Lorsqu’un État autoritaire veut s’imposer, il commence par s’attaquer aux outils et aux contre-pouvoirs qui permettent à sa population d’être critique et de résister : l’enseignement, les universités, le journalisme, … En Belgique le MR transforme la fonction de ministre des médias en un « ministère de la censure et de la propagande ».

Ces derniers mois, le président, membres, élu·es et ministres MR sont tout feu tout flamme contre le journalisme, les médias publics et l’information indépendante. Cette hostilité a en particulier été révélée au grand public avec la publication de l’enregistrement de Georges-Louis Bouchez, dans l’affaire dite de « CLA », président du MR, où il menace physiquement de s’en prendre à un journaliste, tout en hurlant sur une autre journaliste. Loin d’être un dérapage isolé, il s’agit d’une énième manifestation de la stratégie du MR contre la presse.


Stratégie que le MR a pris soin d’expliciter lors d’une conférence qui a fait scandale, le 13 janvier 2026 à Walhain, où Jacqueline Galant (MR) ministre des médias, en compagnie du président du MR, expliquait vouloir imposer une ligne éditoriale de droite à la RTBF, le média public francophone.

« Dans la nouvelle génération de journalistes [de la RTBF], il y a quand même beaucoup de gauchos » et cela, le MR va le changer, explique Jacqueline Galant.

Lors de la même conférence, Bouchez a déclaré « … En fait, le monde journalistique, c’est un peu comme le monde universitaire, une partie du monde auto-proclamé intellectuel et de ceux qui trouvent que je suis populiste… Vous avez le triangle des Bermudes [la gauche selon Bouchez] : RTBF – ULB – Boulevard de l’Empereur [le siège du Parti Socialiste]. Ça, c’est le triangle des Bermudes. Vous êtes au milieu… Vous mourrez… »

Le MR a par la suite tenté de parachuter Frédéric Cauderlier, un proche du MR, ancien porte-parole du MR, comme administrateur général de la RTBF. Frédéric Cauderlier, un homme épinglé par le Conseil de l’Europe pour avoir menacé, au travers de « tentatives d’intimidation répétées« , un journaliste à la RTBF. Le poulain du MR a cependant été recalé comme candidat à la fonction.

Dernièrement, c’est un (des nombreux) retweet(s) d’un compte d’extrême droite, sur le compte X du président du MR qui fait polémique. Le post repartagé par Georges-Louis Bouchez compare les journalistes de la RTBF à la police politique nazie, la gestapo, pièce centrale de l’extermination des personnes juives et des opposant.es du régime nazi.

« La RTBF est donc bien là pour changer notre société vers un gauchisme communiste en décroissance, et non pour informer. – Ces 400M$/an doivent être rendus aux citoyens (100$/an/pers) – ces fonctionnaires-militants-gestapistes doivent pointer au chômage. #defundRTBF« 

Le MR : une stratégie communicationnelle d’extrême droite, délégitimer les opposant·es et marteler un discours

Le MR adopte une stratégie de communication qui rappelle celle du néo-fasciste Trump et de régimes autoritaires passés. Elle consiste en la saturation du paysage médiatique, en particulier à travers la figure du président de parti. À coups de grandes polémiques, souvent racistes ou méprisantes envers les personnes pauvres et précaires, de mensonges ou de propositions radicalement réactionnaires, il n’y a pas une seule journée où le MR ne tente pas de faire parler de lui. Et quand les médias parlent du MR d’une manière qui ne lui plait pas, le parti dénonce les « fakes news » et ses élu·es appellent au contrôle pur et simple de l’information.


Le parti dit « libéral » mise également sur son centre de propagande idéologique, le Centre Jean Gol, pour imposer son projet de société réactionnaire. Les études produites par ce centre, aux accents anti-intellectualistes et prônant pourtant une démarche « scientifique », ont été contestées par des politologues, dont Pascal Delwitt.

Le centre Jean Gol finance des textes médiocres d’auteur·rices qui promeuvent des idées racistes et sexistes, comme Nadia Geerts et Corentin de Salle, sous prétexte de produire des textes qui objectiveraient et justifieraient les ambitions politiques du parti. Des ambitions, pour une société ultra capitaliste sans solidarité sociale, une société raciste, où l’on renvoie les « étrangers chez eux », et antiféministes, où l’on assigne et contrôle le corps des femmes.

La RTBF « Ministère de la censure et de la propagande », selon le MR


En janvier 2025, lors du discours de l’investiture de Trump, la RTBF applique le cordon sanitaire médiatique en rediffusant les images avec un léger décalage, « pour prendre le temps de l’analyse et du décryptage. » Chose insupportable pour le président du MR, qui dénonce la RTBF comme biaisée et « woke ». Il déclare que la RTBF est le « Ministère de la censure et de la propagande ». Une déclaration audacieuse pour un homme politique qui menace les journalistes à chaque fois que leurs propos ne lui plaisent pas. La société des journalistes (SDJ) de la RTBF avait alors vivement dénoncé les propos contre la liberté de la presse du président de parti.

Rebelote durant l’été 2025, après l’affaire de la CLA, à la suite de laquelle le président du MR avait déclaré ne plus vouloir s’entretenir avec des journalistes du service public. C’est une scène qui se répète, GLB continue à harceler des journalistes et à crier aux fake-news de « gauchistes », dès qu’il estime nécessaire de les décrédibiliser. C’était encore le cas en janvier 2026, lors de la conférence de Walhain, GLB déclarait

Il faudra m’expliquer si BX1 est un média ou le réseau social du Parti Socialiste. Trump a le réseau social Truth, qui est son réseau social personnel. Le PS ils ont BX1. Chacun son réseau social“.

Nommer l’organisation du désastre :

La formation politique de Georges-Louis Bouchez a nommé, après les élections de 2024, Nadia Geerts au CA de la RTBF. Nadia Geerts s’est fait remarquer pour son obsession à l’encontre du « wokisme » ainsi qu’avec le port hijab et qui énonce publiquement des contre-vérités. Par exemple, le fait que, selon elle, en juin 2025, des restaurants continuaient de « tourner » normalement à Gaza durant le génocide, en pleine famine, « à en croire Google Maps » et elle dit ça « avec toutes les précautions »C’est donc bien cette dame, qui semble entretenir un rapport particulier à la vérité et n’avoir aucun souci a relaté des réelles contre-vérités immondes, qui avait été nommée vice-présidente du média public francophone par le MR. Geerts multiplie tellement les polémiques racistes, qu’elle a du démissionner de la vice-présidence de la RTBF, tout en restant dans le CA, en novembre 2025.

Mais le MR veut aller plus loin que manipuler l’information et exercer des pressions sur les journalistes : il veut démanteler le service d’information publique. En effet, Georges-Louis Bouchez a expliqué que « dans sa vision », la RTBF pourrait être supprimée ou privatisée. 

Un employé explique : « Des plans de restructuration, la RTBF en a connu, rappelle Frédéric Antoine. J’en ai dénombré cinq entre 1993 et 2012. D’autres gouvernements ont demandé des économie, mais jamais dans le but d’affaiblir le service public. Avant, c’était parce que les finances de l’État ne le permettaient plus. Aujourd’hui il y a une intention politique derrière. »*

Jacqueline Galant (MR), quant à elle, a été nommée ministre des médias publics de la Communauté francophone, à l’issue des élections en 2024. Et cette dernière a quelques idées pour démanteler les médias de proximité en Belgique. Elle qui pose fièrement, à côté de personnes faisant un blackface et affirme défendre les « bonnes traditions » [coloniales et racistes belges]. Galant, souhaiterait en effet diminuer l’offre des médias publics de proximité durant son mandant. D’ici 2031, elle entend passer de 12 à 8 médias de proximité. Elle vise aussi à baisser les subventions données aux médias de proximité pour faire des « économies budgétaires » tout en encourageant ces médias à aller chercher des financements privés.

Face à la réforme de Galant, le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), a rendu durant le mois de novembre 2025 un avis : ce dernier dénonce « une régression organisée de l’offre d’information locale, dans un contexte marqué par la concentration de la presse écrite, la contraction des missions de la RTBF et la montée de la désinformation ».

Galant souhaite donner l’accès au Conseil d’Administration aux bourgmestres au Conseil d’Administration des médias et supprimer la représentation minimale du secteur associatif et culturel dans les conseils d’administration. La CSA craint « une repolitisation des conseils d’administration contraire au processus de dépolitisation des conseils d’administration initié depuis plusieurs années au sein des médias de proximité » et déclare que « ces mesures sont considérées comme des atteintes à la liberté d’association et à l’indépendance fonctionnelle des médias ».

Jacqueline Galant, depuis sa fonction de ministre des Médias, après les attaques répétées de son président de parti envers la presse, à appelé a une « neutralité absolue » de la part des médias. Dans une autre affaire au sujet des « news influenceurs » (principalement autour du média Yurbise), elle démontre encore le projet autoritaire du MR, elle appelle, cette fois, à « contrôler » les contenus produits à l’échelle de la fédération Wallonie-Bruxelles. C’est la fin de la liberté de la presse et d’expression que souhaiterait la ministre des médias.
  

L’objectif visé ? L’affaiblissement systématique du contre-pouvoir médiatique belge et l’intention de laisser ce qui reste entre les mains d’acteurs privés … aux intérêts certainement tout aussi privés.

Ce type de décisions politiques vient renforcer le phénomène de « bollorisation » des médias : une minorité d’ultrariches se trouve en possession de la majorité du champ médiatique, qu’elle peut donc influencer, et nous avec. Parallèlement, des membres et élu·es du MR placent leurs pions et construisent de nouveaux outils médiatiques de propagande centrés sur leurs obsessions réactionnaires et la promotion du MR, à l’instar du nouveau média en ligne 21 News, fondé par Etienne Dujardin (MR) avec l’aide de proches de Bolloré et de Pierre-Edouard Stérin*.Au programme d’I21 News ? Wokisme, Islam, Frères Musulmans, voile, avec en prime time Louis Sarkozy pour animer des discussions et expliquer son amour des mangues et du président d’extrême droite argentin, Milei.

Le harcèlement et les menaces comme outils de pression :

Georges-Louis Bouchez, intimide des journalistes à chaque fois qu’un sujet lui déplaît. Georges-Louis les appelle sur leurs numéros privés, parfois plusieurs fois, pour les intimider et leur partager son mécontentement. Durant l’été, c’est la “CLA gate” qui avait fait beaucoup de bruit, mais c’est loin d’être la seule fois que le président du MR s’en prend à des journalistes.

« Il met la pression, à coups d’invectives personnelles en téléphonant à des journalistes, qui n’ont bien souvent pas de contrat de travail, pour leur dire que ce qu’ils ont écrit sur lui, ça ne va pas. On est parfois au bord du harcèlement. », journaliste à la RTBF).

« Quand il t’a appelé une fois, deux fois, trois fois… Au bout d’un moment, tu prépares ton article de manière à ce que quand il le lise, il n’ait pas besoin d’appeler. Même si ce que tu écris est correct, que tu es sérieux dans ton travail, une forme d’autocensure s’installe. » explique toujours un journaliste de la RTBF. 

Le MR (son président) et certaines de ses sections ont par ailleurs lancé des procédures de mise en demeure, notamment à l’encontre du média en ligne Yurbise. Une manière d’essayer d’intimider le média en ligne qui produit régulièrement du contenu, entre autres, critique sur le parti politique.  

À côté de cela, Denis Ducarme (MR) exige la démission de rédacteur en chef de journaux, lorsque ce qu’ils écrivent ne lui plaît pas. Encore une démonstration de l’attachement du parti à la liberté de presse. Martial Dumont rédacteur en chef de TéléSambre a été vivement menacé car il écrit dans un post Facebook après le meurtre de deux diplomates israéliens à Washington – en plein génocide à Gaza – qu’il s’agissait « [d’]un acte ignoble, certes, mais un acte contre la politique israélienne et non un acte antisémite. Taxer d’antisémite ceux qui critiquent Israël est d’une malhonnêteté intellectuelle crasse. »

Suite à cette publication, le MR a « dénoncé » ces propos comme « choquants« , « inacceptables » et « incompatibles avec les fonctions occupées par monsieur Dumont« . Sur X (anciennement Twitter), le président du MR Hainaut, Denis Ducarme, a lui déclaré que ces propos « flirtai[en]t dangereusement avec l’apologie du terrorisme« . Or, Martial Dumont s’est contenté de proposer une analyse critique de l’assimilation des critiques d’Israël, même celles qu’il qualifie « d’ignobles », à de l’antisémitisme. Mais c’en est trop pour Denis Ducarme, pour qui dire ceci s’apparente quasiment à de « l’apologie du terrorisme ».

Au MR, Ducarme est au front avec Georges-Louis Bouchez pour façonner un faux « complot musulman », dénoncer des prétendus « Frères musulmans » chez Écolo et doter la Belgique d’un outil pour dissoudre des organisations musulmanes et pro-palestiniennes, par pure islamophobie.

Quand on réclame « la tête » de journalistes :

Dans un article du nouveau « média » proche du « 21 News », a été titré au sujet de l’affaire de TéléSambre que « le MR réclame la tête du rédacteur en chef ». La « tête » d’un journaliste, rien que ça ? Une énième menace, d’un élu du MR (Denis Ducarme), ce alors même que Georges-Louis Bouchez ne cesse de « dénoncer » une prétendue violence de la gauche et en particulier celle de la gauche radicale, pour nous expliquer qu’elle serait antidémocratique.

Côté médias traditionnels, La Libre, a quant à elle, écrit que le MR veut « la peau » du journaliste. Un traitement médiatique de La Libre manifestement, très solidaire, des pressions que subissent leurs confrères de TéléSambre, qui ont le malheur de dire ce qu’ils pensent.

Ces quelques exemples choisis, entre autres, laissent comprendre pourquoi il y a eu lieu de parler de stratégie contre le journalisme, dans le chef du MR. Car les Etats et partis qui menacent les journalistes, qui s’appliquent à démanteler l’indépendance de la presse, à la définancer, à la contrôler, qui disent « quoi » et qui peut dire « quoi »,ressemblent bien plus aux régimes fascistes du 20e siècle et à leurs nouvelles incarnations, qu’aux volontés d’émancipation sociales, manifestement, si menaçante et inquiétante, pour GLB.

La droite / l’extrême droite, l’élite réactionnaire et bourgeoise de ce pays, tente de préparer des heures difficiles en participant à la construction d’un Etat particulièrement autoritaire qui écraserait tout ce qui se trouve sur son passage pour conserver leurs intérêts politiques et surtout économiques. La stratégie du MR contre le journalisme, participe à un projet plus large de démantèlement des gardes-de-fou institutionnels et de toutes éventuélles résistances à la construction de leur État autoritaire et fascisant.

La dimension médiatique du processus politique de fascisation n’est qu’un aspect de ce dernier. La question n’est désormais plus de savoir si Georges-Louis Bouchez « va trop loin », ou si le MR est d’extrême droite ? Ou encore si GLB est-il un néofasciste ? Mais peut etre de se demander comment combattre le projet politique porté, notamment, par le MR ?