Belgique : BEDEX, UN SALON DE PROMOTION DE LA GUERRE À BRUXELLES ?

   

Du 12 au 14 mars se tiendra le premier salon d’armement et de promotion des armées belges et européennes en Belgique : BEDEX, pour « Brussels European Defense Exhibition & conference ». Ce salon de promotion de l’armement et de l’industrie de la guerre a pour ambition d’être renouvelé chaque année, selon les organisateur·ices.

Il est à l’initiative d’une filiale d’un groupe financier, Deficom, et de Yassine Rafik, un membre du MR, en collaboration avec la Défense, l’armée belge. BEDEX a pour objectif de promouvoir à Bruxelles l’industrie militaire en Belgique au profit de l’armée belge et de soutenir le développement du marché de l’armement belge à l’international. Ce salon se déroule à Bruxelles, là où siègent l’OTAN et l’Union européenne. Pour promouvoir, vendre et exporter les armes belges, le salon compte s’appuyer sur les agences régionales d’exportations. BEDEX est une vitrine des technologies et instruments de la mort et de la destruction, signé « made in Belgique« .

L’organisation de ce salon survient dans un contexte d’accélération du processus de militarisation de l’Europe et de l’Occident, qui mènent actuellement plusieurs guerres impérialistes, notamment au Moyen-Orient et en Europe de l’Est. Les pays membres de l’OTAN se sont accordés en 2025, pour fixer à 5% du PIB leurs dépenses militaires et l’Europe a récemment lancé un plan d’investissement militaire de plus 800 milliards d’euros, surnommé ReArm Europe, puis rebaptisé « Readiness » (être prêt). Cet investissement massif survient alors que les armées occidentales sont déjà les armées les mieux équipées et les mieux financées du monde. Parallèlement, des programmes tels que le service militaire reviennent sur la table dans plusieurs pays européens. En Belgique, Théo Francken (ministre de la Défense, NVA) a envoyé l’an dernier une lettre à tous les belges de 17 ans pour qu’ils et elles rejoignent l’armée avec une promesse de 2 000 euros de salaire.

Bienvenu là où la mort se vend :

Joan Condijts, le CEO de Deficom, explique que BEDEX a « une double ambition » : « S’adresser à une cible professionnelle et faire découvrir l’industrie de la défense au grand public. » Ce salon s’envisage donc également comme un outil de propagande au service de la justification de la guerre, puisqu’il entend s’adresser au « grand public ». En plus des jours « privés » dédiés aux « professionnels » de la guerre, une journée publique, ouverte à la population, est organisée.

Une vingtaine d’organisations de gauche en Belgique ont appelé à s’opposer à la tenue du salon BEDEX. Ce salon d’armement est décrit par ces organisations comme un outil de promotion des guerres, génocides et occupations impérialistes ainsi que du contrôle et de la répression des populations en Belgique. Un bloc Smash BEDEX est notamment organisé lors de la manifestation nationale ce 12 mars, le rendez-vous a été donné à 9H30 à l’arrêt Rogier.

« L’industrie militaire et sécuritaire est l’un des piliers du capitalisme contemporain, ce qui en fait une cible privilégiée, non seulement pour notre libération, mais pour notre simple survie. Dénonçons et attaquons le salon BEDEX, qui promeut le militarisme, la répression et la guerre. Rejetons l’avenir meurtrier que nous réserve la concurrence entre les États capitalistes.« , explique le communiqué commun des organisations ayant signé l’appel « Smash BEDEX ».

Un salon sponsorisé par le complexe militaro-sécuritaire en partenariat avec l’État :

« [BEDEX] n’aurait pas pu se faire sans le soutien du gouvernement, du ministre de la Défense et de la Défense elle-même« , explique Joan Condjits, un des initiateurs de BEDEX. Au programme des conférences du salon, de nombreux politiciens du gouvernement fédéral belge interviennent : le 1er ministre, Bart de Wever, le ministre de la Défense, Théo Francken, le ministre de l’Emploi David Clarinval. Le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, ouvrira l’évènement. Des représentant·es d’entreprises d’armement et des généraux militaires prendront également la parole.

Concernant les financements : FN, John Cockerill, KNDS, RTX, Safran … Voici les principales entreprises qui sponsorisent le BEDEX. Au total, 200 entreprises belges, européennes, états-uniennes vont exposer lors du salon. Le salon est également organisé en partenariat avec la Défense, l’Union européenne, et la fédération de l’industrie de l’armement belge (Agoria), soit par le complexe militaro-sécuritaire belge. Ces initiateurs privés et l’État belge entendent profiter des conflits et guerres impérialistes, comme la guerre en Palestine, en Iran, en Ukraine, pour repositionner la Belgique sur le marché international de l’armement, et surtout, générer beaucoup de profit.

Dans l’économie capitaliste, une série d’entreprises et d’acteur·ices privé·es s’enrichissent par la guerre et la mort des populations, le plus souvent issues du Sud Global. Pour mener leurs guerres, les gouvernements commandent pour des milliards d’euros ou de dollars des armes et des technologies militaires à des entreprises. Ces dernières sont même souvent très proches de l’État, ou parfois détenues par l’Etat (comme la FN, par exemple), qui investit de manière phénoménale dans cette industrie. En ce sens, en plus d’imposer et perpétuer des dominations, la guerre devient un des meilleurs marchés du capitalisme. Elle constitue des opportunités économiques et politiques.



Il en va de même pour les armes et dispositifs répressifs de contrôle, de surveillance de l’État contre sa population elle-même. La répression, le contrôle et la surveillance de la population par l’État permettent premièrement de maintenir une série de dominations structurelles ainsi que l’exploitation et, en outre, cela constitue un fructueux marché. Le marché militaire et celui dit sécuritaire sont profondément imbriqués. Il n’y a pas de réelle distinction entre les deux, il s’agit en réalité de la même industrie, c’est pour cela qu’on parle de complexe militaro-sécuritaire. C’est aussi parce que toute une série d’armes, de technologies et de pratiques militaires, développées dans des cadres de guerres extérieures au territoire national, le plus souvent des guerres coloniales et impérialistes, sont réimportées et réutilisés au sein du territoire national, avec cette fois le vocabulaire « sécuritaire ». Les chercheur.ses en sciences sociales, parlent de « réverbation » des pratiques de guerres coloniales, parfois de « boomerang« , ou encore de « continuum impérial« .



Ainsi, une série d’armes et de dispositifs qui sont développés et utilisés dans des contextes coloniaux, comme les barbelés, les centres d’enfermement de masse, les flash-balls, le gaz lacrymogène, sont dans un second temps ou parallèlement, utilisés contre les parties les plus marginalisées de la population des Etats-nations en Occident, celles pauvres, racialisées, sans-papiers ... Plusieurs entreprises belges, comme la FN, se positionnent à ce carrefour militaro-sécuritaire, notamment avec sa gamme d’armes dites « subletal » et son FN303.

FN 303® TACTICAL - FN HERSTAL

FN303. Source : FN-Herstal.

En Belgique, ce sont au moins 40 milliards d’euros que le gouvernement fédéral va investir dans la Défense entre 2026 et 2036. 34 milliards rien que pour acheter de nouveaux équipements militaires. C’est ça l’austérité : le désinvestissement systématique des services sociaux publics, pour investir cet argent dans des armes. Entre 2020 et 2025, le budget de la Défense a doublé en Belgique.

Le budget de la Défense a doublé depuis 2020, source : RTBF, https://www.rtbf.be/article/quelles-sont-les-industries-qui-contribuent-a-la-defense-en-belgique-le-point-sur-nos-atouts-et-nos-perspectives-11523885

BEDEX est le lieu de l’expression du complexe militaro-sécuritaire belge où l’Etat et le marché de la guerre sont intimement liés. Les armes développées par les entreprises privées belges sont utilisées par l’armée belge et d’autres forces de police ou armées dans le monde. Le déploiement de ces armes par des forces armées et leur usage sert alors cyniquement de « show room » et de « test » pour développer des technologies d’armement, ce qui constitue un puissant argument de vente pour le marché de l’armement.


La Belgique a déployé des militaires dans une série de pays du Sud Global, souvent pour assister une puissance impérialiste majeure. La Belgique déploie des militaires en Europe de l’Est, en Afrique centrale et au Moyen-Orient. C’est lors de ces interventions impérialistes notamment que les armes développées par l’industrie belge sont utilisées.

Carte des pays où l’armée belge est déployée en 2024. Source : RTBF, https://www.rtbf.be/article/defense-ou-sont-deployes-les-militaires-belges-11378349

« Toute l’histoire de la modernité capitaliste occidentale est organisée autour de guerres contre les peuples » :

« Toute l’histoire de la modernité capitaliste occidentale est organisée autour de guerres contre les peuples.« , c’est ce nous expliquait le militant et chercheur indépendant, Mathieu Rigouste, lors d’une interview au sujet de BEDEX, lorsqu’on l’interrogeait sur l’émergence d’un tel salon en Belgique.

« On est entré dans une époque où la guerre contre les peuples, après avoir été le moteur de propulsion du capitalisme et de sa régénération, est devenue une fin en soi. À la fois pour restaurer les taux de profits, mais aussi pour reproduire les rapports de domination racistes et patriarcaux. Dans ce cadre-là, les grandes puissances qui ont un passé ou un présent colonial sont celles qui sont le mieux positionnées pour développer de nouvelles armes et de nouvelles technologies de contrôle, de surveillance et de répression. »


« Pour vendre ces armes et ces technologies, on organise de grands marchés, de grandes foires, qu’elles disent de la défense et de la sécurité, mais qui sont en réalité de la guerre, du contrôle, de la surveillance, de la répression, des frontières et des enfermements. Ça leur permet de vendre des marchandises sur le marché international, mais aussi de se positionner dans l’ordre international. Un pays qui organise des salons d’armement peut favoriser ses entreprises, mais aussi va pouvoir avoir un levier politico-économique auprès des autres puissances et des institutions internationales. Il y a un enjeu à la fois économique et à la fois de la reproduction des dynamiques impérialistes.« 

« La Belgique et son passé colonial fait partie de puissances moyennes qui tentent de se repositionner à travers du business de la guerre et du contrôle. En investissant énormément dans le développement de ses armes et technologies, dans leur mise en vitrine et l’organisation des grands salons, ça permet à ses puissances de tenter de restaurer leur puissance et rétablir leur position. Il faut voir derrière la décision de l’État belge et des industries militaro-sécuritaires belges d’organiser un salon de ce type-là, comme une volonté de monter en puissance et de repositionnement dans le bloc occidental, qui est en train de s’engager dans une intervention guerrière des plus tragiques pour les peuples de Palestine, d’Iran et du Liban. » explique Mathieu Rigouste.

Une décision de l’État et du complexe militaro-sécuritaire, qui, manifestement, n’est pas au gout d’une série de collectifs et d’organisations qui entendent se mobiliser contre la tenue du salon BEDEX.

Sources :


Interview de Mathieu Rigouste

L’Echo, « Le premier salon belge de la défense sera organisé en mars à Bruxelles », https://www.lecho.be/economie-politique/belgique/economie/le-premier-salon-belge-de-la-defense-sera-organise-en-mars-a-bruxelles/10636870.html



RTBF, « Quelles sont les industries qui contribuent à la Défense en Belgique ? Le point sur nos atouts et nos perspectives », https://www.rtbf.be/article/quelles-sont-les-industries-qui-contribuent-a-la-defense-en-belgique-le-point-sur-nos-atouts-et-nos-perspectives-11523885

L’Avenir, « Le gouvernement a tranché : des milliards d’investissements dans la Défense, mais pas d’accord sur la future norme OTAN », https://www.lavenir.net/actu/belgique/2025/06/24/le-gouvernement-a-tranche-des-milliards-dinvestissements-dans-la-defense-mais-pas-daccord-sur-la-future-norme-otan-O33K6TQH3BANLEGUKZNLBGXESA/

BEDEX, page de présentation, https://www.bedex.brussels/fr/


Stuut, « Smash Bedex ! (salon de l’armement à BX) », https://stuut.info/Smash-Bedex-10244

Wikipedia, ReArm Europe, https://fr.wikipedia.org/wiki/ReArm_Europe

RTL, « Les rangs de l’armée belge grossissent : voici combien de militaires il y aura en 2026 », https://www.rtl.be/actu/belgique/societe/les-rangs-de-larmee-belge-grossissent-voici-combien-de-militaires-il-y-aura-en/2025-11-21/article/771205

Mathieu Rigouste, La Fabrique, La guerre globale contre les peuples.


Bruxelles Today, « En pleine guerre en Iran, les géants européens et américains de l’armement se réunissent pour la première fois à Bruxelles », https://www.bruxellestoday.be/actualite/bedex-salon-defense-armement-bruxelles.html