Prisons : Un jeune homme de 27 ans décède en cellule à Mons

   

Énième symptôme d’un système carcéral meurtrier

Ce mercredi 18 février, un détenu de 27 ans est décédé dans sa cellule de la prison de Mons, quelques heures après être revenu d’une courte consultation à l’hôpital. Les proches de la personne décédée estiment que l’administration pénitentiaire et l’hôpital n’ont pas pris ses douleurs au sérieux. La famille a décidé de porter plainte. Ce décès intervient alors même que sont dénoncées des conditions de détention de plus en plus critiques : surpopulation carcérale, espace vital réduit, maladies et décès en cellules.

Mercredi soir, le détenu avait été conduit aux urgences de l’hôpital à Mons, car il était pris de vives douleurs. Après quelques examens, l’hôpital a renvoyé le patient en prison, où il est décédé quelques heures plus tard. Le jeune homme souffrait depuis plusieurs semaines, et ses proches ont expliqué que son état de santé se dégradait fortement ces derniers temps, au point où il crachait du sang.

« Ils lui ont fait un baxter pour le réhydrater, après quoi il allait un peu mieux. Pendant deux mois il a demandé, ‘S’il-vous-plaît, aidez-moi, je crache du sang’. Il est tombé dans les pommes, il ne savait plus se laver lui-même. Les dernières heures, ils sont venus prendre son pouls. Donc, si on vient prendre le pouls de quelqu’un, c’est qu’on sait, qu’il va se passer quelque chose » – Témoignage des proches

Une enquête est en cours pour lever le voile sur ce décès en prison, mais le peu d’informations déjà rapportées suffit à confirmer une tendance qui existe parce que les prisons existent : en Belgique, comme ailleurs, les droits à la santé des détenu·es sont bafoués et les conditions de détention tuent. 

LE DROIT À LA SANTÉ STRUCTURELLEMENT BAFOUÉ EN PRISON

Depuis plusieurs années, des manquements graves en matière de santé en prison sont dénoncés à la fois par le personnel médical et par les détenu·es et leurs proches.

En septembre 2025, suite aux alertes données par plusieurs médecins de la prison de Haren à Bruxelles, le Conseil National de l’Ordre des médecins avait reconnu un manquement à la dignité humaine. Un médecin généraliste avait notamment dénoncé des “problèmes déontologiques persistants” ou encore du fait que « les protocoles, les lignes directrices et les « bonnes pratiques » sont absents, inadéquats ou inconnus du personnel. . Parmi d’autres, le médecin en question présentait cet exemple :

« Un détenu se plaignait de douleurs abdominales depuis plus de 6 mois. Son état général se détériorait et des courriers ont été envoyés par différents services à différents moments, dans lesquels des personnes faisaient part de leurs inquiétudes sur site. Un moment donné, il ne buvait plus que de l’eau sucrée. Cela a été attribué à une grève de la faim. Finalement, il a été évacué d’urgence et deux semaines plus tard, il est mort à l’hôpital d’un cancer. Une consultation avec le gastro-entérologue était programmée quelques mois plus tard. Comme souvent, la réalité clinique prend le pas sur la logique carcérale, ou est-ce l’inverse?  J’ai appris sa mort, comme presque toujours, par hasard. Les tentatives de suicide, les automutilations graves et les décès ne sont ni discutés ni suivis. Il n’y a pas eu et il n’y a pas d’analyse de ce qui ne va pas, de quelque manière que ce soit. Pourquoi le détenu a-t-il été envoyé à l’hôpital si tard, ou bien les envoyons-nous toujours en retard mais les choses se passent souvent bien ?  » – Témoignage de dr. Brecht Verbrugghe, tiré de son courrier à l’Ordre des médecins

Le Conseil avait alors émis plusieurs recommandations en ce qui concerne les soins de santé en prison. L’Observatoire International des Prison de Belgique OIP avait complété cette prise de position de la part des médecins :

“Nous saluons cette prise de position qui rappelle que l’organisation du système carcéral belge empêche de soigner. Nous affirmons cependant qu’une approche réformiste ne peut rendre la prison compatible avec la dignité humaine. Les violations dénoncées ne sont pas des accidents : elles sont structurelles […]”

En octobre 2025, un jeune réfugié palestinien mettait fin à ses jours à cause des conditions inhumaines de détention en centre fermé 127bis. Les proches du jeune homme dénonçaient également les conditions de détention inhumaines qui ont mené à sa mort. Sous la responsabilité de l’état se multiplient les décès dans le milieu carcéral.

L’OIP explique “Il n’y a pas de politique formelle de prévention du suicide, marlgré un nombre étonnamment élevé. Il n’y a pas non plus de système d’analyse des incidents, en dépit d’un grand nombre d’erreurs systémiques qui jouent un rôle dans des incidents parfois mortels.”

SURPOPULATION CARCÉRALE DEPUIS PLUS DE 30 ANS

Au 12 février 2026, le SPF justice rapporte une surpopulation carcérale inédite en Belgique : 13.473 détenu·es sont incarcéré·es alors que les prisons peuvent en héberger 11.049, et 578 détenu·es dorment sur un matelas à même le sol.

Ces chiffres ne tiennent pas compte des détenu·es en attente d’incarcération officielle et de celles et ceux sous surveillance électronique.

Pour pallier au phénomène de surpopulation, plutôt que de s’attaquer aux causes de la criminalité (comme la précarité ou le manque de perspective), plutôt que d’imaginer d’autres peines que la prison, le gouvernement Arizona a déjà quelques idées. Les ministres de la Justice Annelies Verlinden (CD&V) et de l’Asile et des Migrations Anneleen Van Bossuyt (N-VA) qui aimeraient louer des places de prison à l’étranger (en Albanie, au Kosovo ou en Estonie). La ministre Verlinden parle également d’amarrer dans un port belge, par exemple celui de Zeebrugge, une prison flottante pouvant accueillir 300  détenus, pour remédier au problème de surpopulation carcérale.

L’ÉCHEC DE LA PRISON

Ce type de solutions ne sont que des pansements qui occultent une réalité présente depuis que les prisons existent. La prison ne diminue pas la délinquance. En l’absence d’alternative conséquente, il est compréhensible de vouloir faire appel au pénal pour se faire justice. Cependant, des alternatives émergent comme la justice réparatrice et l’échec de la prison est tel que de nombreuses associations et collectifs appellent à imaginer d’urgence d’autres possibles, pour sortir d’une justice pénale qui broie des vies.

En effet, le système carcéral est un échec, et un échec meurtrier. Le décès du jeune homme en cellule à Mons la semaine dernière en est un enième symptôme. Toutes nos pensées vont aux proches de la victime. 

Sources :

Bruxelles Dévie, octobre 2025. Centres fermés : Un jeune réfugié palestinien met fin à ses jours à cause des conditions inhumaines de détention en centre fermé. https://bruxellesdevie.com/2025/10/07/centres-fermes-un-jeune-refugie-palestinien-met-fin-a-ses-jours-a-cause-des-conditions-inhumaines-de-detention-en-centre-ferme/

Le Soir, février 2026. Un détenu renvoyé de l’hôpital est décédé en prison. https://www.lesoir.be/730337/article/2026-02-22/un-detenu-renvoye-de-lhopital-est-decede-en-prison 

RTBF actu, février 2026. 30 ans de chiffres, 30 ans d’échecs : la prison au bord de l’asphyxie. https://www.rtbf.be/article/30-ans-de-chiffres-30-ans-d-echecs-la-prison-au-bord-de-l-asphyxie-11680190 

Publication de l’Observatoire International des prisons – Belgique. Mai 2025. https://www.instagram.com/p/DJw4ezotjfS/?utm_source=ig_web_copy_link&igsh=MzRlODBiNWFlZA== 

OIP, 2025. Témoignage du docteur Verbrugghe. https://www.oipbelgique.be/temoignage-de-dr-brecht-verbrugghe-tire-de-son-courrier-a-lordre-des-medecins/

RTBF actus, février 2026. Le gouvernement De Wever envisage de louer des prisons à l’étranger pour y envoyer les détenus en séjour illégal https://www.rtbf.be/article/l-arizona-envisage-de-louer-ou-construire-des-prisons-a-l-etranger-l-experience-de-tilburg-n-etait-pourtant-pas-concluante-selon-l-oip-11497414

RTL info, février 2026. « Il a appelé à l’aide pendant deux mois » : un détenu est décédé à la prison de Mons, ses proches accusent l’administration pénitentiaire https://www.rtl.be/actu/regions/hainaut/il-appele-laide-pendant-deux-mois-un-detenu-est-decede-la-prison-de-mons-ses/2026-02-21/article/780490