
Action boycott des bulletins, arrêt de travail sur une période de cours, rassemblements, débats avec les élèves ou encore corrections dans la cour de récré sur le temps de midi : les enseignant·es du secondaire multiplient les actions contre les mesures prévues par le gouvernement Arizona, par delà les grèves d’ampleur des ces deux derniers mois.
“Pédagogiquement, nous sommes mis à mal par les mesures et ce sont nos élèves qui vont en subir les conséquences : moins de temps pour accompagner les élèves en difficulté, préparer des cours adaptés, offrir des remises à niveau, corriger les travaux avec des commentaires pertinents, rédiger les bulletins, organiser des activités enrichissantes, des sorties, des voyages… C’est tout le suivi humain et personnalisé des élèves qui se retrouvera fragilisé. Dans ces conditions, qui voudra encore s’engager pour l’avenir de vos enfants ?” – Ma Campagne en résistance (école secondaire bruxelloise)
L’Arizona met à mal tout l’enseignement secondaire :
Plusieurs mesures affectent directement les enseignant·es, les élèves et la qualité générale de l’enseignement :
- Augmentation de la charge de travail de 10%, sans compensation salariale : moins de temps pour préparer les cours, corriger ou accompagner les élèves
- Moins d’encadrement dans le qualifiant : options fermées, plus d’élèves par classe, moins de suivi. Cette mesure affecte directement les élèves les moins privilégié·es.
- Moins de moyens : de nombreux établissements risquent d’être contraints de licencier des enseignant·es et de devoir surcharger des classes
- Fin des nominations* des enseignant·es par poste : instabilité accrue, difficulté à recruter des enseignant.es qualifié.es.
- Jeunes majeur·es en décrochage : impossible pour des majeur·es de reprendre le cours de leurs études en 3ᵉ ou en 4ᵉ, . Ces jeunes de 18, 19, 20 ans ou plus n’ont plus accès à cette voie de raccrochage traditionnelle.
- Disparition des classes différenciées (DIF) : moins d’aide pour les élèves vulnérables.
- Les directions sont laissées dans le flou concernant les moyens organisationnels pour la rentrée 2026
Cette liste n’est pas exhaustive, d’autres mesures, plus insidieuses, impactent également l’enseignement, comme le fait pour le gouvernement de vouloir faire passer tout élève sans redoublement jusqu’en 3e secondaire.
Des actions par-delà les grèves dans l’enseignement :
En plus de leur mobilisation lors des récentes grèves et piquets dans toute la Belgique, les enseignant·es expliquent avoir besoin d’innover pour se faire entendre, pour assurer un suivi aux élèves tout en menant des actions pour faire interpeller le gouvernement et en particulier la ministre Valérie Glatigny.
« Faire grève, c’est être absent la journée entière, ne pas donner cours. C’est aussi impacter l’organisation des familles. Nous ne voulons pas léser les élèves, ni nous mettre à dos les parents qui ont d’ailleurs bien compris que nous nous battons pour conserver une qualité d’enseignement. Nous avons reçu de nombreux messages de soutien de leur part et ceux-ci sont nombreux à nous défendre aussi sur les réseaux. » Ma Campagne en résistance (école secondaire bruxelloise)
Les enseignant·es corrigent les copies dans la cour de récré sur le temps de midi pour visibiliser le travail en dehors des horaires de cours, organisent des débats avec les élèves, parfois en invitant des personnalités politiques de différents partis, des bulletins ont été remis en retard ou blanc en signe de contestation, des conseils de classe ont été repotés, etc.
La ministre de l’Éducation Valérie Glatigny a répondu à la mobilisation en publiant une circulaire rappelant les obligations professionnelles des enseignant·es et l’interdiction de toute activité de propagande politique dans les établissements. La circulaire évoque des « situations et faits interpellants » et menace de sanctions disciplinaires, voire de licenciements, en cas d’infraction.
Malgré les menaces, la mobilisation continue. Les enseignant·es mobilisé·es essaient par ailleurs de tisser des liens inter-écoles pour élargir leurs actions, notamment en organisant des rassemblements devant les maisons communales : 200 personnes rassemblées à Jette, 200 à Anderlecht la semaine derniere, et ce mercredi 10 décembre s’est également tenu un rassemblement devant la maison communale de Saint-Gilles. Les enseignant·es invitent à les soutenir, en s’informant sur les implications des mesures du gouvernement et en rejoignant les piquets de grève ou manifestations :
- le 15 décembre : 10h, Gare du Luxembourg à Bruxelles : manifestation du personnel de l’enseignement, de l’enfance, de l’aide à la jeunesse des organisations de jeunesse, des administrations, de l’éducation permanente ou de la culture.
- 25 janvier, à Bruxelles : marche pour un enseignement de qualité et accessible à toutes et tous.
Légende :
La nomination est statut acquis par les enseignant·es après une certaine ancienneté qui leur donne des droits sociaux. Les enseignant·es nommé·es savent qu’iels resteront en poste pour une certaine période.
Sources :
– Témoignages
– La Libre, décembre 2025. https://www.lalibre.be/belgique/enseignement/2025/12/04/on-nous-demande-toujours-plus-pres-de-200-enseignants-mobilises-a-anderlecht-contre-les-reformes-de-lenseignement-7T4HJZIXBJBZ5M7JWHVZ4XHLRI/
– Le Soir, décembre 2025. « On nous demande toujours plus » : près de 200 enseignants mobilisés à Anderlecht contre les réformes de l’enseignement. https://www.lesoir.be/715141/article/2025-12-05/bientot-la-fin-de-la-nomination-des-profs-valerie-glatigny-se-prononce
– Publication de la SETCa-SE : https://www.instagram.com/p/DSEuRqGj12b/
