
Depuis mardi 17 février, des syndicats de chaînes publiques belges, à la VRT comme à la RTBF, appellent conjointement au boycott du Concours Eurovision de la chanson, en raison de la participation d’Israël. Plusieurs artistes ont également annoncé leur retrait, dont le chanteur belge Loïc Nottet, qui a renoncé à représenter la Belgique. Cette mobilisation fait suite à la confirmation, le 4 décembre dernier, par l’Union européenne de radio-télévision (UER), de la participation d’Israël à l’édition 2026 du concours. Pour les syndicats et les artistes, il est devenu impossible de séparer divertissement et responsabilité politique alors qu’un génocide est en cours.
La participation d’Israël a provoqué une onde de choc au sein du paysage audiovisuel européen. Plusieurs diffuseurs publics, notamment en Espagne, en Irlande, aux Pays-Bas et en Slovénie, ont annoncé leur retrait de l’événement, estimant impossible de maintenir une posture de neutralité alors que le génocide mené contre le peuple palestinien, en particulier à Gaza, se poursuit. En Belgique, la RTBF a toutefois confirmé sa participation, un choix vivement contesté par une partie de son personnel et de la société civile.
Pour les syndicats de l’audiovisuel, la présence d’Israël à l’Eurovision apparaît comme une opération de « blanchiment d’image », rendue possible par l’inaction, ou la complicité, des institutions européennes. A titre de comparaison, après un seul jour d’invasion russe en Ukraine, l’UER avait exclu la Russie « pour protéger la réputation du concours ». Pourquoi cette sanction ne s’applique-t-elle pas à Israël ? Face à ce qu’ils qualifient de mépris pour un génocide en cours, les syndicats belges, de la VRT à la RTBF intensifient leur mobilisation.
« C’est la troisième année consécutive que nous menons une action autour de l’Eurovision. La première année, nous avons interrompu la diffusion avec une pancarte, l’année dernière, nous avons travaillé avec Oxfam, et cette année, nous sommes ici avec nos collègues de la RTBF, soutenus par un large mouvement de la société civile », explique Ilse Orbaen, du syndicat socialiste ACOD.
Dans le hall d’entrée du bâtiment de la VRT, avenue Reyers, les syndicats ont installé une série de poupées en bois formant le message « Boycott Eurovision ». Un courrier bilingue a également été adressé aux directions des deux chaînes. Les syndicats demandent à la RTBF de renoncer à l’envoi d’un·e candidat·e et à la VRT de ne pas diffuser le concours. Selon Eric Tamundele, de la CGSP, cette action s’inscrit dans « un contexte international plus large ». En plus des pays déjà engagés dans le boycott, des mobilisations syndicales similaires ont lieu à Malte et en Grèce.
Le mouvement trouve également un écho du côté des artistes. Le chanteur belge Loïc Nottet, qui devait représenter la Belgique, a annoncé qu’il renonçait à participer à l’Eurovision 2026 en raison de la présence d’Israël. Il rejoint ainsi d’autres artistes ayant pris position, comme Nemo, Charlie McGettigan ou Salvador Sobral. Il s’agit du quatrième artiste à se retirer explicitement en lien avec le génocide en cours.
À l’échelle internationale, la campagne BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanctions) appelle à exercer des pressions économiques, culturelles, académiques et politiques sur l’État d’Israël tant que les droits fondamentaux des Palestinien·nes ne sont pas respectés. Lancé le 9 juillet 2005 par la société civile palestinienne, un an après l’avis de la Cour internationale de justice déclarant illégale la construction du mur de séparation de Cisjordanie, le mouvement s’appuie sur le constat de l’expansion continue de la colonisation depuis plus de 50 ans. Aujourd’hui, BDS est devenu un réseau mondial rassemblant des milliers de militant·es, syndicats, étudiant·es et organisations engagées pour la justice en Palestine.
L’histoire rappelle que ce type de mobilisation peut avoir un impact réel. En Afrique du Sud, le boycott international, des produits commerciaux aux échanges universitaires, en passant par l’exclusion des compétitions sportives et les sanctions diplomatiques , n’a pas, à lui seul, fait tomber le régime d’apartheid. Mais il a constitué un levier décisif pour isoler le pouvoir, affaiblir sa légitimité et soutenir les luttes internes, jusqu’à son effondrement dans les années 1990.
Pour les syndicats et les artistes mobilisés en Belgique, le boycott n’est pas un geste symbolique, mais un acte de responsabilité morale. Cette mobilisation dépasse le cadre des rédactions. Une pétition a déjà recueilli de nombreux soutiens et une carte blanche a été signée par plusieurs organisations de la société civile, dont Mouvement ouvrier chrétien (MOC), Union des progressistes juifs de Belgique (UPJB), Présence et Action culturelles (PAC), Comité pour l’abolition des dettes illégitimes (CADTM), Intal ou encore le festival Esperanzah.
La pétition :
Sources:
RTBF, « Les syndicats de la VRT et de la RTBF appellent au boycott de l’Eurovision », 19 février 2024.https://www.rtbf.be/article/les-syndicats-de-la-vrt-et-de-la-rtbf-appellent-au-boycott-de-l-eurovision-11681111
Bruxelles Dévie, « La RTBF diffusera l’Eurovision 2026 avec Israël, malgré le génocide et l’assassinat des collègues journalistes à Gaza », 24 décembre 2025.https://
bruxellesdevie.com/2025/12/24/media-la-rtbf-diffusera-leurovision-2026-avec-israel-malgre-le-genocide-et-lassassinat-des-collegues-journalistes-a-gaza/
