
45 personnes sans papiers, majoritairement des femmes et des enfants, ont investi un immeuble vide avenue de Tervuren, à Woluwe-Saint-Pierre. Aujourd’hui, leur occupation est menacée d’expulsion, au risque de mettre des familles à la rue, alors que le bâtiment va rester vide encore plusieurs mois. Un appel à mobilisation citoyenne urgente est lancé ce mardi 31 mars à 20h, à la salle Fabry (WHALL) ainsi qu’un soutien mercredi 9h à la Justice de Paix de Woluwe-Saint-Pierre.
Le bâtiment, vide depuis plusieurs années, serait en état correct. Son propriétaire, un promoteur immobilier, prévoit d’y développer un projet de logements, mais les travaux, encore suspendus à des autorisations administratives, ne devraient pas débuter avant plusieurs mois.
Occuper pour survivre
« Il y a des femmes qui dormaient à la rue. On s’est dit : pourquoi ne pas chercher un endroit ? »
« Sans papiers, c’est aussi très difficile de trouver un logement » une occupante.
Face à la réalité précaire à laquelle sont confrontées ces familles de personnes sans papiers, l’occupation d’un bâtiment vide comme celui-ci est apparue comme une solution de survie. Une solidarité locale s’est alors organisée autour et avec les occupant·es, portée notamment par le collectif « On est là! ».
« Ce lieu est aussi un refuge indispensable. Beaucoup ont subi des violences et des discriminations liées au genre, à la race, et à leur statut administratif. Disposer d’un espace sur est une condition vitale pour se reconstruire et protéger leurs enfants » Collectif On est là!
Le collectif plaide pour la mise en place d’une convention d’occupation temporaire*. Ce dispositif permettrait aux familles de rester provisoirement dans les lieux tout en limitant les responsabilités juridiques du propriétaire. Une solution pragmatique pour des familles dont plusieurs enfants sont déjà scolarisés dans le quartier, et pour qui la stabilité est essentielle.
« Un être humain à la rue, ce n’est pas acceptable. La rue tue. »
« Avoir un endroit stable où dormir, où vivre, c’est le plus important. Ici, on se sent tranquille. Même si tu n’as pas à manger, au moins tu as un endroit où dormir. » Une occupante.
Trouver ce lieu a représenté un véritable soulagement pour les familles. En restant ici, les occupant·es peuvent entamer leurs démarches administratives, introduire des demandes de régularisation, s’occuper de leurs enfants et de leur scolarité, et simplement se reposer. Avoir un toit, c’est aussi sortir de l’isolement, s’organiser collectivement, revendiquer ses droits.
« Même s’il n’y a qu’une seule personne qui prépare à manger, elle partage avec tout le monde. Ici, il y a une vraie solidarité. On vit comme une famille. » une occupante.
Le collectif affirme avoir pris toutes les mesures nécessaires pour garantir des conditions de vie dignes et sécurisées. Des échanges ont été engagés avec les autorités communales, le Délégué général aux droits de l’enfant, et les pompiers auraient donné leur aval concernant la sécurité du bâtiment.
Blocage politique
Malgré cela, la situation reste bloquée. Le bourgmestre Benoît Cerexhe (Les Engagés) affirme avoir pris contact avec les différentes parties, tout plaidant les limites de son action : il ne peut contraindre le propriétaire à accepter une convention. Au vu de son attitude, même une médiation semble inenvisageable, selon le bourgmestre. Dans ces situation, les responsabilités sont souvent renvoyées entre les différents niveaux de pouvoir : Région, communes, Fedasil (Agence fédérale pour l’accueil des demandeur·euse·s d’asile). Pendant ce temps, des familles restent à la merci de l’inertie politique, coincées entre des bâtiments vides et un système qui refuse de prendre ses responsabilités.
Des expulsions loin d’être exceptionnelles
À Bruxelles, chaque jour, 11 ménages reçoivent un ordre d’expulsion. Derrière ces chiffres, ce sont des vies bouleversées. La perte de logement entraîne un stress psychologique majeur, des problèmes de santé, et des ruptures scolaires pour les enfants.
Ces expulsions sont loin d’être exceptionnelles. Elles touchent en priorité les personnes déjà précarisées. Des familles sont sommées de « déguerpir », pour ne pas avoir pu faire face à des loyers devenus impayables, ou pour ne pas avoir pu trouver un accord temporaire. Cette situation montre une nouvelle fois à quel point le droit des propriétaire à disposer de bâtiments vides continue de primer sur l’occupation de ceux-ci par des personnes pour qui ils représentent une réelle voix de survie, et ce alors que Bruxelles manque structurellement de logements abordables.
Pour les personnes sans papiers, occuper des bâtiments abandonnés constitue souvent l’un des rares interstices dans un système qui les exclut. Une manière de tenter d’accéder à un droit fondamental, se loger, sans tomber dans les griffes de marchands de sommeil. Le droit au logement est une condition élémentaire pour mener une vie digne.
Une solidarité concrète
Au cœur de cette lutte, des alliances se tissent entre collectifs engagés contre la gentrification, associations de défense des locataires et mouvements pour la régularisation des personnes sans papiers. Mais les occupant·es restent sous la menace d’une expulsion imminente. Elles demandent une occupation temporaire, simplement le temps que ce bâtiment reste vide.
« Au-delà du bâtiment, il s’agit de défendre un horizon: celui d’une vie digne, dans un contexte de politiques migratoires toujours plus dures et de crise du logement. Nos outils sont la mobilisation et la mutualisation, pour résister collectivement et construire des conditions de vie plus justes« Collectif On est là
Un appel à mobilisation citoyenne urgente est lancé : ce mardi 31 mars à 20h, salle Fabry (WHALL), ainsi qu’un soutien ce mercredi 1er avril à la Justice de Paux de Woluwe-Saint-Pierre (avenue Grandchamp 147, Woluwe-Saint-Pierre).
Des dons sont également nécessaires : pampers, lingettes, dentifrice, lait, papier toilette… Toutes les informations sont disponibles via leur Instagram @collectifonestlà.

