Dimanche 22 mars à 17h, à Seneffe, une marche blanche se tiendra au clos des Lilas, en hommage à Imad, là où il a été tué il y a 3 ans, par des tirs policiers.

Imad avait 43 ans. Il était un père, un frère, un ami. Il a été abattu au terme d’une course-poursuite, bloqué dans une impasse, criblé de balles dans le cœur, la tête et le bras.

3 ans après, le Parquet demande un non-lieu. Le policier qui a tiré est toujours en fonction.

Nous publions ici le communiqué de l’avocate de la famille, Selma Benkhelifa, ainsi que le discours de la sœur de Imad, Ouafah, lu lors de la manifestation contre les violences policières ce dimanche 15 mars 2026.

« Imad a été tué par des tirs policiers dans le cœur, dans la tête et dans le bras le 23 mars 2023, tirs intervenus à la fin d’une course-poursuite entamée au motif qu’Imad aurait volé un véhicule. […] Imad a été tué tout près de chez lui par des policiers qui l’avaient reconnu et qui travaillaient dans la zone de police qui avait connaissance de son état de santé.

Les communications radio de la police le jour des faits ont été demandées par la famille d’Imad. Une partie a été déposée au dossier de l’instruction, mais une partie reste secrète, sans aucune explication.

Le Parquet demande un non-lieu pour les deux policiers qui ont mortellement tiré sur Imad, à l’issue d’une enquête incomplète. Il estime qu’ils étaient en légitime défense, sans expliquer quel danger aurait représenté Imad.

Imad pouvait être un danger pour lui-même, pas pour autrui. La police le savait. Pourtant, aucune mesure n’a été prise pour tenir compte de son état de santé mental.

En 2019, dans l’affaire Kaya c. Belgique, le Gouvernement belge s’est engagé devant la Cour européenne des droits de l’Homme

« à entamer une réflexion en vue de fournir une réponse structurelle adaptée aux questions soulevées sur le terrain lors d’une intervention par la police face à des personnes en crise. Le Gouvernement a indiqué que cette réponse structurelle pourra prendre différentes formes (formation, directives etc.) encore à définir et devra être adaptée au travail des policiers en première comme en deuxième ligne » (CEDH, Cennet KAYA contre la Belgique, décision de radiation du rôle suite à une déclaration de règlement amiable, n° 59856/18)

Dans cette affaire, l’épouse de Monsieur Kaya avait appelé la police pour demander de l’aide, car son mari en crise menaçait de se suicider. Il a été abattu.

Depuis rien n’a été mis en place. De nombreuses victimes de la police sont des personnes souffrant de troubles psychiatriques, d’addictions ou d’autres problèmes de santé mentale. Nous pensons particulièrement à ce patient de Fond’Roy abattu au sein même de l’asile psychiatrique, à Josef Chovanec ou Pieter Aerts tué par 8 balles alors que ses parents avaient appelé la police pour signaler son état de crise.

Ici aussi, la sœur d’Imad avait prévenu la police qu’il n’allait pas bien et qu’il devrait être hospitalisé.

Les personnes souffrant de troubles psychiatriques sont vulnérables, fragiles, elles doivent être aidées et protégées. Quand les proches appellent la police pour recevoir de l’aide, ils ne devraient pas craindre une issue fatale. »

Communiqué de Selma Benkhelifa, avocate de la famille

« Mon frère Imad avait 43 ans. Il était un frère, un père, un ami. Il avait le cœur sur la main. S’il pouvait aider quelqu’un, il le faisait de bon cœur sans avoir de retour.

Lundi prochain, ça fera trois ans que mon frère a été tué par les policiers de Seneffe. Un premier tir. Un second. Puis le silence qui fait plus de bruits que des balles. Je revis cette journée-là tous les jours en continu. Jour comme nuit. Les cauchemars ne cessent de me rappeler sa mort.

Ce 23 mars, je remontais la rue quand j’ai vu au loin sa camionnette bleue suivie par trois voitures de police. 11H52, je reconnais mon frère. Avec une amie, on décide de les suivre. On descend la cité il est 11h53. À 11H54, mon frère tourne en voiture dans le clos des lilas et c’est là qu’ils ont tiré. À 11h55 à 4 secondes près je le voyais se faire tirer dessus.

J’ai entendu 4 coups en rafale. Je dis a mon amie : « C’est fini ». Elle me répond qu’ils ont dû tirer dans les pneus. Quand on a tourné dans le clos, les flics ont ouvert sa portière. Il est tombé comme une poupée. Il était étendu sur le sol, ses jambes ne bougeaient pas. J’étais sous le choc, je ne réalisais pas. Lorsqu’on est descendues de la voiture, j’ai voulu aller voir, disant que c’était, mon frère. Le policier nous a éloignés sans rien nous dire. C’est par les réseaux sociaux qu’on a appris sa mort : un mort à Seneffe tué par la police.

J’ai compris qu’il s’agissait de mon frère.

Plus de 40 voitures de police sont intervenues, près de 200 policiers au total. Le pire de tout ça c’est que le Procureur à demander un non-lieu. C’est-à-dire qu’il considère qu’il n’y a pas assez de charges contre ces pourritures qui ont exécuté mon frère, qu’ils étaient en légitime défense.

À quel moment ils se sont sentis en danger ! À quel moment mon frère était menaçant. Ils l’ont abattu. Il était bloqué dans un cul-de-sac par 3 voitures de flics à l’arrêt, moteur éteint. Et l’autre ne lui a laissé aucune chance. Il a visé les organes vitaux pour tuer.

Ça fait maintenant trois ans que notre famille a été détruite, une fois de plus. Trois ans que le policier est toujours en fonction et n’a pas été suspendu.

Trois ans qu’on se bat avec une justice qui ne nous laisse aucun repos, une justice qui nous épuise par les temps qu’elle nous impose ils font par traîner les procédures pour que les familles abandonnent mes on lâchera rien ses silences aussi et l’attente

Je fais partie de ses familles condamnées à la chaise vide, aux anniversaires sans appel dont les années se transforment en cicatrices. Malgré nous.

Et je me demande alors, qui console les familles quand les nuits se répètent et quand les scènes défilent en boucle, qui nous protège de la police quand elle tue nos proches et nous empêche de nous sentir en sécurité dans nos propres rues. Qui décide d’ôter une vie innocente ? Qui parle encore de bavures ou d’accident quand les noms des personnes tuées par la police ne font que s’allonger. Pourquoi c’est a nous de payer pour leurs violences

seules dans mon coin, je pense, à toutes ces choses intenses. Certaines personnes partent sans le vouloir, d’autres vous quittent sans même le savoir. Depuis que j’ai perdu mon frère dans de terribles circonstances, chaque instant est devenu une larme. Mon cœur s’est brisé le jour où il est parti, comme si la lumière s’était éteinte autour de moi. J’ai un goût amer la vie n’est plus la même pour moi. J’ai essayé de retrouver le bonheur, mais j’ai trop de douleurs enfermées dans le cœur. Alors j’essaie de dormir pour ne plus souffrir… mais la nuit rend les souvenirs plus fort encore, et son absence devient plus lourde dans le silence. J’entends encore ces coups de feu qui résonnent dans ma tête. Je vis un cauchemar chaque jour. Ce flic qui l’a tué nous a tués aussi, car, depuis ce jour, une partie de nous est partie avec lui.

Imad, je n’oublie pas ton regard plein de vie et ton rire fort. On ne t’oublie pas, ton nom traverse nos rues et nos mémoires. À bas l’état policier. Stop aux flics cow-boys

Justice pour Imad

Justice pour tous « 

Discours de Ouafah, sœur de Imad