Police : le ministre de l’Intérieur belge veut augmenter l’attractivité du métier de policier et recruter plus rapidement

   

instrumentalisation du sentiment de « sécurité » face à la police ?

Lors de la séance plénière de la Chambre des Représentants de Belgique du vendredi 19 septembre, le ministre de l’Intérieur Bernard Quintin (MR) a annoncé toute une série de mesures sécuritaires pour faire face à une prétendue hausse de la criminalité. Lors de ce conseil, Bernard Quintin affirmait : « Le recrutement des forces de police est difficile dans tout le pays. Je tiendrai un conclave en novembre pour augmenter l’attractivité du métier et recruter plus rapidement. »

Cette envie de gonfler les rangs de la police n’est pas nouvelle : dès sa prise de fonction en février 2025, Bernard Quintin annonçait vouloir renforcer les services de police bruxellois. Il disait alors : « Il faut, entre autres, renforcer nos services de police. C’est engager plus de personnes, mais c’est surtout dégager du temps sur le terrain pour les policières et les policiers.»

À cela s’ajoutent les mesures répressives dernièrement proposées par Bernard Quintin dans le cadre du plan Grande Ville. En effet, ce plan prévoit un investissement de 20 millions d’euros dans les caméras de vidéosurveillance ainsi que la création d’un cadre juridique permettant la mise en fonction de brigades mixtes entre forces de police et militaires.

Ces mesures ne sont pas nouvelles : durant la précédente législature, l’ancienne ministre de l’Intérieur Annelies Verlinden (CD&V) affirmait que 500 millions d’euros avaient été investis dans le budget de la police fédérale. Cet investissement, qui avait entre autres permis d’augmenter les salaires individuels des policiers, faisait écho à l’objectif annoncé de recruter « 1 600 policiers supplémentaires par année ».

La volonté d’accroître la présence policière dans les rues s’appuie sur l’argument de la lutte contre l’insécurité. Dès son premier jour de mandat, Bernard Quintin a affirmé que la priorité était de renforcer le sentiment de sécurité des citoyens belges. Pour y parvenir, il s’est déclaré déterminé à mobiliser l’ensemble des services de sécurité relevant de sa tutelle. Par ces services de sécurité, Bernard Quintin entend à la fois les unités de police locale et fédérale, la direction générale de la sécurité civile, le centre de crise national ainsi que les services de renseignement.

Pourtant, le sentiment de sécurité des citoyen·ne·s belges vis-à-vis de la police semble varier considérablement selon qu’ils vivent en milieu urbain ou rural, selon leurs origines ou encore leur niveau de revenu.

À l’échelle nationale, environ 67 % des Belges déclarent se sentir en sécurité au contact de la police. Toutefois, ces taux diminuent sensiblement dans les zones urbaines et varient selon des facteurs tels que l’âge, l’origine ou le niveau de revenu des personnes interrogées. Ainsi, le rapport à la police et le sentiment de sécurité qu’elle inspire diffèrent selon que l’on vive en milieu rural, en ville ou dans un quartier populaire.
De plus, une étude réalisée par le Conseil de la Jeunesse a montré que 76% des jeunes bruxellois ne se sentaient pas en sécurité au contact de la police.
Les sentiments qui reviennent le plus souvent auprès des jeunes interviewés sont la colère (48%) et l’angoisse (42%).
Il existe donc bel et bien un biais de classe sociale, d’origine et d’âge qui se dresse face au sentiment de sécurité vis-à-vis des forces de l’ordre. De plus, notons que dans le cas de Bruxelles, les quartiers populaires sont les endroits où l’attention policière est la plus importante.

Il y a donc bel et bien un biais de classe sociale et d’origine qui se dresse face au sentiment de sécurité vis-à-vis des forces de l’ordre. De plus, notons que dans le cadre de Bruxelles, les quartiers populaires sont les endroits où l’attention policière est la plus importante.

Une inquiétude persiste dans cette envie de renforcer les services de police afin de réduire le sentiment d’insécurité. La police est une institution qui est structurellement raciste, classiste et qui historiquement a protégé les groupes sociaux les plus favorisés. Il est alors certain que ce sentiment de sécurité face à elle est fortement inégal.

De plus, la volonté de réduire le temps de recrutement de policiers inquiète elle aussi. Cela se fera au détriment d’une réelle formation des agent.es qui se retrouveront demain armés dans nos rues.

Pour conclure, il semble nécessaire de rappeler à quel point le sentiment d’insécurité peut être instrumentalisé à des fins répressives. Il est vrai que la criminalité dans un quartier peut créer un sentiment d’insécurité pour ses habitants, mais l’intervention renforcée des forces de l’ordre peut‑elle réellement y remédier ?

En 2016 par exemple, quand les interventions policières croulaient à Molenbeek, les habitant.es du quartier disaient voir la qualité de vie de leur quartier pourtant à la fois paisible et familial baisser considérablement et sentir une tension omniprésente dû à la présence démesurée des forces de l’ordre. 

Le gouvernement de l’Arizona utilise inlassablement l’argument de l’insécurité pour justifier des dépenses mirobolantes dans la police et l’armée alors que des milliers de personnes perdent l’accès à leurs soins de santé, à l’éducation, à leurs allocations, au chômage… Si la lutte contre l’insécurité est dans la bouche de toute une partie de la classe politique belge, c’est certainement car le contrôle de certains quartiers par le biais de la police les arrange.

Sources :

RTL info – « On doit pouvoir sortir de chez soi à n’importe quelle heure »: que fera le nouveau ministre de l’Intérieur par rapport à l’insécurité à Bruxelles?03/02, 19h51 https://www.rtl.be/actu/regions/bruxelles/doit-pouvoir-sortir-de-chez-soi-nimporte-quelle-heure-que-fera-le-nouveau/2025-02-03/article/737974?utm_source

Monitoring Disinformation in Belgium and Luxembourg – Budget, salaires, recrutements : quels moyens ont été investis dans la police pendant cette législature ? – 22 mars 2024 https://belux.edmo.eu/fr/budget-salaires-recrutements-quels-moyens-ont-t-investis-dans-la-police-pendant-cette-lgislature/?utm_source

Chambre des représentants de Belgique, compte rendu analytique, Séance plénière, 18-09-2025 https://www.lachambre.be/doc/PCRA/pdf/56/ap063.pdf?utm_sourc