Billet d’humeur : loi anti-casseur, contre le droit de manifester

   

La loi « anti-casseur » a été votée en commission justice. C’était la dernière étape avant qu’elle ne passe en séance plénière. Après débat, elle sera alors une loi officielle dans le pays. C’est un tournant autoritaire historique et une avancée majeure dans le processus de fascisation en Belgique. Colleuses, jeunes révolté·es, syndicalistes, écologistes, grévistes, … toustes risqueront d’être interdit·es de manifestation ou de rassemblement revendicatif, toustes risqueront des condamnations.

Le pouvoir veut restreindre la contestation sociale à des manifestations protocolaires ainsi qu’à des actions symboliques qui ne font peur et ne menacent personne, et donc, qui n’ont aucune résultante sociale. Ce que la classe dirigeante veut en réalité à travers cette loi, c’est augmenter sa capacité à gouverner les corps sans contrainte, empêcher l’organisation contre l’oppression et la constitution d’un rapport de force. 

Légitimer uniquement et unilatéralement la violence de l’Etat, celle de classe, celle raciste et patriarcale et criminaliser tout ce qui tente de s’y opposer. Légitimer la violence des agents qui tabassent les jeunes racisé·es dans les quartiers populaires en condamnant, avec cette loi, les mêmes jeunes qui se révolteront contre ces violences. Ne soyons pas crédules, nous savons bien quelle démarche politique il y a derrière l’image qu’ils ont créé des « casseur·ses ». Ils veulent décrédibiliser la colère et les revendications politiques de celles et ceux qui mènent des dégradations, qui sont pourtant politiques. Précisément parce que cela leur fait peur. 

Non, il n’y a pas de « casseur·ses » qui profiteraient des grands événements pour uniquement « casser pour casser ». Ça n’existe pas. Il y a des jeunes et des moins jeunes qui souffrent quotidiennement de l’oppression, qui voient très bien le mirage que constitue les organisations institutionnelles et ou celles des pros de la « paix sociale » (cf. la bureaucratie syndicale), qui au fil des années, en plus de ne gagner aucune victoire sociale majeure, ne savent pas défendre nos acquis sociaux et jouent la rhétorique du pouvoir en condamnant la « casse ».

Et il s’agit ici et de le répéter, une vitrine cassée, un magasin de luxe pillé, ou une pub défoncée, n’est rien en comparaison à la violence quotidienne de la police et à celle de l’exploitation. Les révoltes sont légitimes et c’est justement pour cela qu’ils veulent les criminaliser, parce qu’ils défendent leurs intérêts.

Dans ce contexte il faut dénoncer durement toutes les forces de « gauche » qui rejoignent cet accord, toutes celles qui dénoncent « les casseurs » en jouant le jeu grossier du pouvoir et des médias. Honte au PS qui n’a de socialiste que le nom, honte à Écolo qui se prétend « social », mais qui n’hésite pas à surfer sur les luttes progressistes pour ensuite voter leur criminalisation. Il en va aussi des syndicats, qui même en se disant « opposés » au projet de loi, dénonçaient les actes de casse. Nous n’oublierions rien.

Même si il y a peu de chance qu’elle soit désormais avortée, cette loi n’est néanmoins pas encore tout à fait adoptée : elle a déjà été votée en commission de justice, mais doit encore être débattue à la Chambre (parlement) en plénière. Il est encore temps de se battre et il le faut collectivement, car les manifestant·es pacifiques d’aujourd’hui pourront être considérés comme les casseur·ses demain, et que, sans rapport de force nous n’arriverons jamais à rien.