.ses s’est constituée, déterminée à contrer l’offensive de la droite et l’extrême droite. Leur objectif: « Face aux gouvernements les plus à droite que nous ayons connus en Belgique, et plus largement, face à la fascisation des gouvernements d’Europe, nous voulons visibiliser et soutenir toutes les luttes menées contre les mesures politiques antisociales et antiécologiques. C’est-à-dire les politiques patronales, racistes, sexistes, patriarcales, fascistes, transphobes, anti-migratoires, etc., qui s’attaquent à tous·tes ou une partie des travailleur·ses et renforcent les inégalités et l’exclusion. »
Pendant le mois de mars, les manifestations ont continué. Le 12 mars, une manifestation nationale a rassemblé à Bruxelles différents secteurs et organisations syndicales contre les politiques du gouvernement Arizona. Le 24 mars, plus de 3 000 étudiant·es ont également défilé dans le centre de la capitale pour dénoncer la hausse annoncée des droits d’inscription dans l’enseignement supérieur. Un appel à manifester qui se poursuit pour ce jeudi 9 avril.
Sources :
« La FESEFA appelle le secteur de l’Education Permanente a rejoindre la mobilisation du 9 avril » [FESEFA], mars 2026, disponible en ligne : https://fesefa.be/la-fesefa-appelle-le-secteur-de-leducation-permanente-a-rejoindre-la-mobilisation-du-9-avril/
« Conventions de premier emplo » [Securex], janvier 2026, disponible en ligne : https://www.securex.be/fr/lex4you/employeur/themes/selection-et-conclusion-du-contrat/obligation-d-embauche-de-jeunes-de-moins-de-26-ans
« Manifestation le 9 avril » [SETCA], avril 2026, disponible en ligne : https://setcamonsborinage.com/2026/03/17/manifestation-le-9-avril-2026/
« FWB-ARIZONA, même austérité », avril 2026, disponible en ligne : https://www.instagram.com/p/DWwx6ADCLA6/?img_index=1

